La Franco-Manitobaine Jocelyne Baribeau conseille d’aller voir des évènements dans l’Ouest avant de faire des tournées… « Construisez votre fondation avant de bâtir une tournée ».
La Franco-Manitobaine Jocelyne Baribeau conseille d’aller voir des évènements dans l’Ouest avant de faire des tournées… « Construisez votre fondation avant de bâtir une tournée ».

Ma «guit», mes musiciens et mon Guide du marché du spectacle de l’Ouest canadien!

André Magny
Initiative de journalisme local - APF
Un guide pour les artistes qui désirent percer le marché de l’Ouest canadien

Présenté par franconnexion.info et La musique francophone de l’Ouest canadien, voici le Guide du marché du spectacle de l’Ouest canadien, un outil pratique sur l’industrie de la musique qu’il faut avoir pour ceux et celles qui ont envie d’aller chanter en français pour les communautés francophones de l’Ouest. Parce qu’une tournée, ça se prépare.

C’est franconnexion.info qui a contacté Natalie Bernardin pour la préparation du document. L’ancienne directrice de la programmation du Festival du Voyageur de Saint-Boniface (MB) et ancienne directrice générale de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique de l’Ontario (APCM) a décidé de relever le défi.

La fondatrice d’Amixie Solutions, agence spécialisée dans le service de gérance d’artistes, explique que les pourparlers avec Franconnexion ont commencé en février dernier, avant la pandémie. «On s’est dit qu’il n’y avait pas de bons ou de mauvais moments pour le sortir», dit-elle. Après tout, les réseaux ne vont pas changer en raison de la COVID-19, même si depuis mars de nouvelles formes de spectacles se sont ajoutées.

Bien connaitre la francophonie de l’Ouest

Le Guide a comme principal objectif de donner «aux artistes et aux professionnel.le.s intéressé.e.s par le marché musical de l’Ouest canadien toute l’information utile sur la réalité du territoire qu’ils s’apprêtent à aborder».

Concrètement, au fil des pages, on y trouve un portrait de l’Ouest, des conseils sur les médias susceptibles d’être des relayeurs, des infos pour mieux planifier et administrer une tournée et des tas de renseignements sur les marchés francos et anglos de l’Ouest.

Le Guide du marché du spectacle de l’Ouest canadien n’est pas un répertoire d’artistes francophones. En revanche, il offre une foule de coordonnées — principalement en annexe — sur les organismes francophones, souvent utiles dans la préparation d’une tournée, que ce soit les conseils jeunesse, les conseils scolaires, les associations ou regroupements de francophones et, bien sûr, les diffuseurs de spectacles. Dans chaque section, on y retrouve également de petits encadrés. Ce sont des conseils, en lien avec le sujet abordé de la section, de la part des artistes qui ont été sollicités comme collaborateurs et collaboratrices pour la préparation du document.

Laisser la parole aux artistes

Natalie Bernardin a fait appel à neuf artistes afin qu’ils s’adressent directement à leurs confrères et consœurs du monde du spectacle. Principalement de l’Ouest, quelques «intrus» de l’Ontario comme Yao, Cindy Doire et Kristine St-Pierre ont également été sollicités. «Je suis allée les chercher parce que je connaissais leur parcours, raconte-t-elle. Il n’y en a pas un qui a dit non!» Au contraire, ils ont été très enthousiasmés par l’idée, raconte Mme Bernardin. En fait, ils auraient bien aimé, eux, avoir un tel outil lorsqu’ils ont commencé à tourner dans l’Ouest.

Originaire de Winnipeg, Justin Lacroix pose un regard percutant sur le monde qui l’entoure, tant dans ses chansons que sur sa profession.

Sous le titre «La vérité de…», chacun y va de ses réflexions sur la façon d’aborder une tournée ou une carrière dans l’Ouest. C’est le cas du chanteur folk manitobain Justin Lacroix. Selon lui, l’écriture de ce texte lui a permis de réfléchir sur son choix de carrière : «Est-ce que je suis sur la bonne piste?» Même s’il admet que faire carrière en français dans l’Ouest, «ce n’est pas toujours le gros lot», Justin Lacroix se rappelle qu’après une tournée de huit mois au Québec, il a réalisé que le Manitoba était son véritable chez soi.

Pour Jocelyne Baribeau, descendante du célèbre politicien québécois Honoré Mercier, chanter et composer en français, «c’est une façon d’ancrer le français dans ma vie». La chanteuse country franco-manitobaine donne de nombreux concerts et ateliers scolaires. Elle estime qu’il est important de bien connaitre les besoins des diffuseurs «parce que ça varie d’une province à l’autre».

Celle qui prévoit sortir son prochain album en novembre, qui devrait s’intituler Portraits, trouve que «ça fait du bien de créer» par les temps qui courent. Ça compense un peu pour «la belle tournée qui s’en venait», annulée en raison, évidemment, du coronavirus. «En tout cas, on a beaucoup de temps pour lire le Guide!», lance-t-elle.

L’ouvrage de Natalie Bernardin et de ses collaborateurs montre aussi que la francophonie de l’Ouest est plurielle. Après avoir transplanté une première fois ses racines colombiennes au Saguenay, Christian De La Luna les a retransplantées dans le terreau albertain après l’appel de l’amour. C’est là qu’il a pris conscience «que la diversité est grande, la culture de l’Ouest jeune». Il lui est arrivé de constater que lors d’un spectacle, seulement 30 % des gens présents comprenaient le français ou l’anglais. Pourquoi? Parce qu’ils étaient hispanophones. D’autre part, il se rappelle que certains grands noms de la scène québécoise se sont déjà présentés «dans des salles qui n’étaient pas pleines». D’où la nécessité du Guide. «Il faut avoir une stratégie pour connecter avec le public, précise-t-il. Il faut savoir planifier sa tournée.»     

Dans le <em>Guide du marché du spectacle de l’Ouest canadien,</em> Christian De La Luna rappelle qu’il est important de se fier aussi à ses instincts et à la musique pour créer un rapport avec le public.

Natalie Bernardin est d’avis que dans l’Ouest, l’infrastructure est là, même si ce n’est facile pour personne. Cependant, elle constate que les artistes de l’Ouest «sont de plus en plus fiers, ils font de moins en moins d’excuses pour leur accent». Le Guide du marché du spectacle de l’Ouest canadien devrait apporter sa pierre au fait que «les artistes d’ici aient de moins en moins besoin de déménager au Québec», de conclure la spécialiste artistique.