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mardi, 09 avril 2019 16:43

Des mentalités changeantes

Écrit par  Camille Contré


La première manifestation pour les droits des homosexuels, lesbiennes et bisexuel(le)s — groupe qui sera nommé plus tard LGBTQ+ — à Sudbury a eu lieu le 19 juillet 1997. Près de 300 personnes se sont rassemblées dans les rues pour promouvoir le slogan «Out and proud». Certaines personnes qui participaient à l’évènement se sont couchées par terre tandis que d’autres traçaient leur silhouette à la craie afin de commémorer les victimes du sida et du cancer.

À l’époque, parler de la cause LGBTQ+ était souvent mal reçu par une plus grande partie de la population. Au fil des ans, le journal a continué à parler de cette cause et a reçu des lettres d’abonnés choqués ou indignés au sujet des articles sur la question des droits et des libertés des homosexuels. Dans la lettre ouverte reproduite ci-dessous, qui a suivi l’article sur la première manifestation à Sudbury, l’auteure de ce texte n’appréciait pas que la communauté gaie de Sudbury fasse la première page.

En 2003, le débat faisait rage au niveau national quant à la légalisation du mariage entre conjoints du même sexe. Nous publions aujourd’hui l’éditorial dans lequel Le Voyageur prenait position et la réponse d’une lectrice qui tenait à se porter à la défense de l’Église.

par Camille Contré


La première page du 23 juillet 1997



Lettre ouverte - 6 aout 1997

Pas sa place en page un!



M. Des Becquets,

Je n’ai pas de compliment à vous faire; au contraire, vous devriez avoir honte. Je comprends pourquoi vous avez de la difficulté à vendre le journal Le Voyageur. Nous faisons notre possible pour encourager un journal canadien-français et vous le tuez.

La première page du journal Le Voyageur du 23 juillet; vous auriez pu mettre autre chose de plus intéressant que ce monde qui se pense à l’honneur. S’ils sont contents de sortir de leur placard, ce n’est pas le bonheur de tous. Qu’est-ce qu’ils font dans leur chambre à coucher, cela ne regarde qu’eux ou elles... Cependant, quand ça paraît en grosses lettres sur la première page et je souligne de «notre journal», c’est à nous de parler. Pourquoi leur donner autant d’importance? Il n’est pas nécessaire de se montrer en spectacle et parader ses libertés pour être des citoyens «à part entière».

C’est vrai que chacun a droit à ses idées et à ses convictions, mais qu’on nous laisse tranquilles avec ces démonstrations tapageuses. Ce reportage malsain ne contribuera certainement pas à vendre votre journal à des gens qui vivent vraiment leur foi.

N.B. : M. le maire, soyez certain que vous n’aurez pas mon appui aux prochaines élections.

(NDLR : Nous avons fait le choix de ne pas publier le nom de l’autrice de la lettre.)



Éditorial - 6 aout 2003

Évoluer



La volonté de Jean Chrétien de légaliser le mariage entre homosexuels provoque présentement l’indignation des tenants de la religion catholique au pays. Le premier ministre du Canada ne fait cependant que son devoir en tentant de répondre aux besoins de la société d’aujourd’hui. On appelle ça évoluer.

Le Canada a la réputation d’être un pays libéral, ouvert. Auparavant, on énumérait ces qualités avec envie et admiration. Maintenant, certains trouvent que le gouvernement du Canada va trop loin en voulant légaliser les mariages entre personnes de même sexe.

L’Église est le principal contestataire. Mais s’il y a une institution au pays qui a tout fait sauf évoluer au fil du temps, c’est bien l’Église. La religion est en perte de vitesse, les bancs des églises se vident davantage d’année en année, mais le Vatican continue de faire du surplace alors que le monde qui l’entoure est en constante évolution. Il est vrai qu’il ne faut pas prendre la situation à la légère puisque le mariage existe depuis des centaines d’années et qu’il constitue une institution importante au sein de la religion catholique. Mais il ne faut pas non plus se rebuter au changement simplement parce que ça va à rencontre d’un principe ou d’un fondement qui existe depuis que le monde est monde.

Évoluer, c’est aussi savoir s’adapter à de nouvelles réalités qui n’existaient pas auparavant ou qui n’étaient pas aussi populaires. Les homosexuels s’affichent de plus en plus. L’homosexualité est de moins en moins taboue dans notre société, même s’il reste encore de la sensibilisation à faire de ce côté. Ils revendiquent maintenant les mêmes droits que les hétérosexuels.

D’un autre côté, ce n’est pas parce que les homosexuels réclament ce droit qu’il faut le leur accorder sans y réfléchir. C’est pourquoi le gouvernement canadien a tenu des consultations publiques à travers le pays l’an dernier. Sudbury n’y a pas fait exception. Le gouvernement fédéral a donc été responsable en prenant le pouls de ses électeurs. Et s’il souhaite aller de l’avant avec ce projet, c’est qu’il sent qu’une majorité de citoyens est derrière lui. L’avenir nous dira si le gouvernement adoptera bientôt un projet de loi légalisant le mariage entre homosexuels. Quoiqu’il arrive, le débat aura eu lieu et c’est ce qui est important dans un pays démocratique.

Chez nos voisins du Sud, le président George W. Bush a réitéré la semaine dernière son intention de s’opposer à la légalisation du mariage entre homosexuels dans son pays. En réfléchissant aux récentes décisions qu’il a prises (notamment le déclenchement de la guerre contre un pays qui possèderait des armes nucléaires dangereuses, quoiqu’inexistantes pour le moment), on peut espérer que le gouvernement, canadien ira sagement dans la direction opposée.

Mathieu Berger



20 aout 2003

Réponse à l’éditorial du 6 août



Les tenants de la religion catholique ne sont pas les seuls à s’afficher contre les mariages entre les personnes de même sexe. Que penser des musulmans et de tous ces gens qui ne s’annoncent pas ouvertement à cause des médias?

Sachez que l’Église catholique est louée et remerciée par les autres mouvements religieux et par beaucoup d’autres groupes à cause de sa parole et de son courage.

À travers le Canada, le clergé catholique a aidé ses fidèles, des Canadiens-Français, à évoluer; à changer leur pensée et à ne plus avoir peur du plus gros; à devenir fiers de leur héritage; à modifier leurs actions; à créer des entreprises; à exiger leurs droits; à recevoir des services dans leur langue; à maintenir leurs acquis, etc. Exemple : les Caisses populaires. D’ailleurs c’est grâce à un prêtre catholique, fondateur du Voyageur, que vous pouvez vous payer du pain chaque semaine. Un peu de respect serait fort apprécié.

Le mariage, qui est l’union d’un homme et d’une femme, existe depuis très longtemps, voire des centaines d’années. L’Église catholique s’est penchée sur cet état de vie dans le but d’aider les couples à s’appliquer dans leur vécu vers le bonheur stable et vers un plein épanouissement. Éduquer ses membres et toutes personnes qui veulent l’écouter à développer son humanité et à devenir responsable de soi et des autres, n’est-ce pas une évolution exemplaire?

Nous avons le choix d’encourager nos caprices, nos vices et d’aller vers la décadence = évolution négative. Nous pouvons aussi être fiers d’être humains et humains en se nourrissant de tout ce qui peut faire grandir nos esprits et notre personne = évolution positive.

Une abonnée fort déçue

(NDLR : Nous avons fait le choix de ne pas publier le nom de l’autrice de la lettre.)


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