Robert Major, MSRC, Chevalier de l'Ordre des Palmes académiques de la République française a fait carrière à l'Université d'Ottawa.
Robert Major, MSRC, Chevalier de l'Ordre des Palmes académiques de la République française a fait carrière à l'Université d'Ottawa.

Le Témiskaming des années 1960 en mémoire

Marc Dumont
Le Voyageur
Témiscamingue, châtiments, miracles, et autres propos du concierge de l’évêché

Sorti en novembre des Presses de l’Université d’Ottawa, Témiscamingue, de l’auteur Robert Major transporte le lecteur dans une région du Nord-Est de l’Ontario pendant les années 1960. «J’ai eu le gout de me faire plaisir et de raconter les choses du Témiscamingue, mon pays natal», explique l’auteur. Et il le réussit de façon remarquable.

Il a imaginé un jeune de 17-18 ans qui fait parler M. Terrien, le concierge de l’évêché, avec qui il travaille  au cours de l’été. Que peut bien raconter ce concierge de l’évêché? «C’est assez riche comme situation, dit M. Major. D’une part, il y a ce jeune curieux, qui s’interroge sur la vie et, d’autre part, M. Terrien, un homme un peu rude, bougon, que le jeune sait aiguillonner pour le faire raconter.»

Tout y est pour que M. Terrien trimbale le lecteur des feux de Matheson et de Haileybury à un cimetière perdu de la paroisse. Et il a bien d’autres anecdotes qu’il raconte comme il les a vécues ou comme on lui en a parlé. 

Au fil des jours pendant qu'ils travaillent ensemble, M. Terrien témoigne de son parcours de vie à partir de sa ferme au Témiscamingue québécois, à une mine à Timmins pour aboutir concierge de l’évêché, du couvent, de l’église, de l’école tenue par les frères et du chalet de l’évêque. Son propos est franc, sans retenue, mais avec un brin de pudeur comme bien des hommes de cette époque. «J’ai imaginé un personnage composite», défend M. Major.

Entre ces souvenirs, le jeune ajoute des anecdotes sur les couventines ou les jeunes sœurs au doux minois. 

«L’église omniprésente est solidement établie, mais ça craque de tout côté. Le livre Témiscamingue se situe au croisement d’un monde immuable de la religion et de la transition assez rapide et brutale. M. Terrien voit clair, et il n’est pas crédule, mais c’est un croyant qui jure avoir déjà vu un vrai miracle lors d’une infestation de chenilles», commente l’auteur.

La couverture du livre est une photo du Rocher du diable, prise par Richard Walkinshaw de Témiskaming Shores, neveu de l’auteur.

M. Therrien est un excellent conteur sous la plume de M. Major. Il est attachant et on écoute ses anecdotes tout comme le jeune narrateur. On ressent cette belle complicité. M. Terrien est devant nous, on boit ses paroles : parfois, on se laisse emporter par la gravité de son propos, parfois on sourit, tout comme le jeune narrateur qui le fait parler. En somme, M. Terrien est un digne représentant du Témiscamingue d’autrefois, comme on l’indique sur le dos du livre.

Même si l’auteur insiste pour dire qu’il a imaginé ce jeune qui fait parler son ainé; il y a tant de réalisme et de cohérence dans l’univers du récit qu’on en vient à penser que le jeune, c’est lui. Plusieurs allusions parsemées tout au long du livre le trahissent. 

Le rythme du récit est rapide et la variété du ton nous fait passer de l’indignation à l’humour et à l’ironie. Il a «l’art de distribuer des taloches», comme l’a relevé un critique. Il y a un souci du mot juste. Puis, pour une personne qui habite le Témiscamingue, il est facile de situer l’action grâce au souci de l’auteur qui accorde une bonne place à la géographie des lieux.  

Bien que Témiscamingue soit le troisième ouvrage de Robert Major, il a d’autres plans d’écriture. «Je trouve que pour un peuple minoritaire comme le nôtre, ceux et celles qui peuvent écrire ont la responsabilité de transmettre leur savoir historique à la jeune génération.» Un de ses projets est de traiter des tensions entre les deux communautés linguistiques dans le Nord-Est de l’Ontario.

Témiscamingue, châtiments, miracles et autres propos du concierge de l’évêché est à lire pour qui aime se faire du bien! Le livre est disponible aux Presses de l’Université d’Ottawa