Le Wild West Show de Gabriel Dumont : Deux pour le prix d’un

Camille Contré
Camille Contré
Le Voyageur

L’une des pièces de théâtre les plus complexes à avoir vu le jour sur la scène canadienne vient tout juste de paraitre pour qui veut revivre la magie du Wild West Show de Gabriel Dumont/Gabriel Dumont’s Wild West Show (Éditions Prise de parole/Talonbooks, 2021) jouée pour la première sur les planches en 2017 à Montréal, Ottawa, Winnipeg et Saskatoon.

Publié sous le format têtebêche — c’est-à-dire deux livres placés côte à côte, mais inversés —, ce livre peut être autant apprécié en français qu’en anglais. En effet, la pièce était jouée en anglais dans certaines villes, dont entre autres Saskatoon. La présence du multilinguisme dans cette œuvre est très importante, puisque les langues autochtones font également partie du texte. 

La pièce de théâtre est un véritable «MONSTRE» (p. 10), comme l’indique Jean Marc Dalpé, car ce sont dix auteurs allochtones et autochtones qui ont donné naissance à ce projet : Jean Marc Dalpé, Alexis Martin et Yvette Nolan en ont été les trois principaux auteurs, accompagnés de David Granger, Laura Lussier, Andrea Menard, Gilles Poulin-Denis, Paula-Jean Prudat, Mansel Robinson et Kenneth T. Williams. 

À la manière d’un Wild West show de Buffalo Bill, on découvre l’histoire de Gabriel Dumont qui a défendu les droits des Métis de la Saskatchewan, accompagné du célèbre Louis Riel qui avait défendu les terres aux Métis du Manitoba quelques années plus tôt. La pièce raconte les évènements de 1884 à 1885 qui ont mené au conflit de Batcohe, où Louis Riel a été capturé et Gabriel Dumont s’enfuit vers le Montana afin d’échapper au courroux de John A. Macdonald. 

La pièce est présentée de manière humoristique et rocambolesque. Par exemple, les maitres de cérémonie Hover et Séguin vont parfois se prêter au ridicule pour alléger les propos : «Jean Marc et Alexis/Les maitres de piste habillés en “ring girls” entrent à la suite de Macdonald. Ils tiennent des panneaux “BOO!” » (p.76). 

Il y a également la présence de métadiscours, où le comédien sort de son rôle pour s’adresser directement aux autres comédiens. Dans une scène où Montana Madeleine fait claquer son fouet, le comédien Jean Marc Dalpé sort de son rôle de Hover pour dire : «Eh wô wô! C’est juste du théâtre, câlisse!» (p. 28) Tous ses effets participent au comique de la pièce.

Mais avec le comique, il faut parfois laisser place aux côtés plus sombres de l’histoire. D’ailleurs, ce ne sont que par la voix des femmes que ces évènements sont abordés. Ce sont elles qui racontent la bataille de Batcohe, qui énumère le nom des morts qui se sont battus pour leur cause et ce sont elles qui viennent clore la pièce de théâtre en racontant le tragique évènement où les enfants métis ont eu à regarder les hommes qui ont participé au conflit se faire pendre. C’est d’ailleurs sur cette note que la pièce se termine ce qui laisse un grand vide, un désespoir ressenti face au sort réservé aux diverses communautés autochtones par le gouvernement canadien. 

La pièce de théâtre le Wild West Show de Gabriel Dumont est drôle, rocambolesque, énergique, mais également d’une tristesse à fendre l’âme. Basée sur des faits réels, cette pièce permet aux lecteurs-spectateurs de découvrir un pan noir de l’histoire du Canada. 

Mémoires éclatées, mémoires conciliées : Essai sur le Wild West Show de Gabriel Dumont

Aurélie Lacassagne a eu le privilège de découvrir la pièce de théâtre Le Wild West Show de Gabriel Dumont dès les balbutiements du projet. Elle a assisté aux mises en lecture, à certaines répétitions et aux nombreuses représentations de la pièce à travers le Canada. De là a découlé le mémoire qu’elle consacre à cette pièce : Mémoires éclatées, mémoires conciliées : Essai sur le Wild West Show de Gabriel Dumont (Éditions Prise de parole, 2021).

Elle parle de la genèse de l’idée lancée dans les airs par Jean Marc Dalpé et Alexis Martin jusqu’à la conception et à l’écriture de ce grand projet rocambolesque qui a rassemblé dix auteurs allochtones et autochtones afin de pouvoir bien représenter toutes les voix qui étaient présentes lors des évènements décrits.     

Une grande priorité du projet était de rendre justice aux multiples cultures et aux multiples individus ayant participé aux évènements menant au conflit de Batoche. La question des langues et de la présence des femmes a joué un rôle important lors de la conception du projet, ce qu’Aurélie Lacassagne démontre dans son essai.

Elle aborde également la réception du spectacle, autant de la part des critiques que du public, ce qui permet de rapporter l’impact qu’a laissé sur les spectateurs cette pièce de théâtre qui se termine sur un moment fort et déchirant. 

Enfin, elle s’intéresse à la question de l’appropriation culturelle, sujet pour le moins controversé dans le monde théâtral avec le débat qui a fait surface en 2018 avec les pièces SLAV et Kanata de Robert Lepage. Elle démontre en quoi la pièce le Wild West Show de Gabriel Dumont a réussi là où d’autres ont échoué quant à la représentation de l’histoire.

Bref, cet essai est un bel outil pour accompagner la lecture de la pièce de théâtre le Wild West Show de Gabriel Dumont. Il est à noter qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu ou vu la pièce pour pouvoir comprendre les enjeux abordés dans l’essai. Ce livre replace la pièce de théâtre dans son contexte social et historique, ce qui en fait le parfait complément.