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mardi, 18 septembre 2018 15:45

Les vendeurs de peur

Le discours anti-immigration prend de plus en plus d’ampleur partout dans le monde et le Canada n’est pas en reste. Que ce soit les candidats à l’élection provinciale québécoise qui veulent réduire le nombre d’immigrants dans la belle province, le premier ministre Ford qui chiale contre les couts des réfugiés ou Maxime Bernier et son nouveau parti d’extrême droite, certains politiciens sont prêts à dire n’importe quoi pour imputer les problèmes du pays aux nouveaux arrivants. Ces oiseaux de malheur se trompent de cible.

Les vrais problèmes du Canada ne sont pas liés à l’immigration, ils découlent plutôt de l’inaction et du manque d’imagination de ces mêmes politiciens. En fait, ils se servent de l’immigration pour masquer leur incompétence et leur corruption intellectuelle.

Pourtant, le phénomène de l’immigration est vieux comme la terre et nous a toujours fait progresser. Il est temps de cesser de mettre en scène les prophètes anti-immigration et de commencer à faire valoir les bienfaits liés aux mouvements de population. Il en va de la paix sociale dans le monde.

À force de donner le micro aux marchands de peur, nos démocraties occidentales se rapprochent de plus en plus du fascisme. Des partis anti-immigration sont déjà au pouvoir en Italie, en Pologne et en Hongrie. Il y a deux semaines, on a même vu un parti anti-étrangers obtenir plus de 17 % des suffrages en Suède. Oui, oui, en Suède, ce bastion de la social-démocratie. Dix-sept pour cent, ce n’est peut-être pas beaucoup, mais dans un pays avec plusieurs formations politiques et avec la représentation proportionnelle, ce vote donne un pouvoir important à cette marge de la société.

La migration a pourtant été, de tout temps, le socle de nos sociétés. On aurait un monde bien différent si nos lointains ancêtres n’étaient pas sortis de l’Afrique pour s’installer ailleurs sur le globe. L’histoire de l’humanité étant bâtie sur les mouvements de population, il devrait être évident que ces mouvements comportent de bons côtés.

Ici, au Canada, ce sont des immigrants européens, surtout de l’Europe de l’Est, qui ont peuplé l’Ouest canadien. Ce sont eux qui ont fait du Canada un des plus gros exportateurs de blé au monde. C’est parce que nous avons accueilli des milliers d’immigrants qu’une ville comme Sudbury a pu développer son secteur minier et devenir un des plus importants centres d’innovation et de services miniers de la planète. Encore aujourd’hui, alors que le pays connait un taux de natalité dégringolant, des centaines de milliers d’emplois ne trouvent pas preneurs. Sans immigrants, qui va continuer à payer les impôts nécessaires au développement du pays?

Il n’y a pas que l’économie qui bénéficie de l’immigration. Que dire de la culture? Quand un immigrant, Michael Ondaatje, gagne le prix Booker, on est bien fiers de dire qu’il est canadien. Et quand on sort, on est content de pouvoir manger des sushis, des mets italiens ou thaïlandais. Quand on boit une bière, on devrait se souvenir que ce sont les Molson, des immigrants, qui ont créé la première brasserie canadienne.

On peut facilement trouver de multiples bienfaits liés à l’immigration. Et cela sans même compter le bien que ça fait à ceux qui viennent ici pour échapper au malheur. Alors, cessons d’écouter et de retweeter les vendeurs de peur.

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Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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