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mercredi, 17 avril 2019 11:30

Pas le budget Ford, mais bien le budget Fedeli

La semaine dernière, le gouvernement Ford a présenté son premier budget. La plupart des analystes s’attendaient à un budget beaucoup plus austère, un budget façonné à la tronçonneuse afin de réduire le déficit provincial. Mais, surprise, on parle plutôt d’un budget rédigé au scalpel. Ce que les analystes n’avaient pas vu venir, c’est le ministre des Finances et député de North Bay, Vic Fedeli.

Les supposés experts en politique et en finances auraient dû se souvenir que Vic Fedeli est devenu millionnaire en créant une compagnie de relations publiques et de markéting. Son premier budget démontre qu’il est très bien capable d’appliquer ces concepts de communications à la politique.

Une photo montrant Doug Ford penchée vers Fedeli dans la législature ontarienne a fait le tour des médias la semaine dernière. Elle illustrait plusieurs articles qui tentaient de prévoir ce que contiendrait le budget. Cette photo est emblématique. Elle montre deux hommes, certains diraient deux conspirateurs, en train de planifier leur coup. J’exagère, bien sûr, mais cette photo démontre bien le contenu et la forme de ce premier budget. On y retrouve la dureté de Ford accouplée au machiavélisme de Fedeli.

Prenons d’abord ce qui est évident. Les conservateurs ne pouvaient pas présenter un budget sans coupures importantes de peur de décevoir leur base de la Ford Nation. On y retrouve donc des réductions de 49 % au budget des affaires autochtones, de 36 % à l’environnement, de 25 % au logement social et, tenez-vous bien vous qui possédez un chalet, de 67 % à la lutte contre les incendies de forêt. Remarquez que les coupures les plus importantes vont droit aux têtes de Turc des adeptes de Ford.

En fait, une grande partie des réductions ne sont pas contenues dans le budget et c’est là qu’on voit le talent de relationniste de Fedeli. Par exemple, en l’éducation, il y a bien une phrase indiquant que le gouvernement réduira les conseils scolaires, mais aucun détail. À l’éducation postsecondaire, on dit que les conservateurs vont changer la méthode de financement en créant dix critères que les institutions devront remplir. Certains parlent de taux de diplomation et d’employabilité, mais, en fait, les dix critères ne sont pas spécifiés. Le gouvernement indique qu’il les expliquera plus tard. On pourrait continuer ainsi en décortiquant les 300 quelques pages du budget et on s’apercevrait rapidement que des détails sont manquants.

L’expression le diable est dans les détails vient à l’esprit.

Une autre théorie tout à fait plausible basée sur l’aspect relations publiques de ce budget est ressortie dans les médias la semaine dernière. Plusieurs analystes croient que le gouvernement ontarien n’a pas voulu présenter un budget très austère afin de ne pas nuire aux chances électorales des conservateurs fédéraux en octobre prochain. On explique que plusieurs électeurs ontariens qui n’ont pas voté Ford — rappelons que c’est plus de 60 % des électeurs — auraient été particulièrement outrés par un budget à la Mike Harris qui sabre tout ce qui dépense et qu’ils auraient pu diriger leur colère contre Andrew Sheer et les conservateurs fédéraux. Le génie du tandem Ford-Fedeli aurait donc été de masquer et de reporter à plus tard — après octobre, peut-être — les réductions les plus dures.

On verra bien.

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Lu 640 fois Dernière modification le mercredi, 17 avril 2019 01:42
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury