L’aventure a démarré dès le 16 mars en reprenant une chanson de circonstance de John Lennon: Isolation.
L’aventure a démarré dès le 16 mars en reprenant une chanson de circonstance de John Lennon: Isolation.

Damien Robitaille, la nouvelle vedette du web

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
L’homme est désigné parmi les personnalités de l’année par le journal Le Droit.

Si le confinement a bloqué l’accès aux scènes, il n’a pas empêché Damien Robitaille de s’amuser en produisant de la musique en solo. Seul au piano, ou s’improvisant homme-orchestre, il a multiplié les reprises de chansons pops ultraconnues, dont les enregistrements vidéos sont devenus viraux, une fois partagés sur ses réseaux sociaux. 

L’aventure a démarré dès le 16 mars en reprenant une chanson de circonstance de John Lennon : Isolation.

Le succès n’est pas immédiat, mais Damien Robitaille poursuit infatigablement cet exercice quasi quotidien de reprises. Queen, les Beastie Boys, Abba, Radiohead, Daft Punk, Van Halen, Gorillaz, The White Stripes, La Macarena, et même une pièce du pianiste André Gagnon partagée au lendemain de sa mort : tout y passe!

Le chanteur meuble son calendrier vide avec l’assurance de «faire une œuvre utile» puisque, les commentaires des internautes en témoignent, ses chansons-sourires font du bien autour de lui.

Sa persévérance et sa constance ont fini par «payer» : désormais dangereusement contagieux, ses sourires vidéos sont appréciés et partagés à travers la planète.

Le 1er décembre, il mettait en ligne sa Chanson du jour #137, version piano-percussions du Pump Up The Jam de Technotronic. Sa souriante reprise a «fait la journée» («make my day», dit la chanson) de millions d’internautes, pour dépasser les 10 millions de visionnements en moins d’une semaine.

Dans les écoles primaires, on commence même à l’imiter.

Il faut dire que le «p’tit gars de Lafontaine» avait frappé un premier joli coup en milieu scolaire, cette année : Damien Robitaille a signé la pièce originale d’Une chanson à l’école, l’activité scolaire pancanadienne tenue dans le cadre de la 24e Journée de la culture.

Q : Quel a été ton coup de cœur artistique ou culturel en 2020?

R : «Je n’ai rien consommé et si peu écouté les artistes que j’aime! Pour moi, 2020, c’était vraiment une année de redécouverte, plus que de découvertes. Je me suis replongé dans la musique que je n’écoutais plus et dans mes vieux disques pour [sélectionner et préparer] les “Chansons du jour” que j’allais enregistrer.»

Q : Quel est ton meilleur souvenir de 2020?

R : «C’est quand je suis allé en Espagne, au mois d’aout : ça faisait cinq mois que je n’avais pas vu mes filles, qui habitent là-bas. J’ai pu passer un mois de vacances avec elles, au bord de la Méditerranée.»

Q : Et le pire souvenir?

R : «Ce sont tous ces soirs passés seul, chez nous, quand le désespoir embarquait. Ces moments d’angoisse et de craintes pour le futur. Je me posais beaucoup de questions : “Est-ce que la musique va encore marcher, après? Est-ce que je vais revoir ma famille?” Au début de la pandémie, il y avait quelque chose d’excitant, c’était comme des vacances, puis ça a commencé à être moins drôle.

L’angoisse [a été très forte] au printemps, après le premier mois. C’est ça qui m’a poussé à chanter. Pour m’occuper. Ne pense pas, vis le moment présent! Ç’a été 50 % de ce qui m’a poussé à faire cette série de reprises. J’ai vu que ça avait un impact sur les gens, que ça les touchait, que ça chassait l’ennui et la solitude. Quand les gens m’écrivaient, j’avais l’impression que j’avais du monde près de moi.»

Q : Quel est le «grand oublié» de 2020?

R : «Difficile à dire. Je vis tellement dans une bulle que je me sens comme un inadapté social. J’ai coupé la télé. J’essaie de ne pas regarder les nouvelles. Je me coupe des mauvaises nouvelles. J’ai assez d’angoisses comme ça, il ne fallait pas en rajouter! […]

Les gens perdent leur business. [Ça va mal dans le secteur] du transport, pareil pour les restaurateurs, les artistes, et les gens de la santé — qu’on oublie, alors qu’ils travaillent comme des fous et qu’ils méritent plus de reconnaissance. Quand on reste dans sa bulle, c’est facile d’oublier qu’il y a beaucoup de monde qui en arrache.»

Q : Qu’est-ce qu’on se souhaite pour 2021?

R : «Quand on va pouvoir, tranquillement, retourner à un [semblant] de normalité, j’espère qu’on va être capable de retrouver l’harmonie entre tout le monde, parce qu’il y a beaucoup de haine qui circule, à ce que je vois. Je sens beaucoup de tensions et de frustrations. Je ne voudrais pas que les gens retiennent cet aspect de la pandémie. Je voudrais que la paix règne.

Sur un plan plus personnel, j’espère pouvoir recommencer à voyager, retrouver ma famille en Espagne, aller au mariage de mon frère et visiter ma nièce que je n’ai jamais rencontrée, au Yukon. Et puis j’espère qu’on va rouvrir les scènes, [car] pour l’instant, je ne fais pas beaucoup de sous avec les chansons que je poste chaque jour sur internet.»