Les échos de la disparition de la formation musicale

Philippe Mathieu
Philippe Mathieu
Le Voyageur

En seulement quelques semaines, Sudbury a perdu tous ses programmes d’études postsecondaires en musique — peut-être temporairement. Si ces décisions visent à soulager le portefeuille des institutions, les professionnels des arts reconnaissent que les conséquences à long terme seront négatives pour la communauté.

«L’Université Laurentienne est devenue une école polytechnique. Les arts sont réduits à presque rien», dit un ancien professeur du département de musique à l’Université Laurentienne, Robert Lemay Ph. D.  «C’est une très mauvaise nouvelle pour la vie culturelle dans le Nord de l’Ontario au sens large.» 

La Laurentienne a éliminé son programme de musique — parmi tant d’autres. Le 5 mai, le Collège Cambrian a suspendu les admissions à son propre programme de musique. Les étudiants de Cambrian pourront obtenir leur diplôme et le programme a des chances de revenir sous une autre forme. «Au moins ils ont la décence de laisser les étudiants finir leur programme», lance Robert Lemay. Ceux de la Laurentienne n’ont pas eu cette chance.

Ce qui préoccupera le plus le compositeur et le professeur de théorie musicale sera la disparition progressive des personnes bien informées au sein de la communauté. «Il n’y a plus d’autre moyen d’étudier que des professeurs privés. Il n’y a plus de manière d’étudier de la musique de façon sérieuse. C’est une catastrophe», affirme-t-il. 

L’orchestre symphonique de Sudbury est composé en majorité des membres de la communauté qui ont été formés à l’Université Laurentienne et le Collège Cambrian. «Il y a un climat de nervosité de la suspension des admissions du programme de musique au Collège qui pourra signaler la fermeture du programme, comme on l’a vu à la Laurentian», dit la cheffe d’orchestre de l’Orchestre symphonique de Sudbury, Mélanie Léonard. 

cheffe d’orchestre de l’Orchestre symphonique de Sudbury, Mélanie Léonard

Bien que les deux musiciens conviennent que les professeurs privés sont parfaitement capables d’enseigner certains éléments de la théorie et de la pratique de la musique, ils affirment que sans avoir un curriculum complet pour guider les étudiants, leur formation musicale ne sera jamais entière.

«Nous formons leurs oreilles, leur apprenons l’interprétation, la théorie et l’histoire de la musique, nous leur apprenons les bases du piano, nous leur apprenons à jouer d’autres cordes, cuivres et bois, nous leur prêtons des partitions et des disques et nous leur proposons de nombreux pianos et salles de répétition pour utiliser n’importe quand. Nous leur avons offert une expérience d’apprentissage musicale complète. Un professeur privé leur apprendra uniquement les bases de la lecture de musique et leur propre instrument. Cela peut être limité», soutient Robert Lemay.

«[Le manque de formation veut dire que] ce sera aussi plus difficile d’avoir des professeurs de musique bien formés dans la communauté», explique-t-elle. On verra que les professeurs privés seront les seuls qui restent pour enseigner la musique. Mais il faut penser que ces professeurs privés là doivent aussi être formés.» 

Le professeur et compositeur, Robert Lemay

Début d’une nouvelle ère

Les professionnels prédisent que le manque de formation musicale postsecondaire à Sudbury aura des effets sur le plan des concerts et de l’enseignement de la musique. 

Mélanie Léonard croit que le manque de formation lancera un cercle vicieux : l’absence de formation aura comme conséquence un manque d’étudiants formés en musique, qui pourrait rendre la vie plus difficile pour les enthousiastes de musique qui veulent écouter des concerts, notamment de l’Orchestre symphonique de Sudbury ou de festivals.

De plus, ceux qui seront intéressés d’étudier la musique seront forcés d’aller hors de la ville. Ils apporteront leurs talents et il se pourrait bien qu’ils ne reviennent jamais dans le Nord de l’Ontario. 

Si on ajoute la perte d’autres disciplines artistiques et des arts libéraux à la Laurentienne, comme le théâtre et les études françaises, la perte est d’autant plus grave. «Tous les arts sont interreliés. Par exemple, quand on parle de la chanson franco-ontarienne, il y a plusieurs qui faisaient partie de la scène théâtrale», dit Robert Lemay.