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mardi, 05 février 2019 15:10

Le français est-il en perte de légitimité au pays?

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Le français est-il en perte de légitimité au pays? Photos : Julien Cayouette
Sudbury — Il n’y aurait pas de crise de légitimité du français au Canada, mais plutôt plusieurs contrecourants alimentés par les circonstances politiques du moment, si on en croit les quatre invités de marque qui ont répondu à l’appel de l’Institut franco-ontarien (IFO) le vendredi 1er février.

«Le français est-il en perte de légitimité au pays?» était la prémisse de départ de la table ronde organisée et animée par le directeur de l’IFO, professeur d’histoire de l’Université Laurentienne et détenteur de la chaire de recherche en histoire de l’Ontario français, Serge Miville.

La politologue du Collège militaire royale du Canada à Kingston, Stéphanie Chouinard, croit plutôt que la minorité qui rejette le bilinguisme et la francophonie se sent plus libre de s’exprimer depuis l’arrivée au pouvoir des politiciens qui semblent partager leurs points de vue. Un mouvement politique similaire à ce que l’on peut voir aux États-Unis sur des sujets auparavant plus tabous.

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, n’est pas plus inquiet, mais croit qu’il n’y a présentement pas de leadeur en politique fédéral qui mène la discussion et donner une visibilité positive au bilinguisme. Ce sont malheureusement souvent les mêmes personnes qui parlent de bilinguisme et les mêmes personnes qui écoutent. Il faudra trouver des façons de discuter davantage à l’extérieur de ce cercle, car les «autres» ne comprennent pas l’enjeu.

Le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, n’a pas été trop négatif envers le parti politique qui a supprimé son poste. Ceux qu’il a pu rencontrer disent tous appuyer les francophones. Il n’a malheureusement pas eu le temps de leur expliquer le vrai rôle du Commissariat. Alors en Ontario, et même au sein du gouvernement conservateur ontarien, le français ne serait pas en perte de légitimité selon lui. «Avec le nombre de citoyens et immigrants qui envoient leurs enfants en immersion, je ne crois pas en une perte de légitimité», précise M. Boileau.

Le directeur du Carrefour francophone et de la Slague, Stéphane Gauthier, a fait le même constat : les dirigeants politiques n’ont rien contre le français. Prenant le développement de la Place des Arts en exemple, il raconte que tous les candidats à la mairie du Grand Sudbury y étaient favorables, surtout après avoir entendu les arguments économiques. Il est bien au courant des réactions parfois négatives sur les réseaux sociaux, mais considère la tendance marginale. Il a tout de même hâte que l’on n’ait plus besoin de rappeler aux organisateurs d’évènements et de services qu’ils doivent inclure à une composante francophone.

50 ans de la LLO

La Loi sur les langues officielles canadienne a 50 ans cette année et les panélistes ont chacun fait leur bilan. M. Gauthier croit que la Place des Arts est un exemple d’effet positif. Ce genre de projet n’aurait pas été accepté il y a 50 ans ou même 20 ans.

Malgré la longévité de la loi, Raymond Théberge constate qu’il n’y a plus de progrès, car plusieurs personnes à Ottawa croient que la question des langues officielles est réglée. Mais, à son avis, la stagnation équivaut à un recul lorsqu’il est question de langues officielles.

Mme Chouinard estime que si la crise franco-ontarienne a attiré autant l’attention, même dans d’autres pays, c’est un peu parce que le Canada a toujours vanté son modèle de bilinguisme. La crise a remis en question cette affirmation vieille de 50 ans. Elle est également d’accord avec M. Théberge quant à l’absence de la question du bilinguisme du discours du gouvernement fédéral. Elle pointe plus spécifiquement du doigt Justin Trudeau et Mélanie Joly, qui n’en parlent pas ou qui en parlent seulement aux minorités.


Raymond Théberge, Stéphanie Chouinard, Stéphane Gauthier, François Boileau et Serge Miville.

Points d’entente

Quelques constats étaient partagés par tous les panélistes. Entre autres, qu’il faut en venir un jour à ce que demander des services en français ne soit plus un geste politique, mais simplement un fait, un automatisme. Là est le véritable objectif du combat et du bilinguisme.

MM. Théberge et Boileau disent tous deux avoir été confrontés à la méconnaissance du rôle d’un commissaire. Il ne s’agit pas simplement de répondre à des plaintes, de produire des rapports et de critiquer le gouvernement. Il y a tout un jeu de coulisses, des rencontres et des réunions afin de changer les choses avant que les lois et les règlements ne soient votés. Il faut aussi tenter de prévoir les enjeux à venir.

Le besoin d’inclure en d’engager les alliés anglophones dans le combat pour l’avenir du français au Canada faisait également consensus.

Sortie de crise

Les opinions sont variées quant à ce qu’il faudra faire au cours des mois et années à venir. Le mandat de M. Boileau sera terminé d’ici le 1er mai et il a déjà annoncé qu’il publierait un dernier rapport (cliquez ici pour une courte entrevue avec François Boileau).

Le commissaire Théberge a commencé le travail préparatoire pour une refonte de la Loi sur les langues officielles (cliquez ici pour une entrevue avec Raymond Théberge).

Stéphanie Chouinard semble convaincue que la lutte qui se déroule en Ontario devra être réglée à la fois par la voie juridique et la voie politique. Elle prévient surtout que la communauté devra mettre le sujet des langues officielles à l’avant-scène pendant l’élection fédérale d’octobre.

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Lu 3930 fois Dernière modification le mardi, 05 février 2019 15:21
Julien Cayouette

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