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mercredi, 26 septembre 2018 09:00

CANO 2018

En fin de semaine dernière, plusieurs personnes qui ont été à l’origine du Mouvement du Nouvel-Ontario des années 1970 (TNO, Prise de parole, la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario, La Nuit sur l’étang) se sont rencontrées à Haileybury-Earlton. C’est à Earlton que le groupe avait acheté une ferme devenue pendant quelques années un lieu de création. Votre éditorialiste ayant fait partie de cette gang, j’ai donc participé à la réunion de fin de semaine. Je vous livre ici un compte rendu personnel.

Pour bien comprendre l’importance de ce groupe, il faut se reporter au début des années 1970. L’identité de nos parents vient de voler en éclats suite aux États-généraux du Canada-Français lors desquels les Québécois ont sciemment décidé d’abandonner l’appellation Canadiens-Français. Dès lors, qui sommes-nous, francophones de l’Ontario, du Manitoba, de l’Acadie? C’est dans ce contexte socio-politico-culturel que plusieurs jeunes de partout dans le nord-ontarien — et d’ailleurs pour certains — se retrouvent à l’Université Laurentienne. Nous nous reconnaissons, nous partageons une histoire, une géographie et des valeurs qui ne sont plus celles de nos parents. Nous sommes en quête d’identité.

Entre catholicisme ultramontain et San-Francisco-wear-a-flower-in-your-hair, entre mai 1968 à Paris et rébellion au Département de français à la Laurentienne, nous comprenons instinctivement que ce sera à nous de définir cette nouvelle identité. Ne possédant aucun levier politique, économique ou académique, la pierre d’achoppement de notre identité sera donc culturelle. C’est ainsi que nait la pièce de la Troupe universitaire, Moé j’viens du Nord ‘stie, un cri du cœur qui retentira dans tout l’Ontario français.

Cette pièce écrite en joual nord-ontarien (sacres inclus) et décrivant une relation père-fils difficile sur fond de blonde enceinte et de «bon tabac dans ma tabatière» fera des p’tits : Robert Paquette et amis, le TNO, La Nuit sur l’étang, Prise de parole, le Moulinet, CANO et la ferme à Earlton. Elle stimulera aussi la création artistique dans nos écoles ainsi qu’ailleurs en province. Elle servira d’assise à l’appellation «Franco-Ontarien» qui voit d’ailleurs le jour à cette époque.

Mais ce qui a cimenté ce groupe, ce qui a permis son rayonnement, sa croissance et sa longévité, c’est l’amitié et l’entraide. Lorsqu’un dramaturge voulait monter une pièce, y’avait quelqu’un pour la produire; lorsqu’un musicien voulait faire une tournée, un ami l’organisait; quand Prise de parole voulait publier un livre, elle pouvait compter sur des lecteurs d’épreuves; quand quelques amis voulaient mettre sur pied une nouvelle initiative, ils pouvaient compter sur quelqu’un pour en assurer le financement et la comptabilité. Quelques fois, les amis étaient chichement rémunérés, la plupart du temps, tout se faisait bénévolement.

Cette amitié durable est probablement le sentiment le plus fort qui est ressorti de la fin de semaine dernière à Haileybury-Earlton. Ça et le désir profond chez les participants de continuer à contribuer à la culture d’ici. Entre de bons repas, quelques verres de vin — eh oui, nous avons toujours été épicuriens —, nous avons beaucoup discuté. Nous nous sommes rappelés de bons souvenirs, bien sûr, mais nous avons aussi parlé de l’avenir de la culture franco-ontarienne. Et tous veulent s’engager à aider les jeunes créateurs et organisateurs de ce secteur. Nous avons donc convenu d’autres rencontres afin de peaufiner notre apport continu.

Restez à l’écoute.

Lu 1029 fois Dernière modification le mardi, 25 septembre 2018 21:47
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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