L’écrivain Blaise Ndala.
L’écrivain Blaise Ndala.

Les grandes entrevues : Blaise Ndala, à l’écoute du monde

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
L’écrivain Blaise Ndala s’est retrouvé en couverture du magazine trimestriel Lettres québécoises (LQ), qui lui consacre un dossier de près de 20 pages dans son numéro estival. L’occasion était belle de retourner faire le portrait de ce romancier d’origine congolaise, par ailleurs juriste et communicateur.

Blaise Ndala signe depuis quatre ans des chroniques quasi hebdomadaires sur les ondes d’ICI Radio-Canada, décryptant l’actualité internationale (aux Matins d’Ici, en Outaouais) et l’actualité littéraire (à Plus on est de fous, plus on lit!), et dont le premier livre, J’irai danser sur la tombe de Senghor (2014 ; L’Interligne), est en cours d’adaptation cinématographique du côté d’Hollywood.

Au début de l’année, en plein confinement, Blaise Ndala faisait paraitre son troisième roman, Dans le ventre du Congo (Mémoire d’encrier et Seuil, aussi éditeurs de son précédent roman, Sans capote ni kalachnikov), dans lequel il continue de creuser la mémoire des relations plus qu’ambigües entre l’Afrique et le monde occidental, depuis l’époque coloniale. Son livre retrace le périple d’une jeune princesse congolaise qui, s’étant laissée séduire par un colon belge, se retrouve encagée dans le dernier zoo humain d’Europe.


« Il y a la tentation, parfois, de mythifier le pays d’origine. Comme créateur, j’essaie de ne pas être le chanteur ni “l’écrivain national”, qui donnerait bonne conscience aux Congolais. »
Blaise Ndala

Blaise Ndala a profité du cette période pandémique pour travailler sur son quatrième roman… mais sans se presser. Il avoue avoir ressenti «une sorte d’engourdissement, durant la pandémie».

«J’écrivais très peu, et j’ai peu lu aussi.» 

À sa défense, le roman sur lequel il planche «requiert beaucoup de recherches», lesquelles «doivent être faites en Europe. J’ai accumulé beaucoup d’informations, et je veux boucler ce qui reste en matière de collecte d’info – j’ai d’ailleurs reçu une bourse (du Conseil des arts de l’Ontario) à cet effet.»

Paternité

Son temps libre — en marge de son emploi, juriste pour le Bureau de l’enquêteur correctionnel — il a préféré le consacrer plus entièrement à une autre récente création : son fils, né en décembre 2019, quelques mois avant la pandémie.


« C’est ma priorité ; mon fils prend le pouvoir en tout temps et quand il le veut… et ça fait partie de la vie. J’ai longtemps différé l’expérience de la paternité. »
Blaise Ndala

Ses études de droit en Belgique puis une mission d’un an à Haïti, avant de s’installer à Ottawa en 2007 pour s’occuper des droits des détenus, ne lui ont pas semblé compatibles avec la stabilité qu’il souhaitait trouver avant d’élever un enfant. «Là, il n’y a plus d’échappatoire», lâche l’écrivain de 49 ans.

«J’ai la chance de ne pas avoir d’échéances fixes. Je ne suis pas de ces auteurs qui signent avec leur éditeur 4 ou 5 bouquins à l’avance» et qui doivent alors s’astreindre à un rythme de production soutenu.

Mais il continue d’écrire, ne serait-ce que «pour éviter ce vide entre deux projets. J’ai toujours deux ou trois projets [qui se font compétition] et je prends celui qui me fait le plus d’appels du pied.»

Berceau et terre d’accueil

C’est en incarnant un avocat — un Blanc assurant la défense d’étudiants sudafricains à l’origine d’émeutes antiapartheids — dans une pièce de théâtre qu’il a, adolescent, découvert ses deux passions : le droit et l’écriture.

Blaise Ndala aime dire qu’il est entré dans la littérature «par effraction». Qu’il «tisse une œuvre patiente, à l’écoute du monde». 

Son œuvre a les yeux rivés sur l’Afrique (et l’Europe), notamment le Congo où il a passé la moitié de sa vie, mais le Néo-Canadien assure qu’un futur roman pourrait creuser le sable de sa terre d’accueil. «Comme écrivain, je m’empare du monde et je réclame ma part du monde. Or, mon monde c’est aussi le Canada. Alors parmi les projets qui “attendent”, il y en a [dont les] cadres pourraient être exclusivement le Canada», promet Blaise Ndala, qui, dans Sans capote ni kalachnikov, a consacré quelques pages au Québec à l’époque du FLQ, et osé «abordé en biais» la question autochtone. 

«Il y a la tentation, parfois, de mythifier le pays d’origine. Comme créateur, j’essaie de ne pas être le chanteur ni “l’écrivain national”, qui donnerait bonne conscience aux Congolais». Sans aller jusqu’à «renforcer les poncifs sur le Congo qu’on voit dans la littérature et dans les médias», il s’efforce d’«avoir un regard humain et lucide sur ce peuple».

Ses romans sont profondément teintés de musique, notamment de rumba congolaise, l’auteur étant non seulement mélomane, mais musicien. 

Site officiel de l’auteur : blaisendala.com