La réconciliation par la découverte des autres

Une rencontre. Ou plutôt des rencontres. C’est la description très large que l’on pourrait donner au projet Aalaapi | ᐋᓛᐱ qui sera présenté au Théâtre du Nouvel-Ontario du 7 au 9 novembre.

Sans avoir été conçu pour être une contribution à la réconciliation des peuples du Canada, Aalaapi | ᐋᓛᐱ pourrait tout de même s’inscrire comme l’un de ses éléments. Il n’y aura pas de réconciliation sans compréhension et la pièce permet justement de découvrir une partie de la réalité des peuples inuits.

«Je pense que la pièce peut servir à créer une réelle rencontre», avance la metteuse en scène, Laurence Dauphinais. «À ouvrir un dialogue, une conversation. Je pense que c’est pour ça que les actrices ont eu envie de continuer à y participer et de l’amener au plus grand nombre de spectateurs possibles. Elles croient que c’est important de voir cette culture-là sous un jour différent que celui du sensationnalisme que l’on voit dans les médias traditionnels.»

Une opinion partagée par l’une des comédiennes inuites, Nancy Saunders. «Le grand besoin des communautés nordiques était actuellement de préserver sur leur territoire les formes d’expressions traditionnelles qui ont été largement fragilisées historiquement. […] En offrant une représentation différente du Nord de celles constamment proposées par les médias, Aalaapi | ᐋᓛᐱ fait œuvre utile.»

Un paysage pour les oreilles

À l’origine du projet, il y a un documentaire sonore réalisé par Marie-Laurence Rancourt. Cinq jeunes femmes — Audrey Alasuak, Mélodie Duplessis, Samantha Leclerc, Louisa Naluiyuk et Akinisie Novalinga — issues des communautés inuites du Nunavik au nord du Québec mais étudiantes dans le sud de la province, parlent d’elles, de leur vie et de leurs réalités en ignorant parfois l’identité inuite qu’on leur accole trop facilement.

Des rencontres qui ont eu lieu entre les cinq femmes nait le documentaire trilingue balado Aalaapi | ᐋᓛᐱ , que l’on peut toujours écouter sur le site magnetobalado.com dans la collection Les vivants.

Sur scène, deux résidentes nordiques qui écoutent la radio. Elles se font raconter le nord par les voix, les sons et les silences du documentaire et interagissent avec lui à leur façon. Le balado joue en entier durant la pièce, qui dure en fait 20 minutes de plus que le récit audio. «C’est une espèce de valse entre le podcast, les actrices, le son [et les projections vidéos]. C’est un exercice de dosage», explique Mme Dauphinais.

Mme Dauphinais s’est très peu mêlée au projet du balado. Elle l’a écouté au complet pour la première fois seulement après qu’il ait été complété. «J’ai trouvé ça très apaisant, à l’image des jeunes femmes que l’on avait rencontrées. Ce que je trouvais vraiment magnifique dans leur façon de communiquer, c’est qu’elles étaient capables de parler de sujets parfois difficiles, mais la communication se faisait avec beaucoup de paix.»

Aalaapi est un mot inuit qui pourrait se traduire par : «Faire le silence pour entendre ce qui est beau».

Leur laisser la place

Dès la conception, l’équipe de production a voulu évacuer la question de l’appropriation culturelle. «Ce n’était pas une question de qui va prendre le contrôle, mais plutôt de créer des rapports horizontaux entre nous, où tout le monde a sa place, puisse être qui il est et se sentir respecté.»

Même s’il y a une équipe québécoise derrière le projet, les cinq voix et les deux comédiennes, nancy Saunders et Hannah Tooktoo, prennent toute la place sur scène et ont largement contribué à ce que l’on voit et entend.

Pour découvrir cet univers et ces vies, rendez-vous au Théâtre du Nouvel-Ontario du 7 au 9 novembre.