Une scène du documentaire Tant que j’ai du respir dans le corps
Une scène du documentaire Tant que j’ai du respir dans le corps

Le film documentaire Tant que j’ai du respir dans le corps

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
À Sudbury, la perception de la population sur la situation au centre-ville coince la pauvreté et le sans-abrisme dans des stéréotypes qui laissent peu de place à la nuance. Le documentaire Tant que j’ai du respir dans le corps, du cinéaste Steve Patry, nous aide à gagner un peu d’empathie pour leur situation.

Le film a été présenté dans le cadre du festival de documentaires Junction North en novembre et est disponible pour location en ligne depuis le 4 décembre.

Steve Patry fait du cinéma social et politique depuis 15 ans. Il connaissait déjà bien la situation et la vie des sans-abris, mais voyait des aspects qui n’avaient pas encore été explorés par la télé ou le cinéma. Entre autres, le vieillissement de cette population marginalisée et les problèmes de santé qui accompagnent le vieillissement.

«J’ai essayé de trouver l’équilibre entre filmer ces gens-là, mais aussi les intervenants qui essaient de leur donner des soins adaptés à leur besoin», dit-il.

On y rencontre quelques sans-abris plus âgés de Montréal et on suit l’histoire de deux en particulier. Ils ont sans aucun doute des problèmes de santé mentale, mais on sent aussi leur vulnérabilité et le déchirement qui les habitent, entre leur désir d’être écouté, mais le refus de recevoir de l’aide.

Plusieurs veulent simplement vivre leur vie à leur manière. D’autres n’adhèrent pas aux principes de la société et, sur ce point, ils semblent parfois plus sages que d’autres. «Ce n’est pas l’argent qui fait tourner le monde, c’est l’avarice», lance l’un d’eux à la caméra.

«Ils vivent sur la même planète que nous», rappelle Steve Patry. «Ils ne sont pas aussi déconnectés que les gens pensent. Il y a une accumulation de souffrance, d’abus, de trauma, qui fait en sorte qu’ils sont un peu en dehors du système.»

On y découvre aussi le travail des intervenants et on le comprend peut-être mieux après le visionnement. L’approche «tough love» de certains pour les sans-abris les plus récalcitrants et les limites de ce qu’ils peuvent faire. «Il y a cette difficulté-là que je trouvais qui était quand même intéressante à montrer», mentionne le cinéaste.

L’expérience lui a justement permis d’apprécier davantage le travail des intervenants. Il connaissait plus au départ les plaintes et le point de vue des sans-abris sur les ressources d’aide, mais il a réalisé «qu’ils ont aussi leurs défis, ils n’ont pas des remèdes miracles, mais ils travaillent vraiment d’arrachepied».

Un air canadien

Le film a été tourné en plein hiver 2019, en janvier et février. Le froid ajoute toute une autre dimension au film. «On a décidé de centrer le film sur la spécificité des pays un peu plus nordiques. L’hiver devient un personnage en tant que tel dans le film, avec les situations d’urgences.» D’ailleurs, il est facile de transposer n’importe quelle scène extérieure dans un autre paysage urbain canadien.

Si la pandémie empêche une sortie en salle, ce sera peut-être à l’avantage du film de pouvoir être vu n’importe où au Canada. Il est disponible pour location sur la plateforme du Cinéma Moderne (www.cinemamoderne.com).

Une scène du documentaire Tant que j’ai du respir dans le corps