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mercredi, 26 juin 2019 09:00

Où est passé le gris?

Dans nos discussions politiques et sociales, il y a maintenant un grand absent, le gris. Oui, oui, le gris. Cette couleur qui meuble l’immensité entre le blanc et le noir. On n’a qu’à lire les opinions dans les médias sociaux ou traditionnels, à écouter nos politiciens de toutes les couleurs ou même à simplement discuter avec des collègues et amis pour s’apercevoir que tout est devenu blanc ou noir. Gris? Connais pas.

Le problème, c’est que tous ces commentateurs qui crient au blanc ou noir sont eux-mêmes complètement gris. Prenons l’exemple de la politique et de l’environnement.

La semaine dernière, le gouvernement canadien adoptait une motion affirmant qu’il y a urgence climatique dans le monde. Le lendemain, ce même gouvernement approuvait l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain. Et le surlendemain, tous les commentateurs s’insurgeaient. Quel manque de jugement, quelle hypocrisie, disaient-ils. Ben non, ces deux décisions ne sont que du gris.

Pourquoi ne serait-il pas possible de croire qu’il y a effectivement un danger climatique et qu’il faut y remédier, mais, en même temps, comprendre que les remèdes nécessaires ne sont pas encore complètement prêts? Pourquoi nier le fait que le monde a encore besoin de pétrole, que nous en avons beaucoup et que nous avons besoin des sous qu’il peut générer pour bâtir les infrastructures vertes qui guériront la planète?

De l’autre côté de la médaille, pourquoi les supporteurs de l’industrie pétrolière ne veulent-ils pas entendre parler des changements climatiques et de la fonte des glaces polaires, de la multiplication des feux de forêt, des inondations et des ouragans qui en résultent?

Pourquoi? Parce que c’est plus simple de ne voir qu’un côté de la médaille, plus facile de voir tout en blanc et noir. Pourtant, ces mêmes chialeux, de quelque côté qu’ils soient, devraient se regarder dans le miroir. Ils y verraient beaucoup de gris. La plupart de ceux qui conspuent les pipelines conduisent des voitures à essence et ne se privent pas d’un petit voyage en avion de temps en temps — parce qu’il n’y a pas encore d’alternatives viables. Et les supporteurs du pétrole sont souvent les premiers à aimer les randonnées de pêche dans des lacs et rivières immaculées. Et que le Bon Dieu les préserve d’un feu qui pourrait détruire leur chalet. Mais ils refusent tous d’admettre que le monde des idées est toujours gris.

Dans cette apologie du gris, on pourrait aussi parler d’immigration et de racisme. Vous conviendrez que, en dépit du jeu de mots, il n’y a rien de plus noir et blanc. D’un côté, on retrouve les néonazis qui maintiennent que seuls les descendants des Européens blancs peuvent sauver le monde, alors que d’autres sont prêts à excuser plus facilement toute incartade, même criminelle, de la part de personnes de couleur parce qu’elles sont victimes du racisme. Il n’y a souvent pas de juste milieu, pas de gris.

On pourrait continuer et appliquer cette réflexion à toutes les questions sociopolitiques qui agitent actuellement le monde. Vous êtes invités à le faire. Vous deviendrez peut-être des adeptes du gris. Ce n’est qu’en acceptant que le monde est gris que l’on pourra trouver des solutions à ces questions.

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Lu 931 fois Dernière modification le lundi, 24 juin 2019 17:07
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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