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mercredi, 27 juin 2018 00:12

Comment se mettre dans la schnoutte

Même pas encore officiellement premier ministre et voilà que Doug Ford met l’Ontario dans la schnoutte. Littéralement. Sa première décision politique aura été de retirer la province de la Bourse du carbone, créée par la Californie, le Québec et l’Ontario. Mère Nature et plusieurs propriétaires ontariens ne sont pas contents. Mieux connue sous son nom anglais «Cap and Trade», la bourse du carbone établissait des plafonds d’émissions pour les entreprises polluantes. C’est le «Cap». Les sociétés qui ne pouvaient rencontrer ces normes devaient acheter des permis et celles qui réduisaient leurs émissions pouvaient en vendre. C’est le côté «Trade».

Comme ce sont les trois gouvernements participants qui s’occupent des encans de permis, une partie des sommes générées par ces transactions finissaient dans leurs coffres. Pour l’Ontario, on parle de revenus annuels entre 5 à 10 milliards $. C’est cet argent qui permettait à la province d’offrir des rabais sur l’électricité ou des subventions aux propriétaires qui entreprennent des rénovations «vertes», telle l’installation de panneaux solaires, de fenêtres isolées ou de thermostats intelligents.

En annulant la participation de l’Ontario à ce système, le nouveau gouvernement conservateur — qui en fait n’existera officiellement qu’à compter de vendredi — a effectivement réduit ses revenus. Qui dit diminution des revenus, dit aussi réduction des dépenses. L’Ontario a donc dû abolir son programme d’aide aux investissements verts. Mais les propriétaires d’immeubles ne sont pas les seuls perdants.

Les compagnies qui avaient acheté des «permis de pollution» sont aussi lésées. Dès l’annonce que l’Ontario se retirait du programme, la Californie et le Québec ont bloqué les transactions de permis venant des compagnies ontariennes. Celles-ci — ce nombre inclut plusieurs compagnies minières, dont Vale à Sudbury — se retrouvent donc avec plus de 30 millions $ de permis invendables.

Les grandes sociétés ne sont pas les seules à souffrir de cette décision. Certaines municipalités, telles Kingston, Toronto, Markham et Kitchener, qui possèdent des entreprises — on pense génération d’électricité, incinérateurs de déchets, etc. — sont aussi touchées. À Kingston, la perte serait de 4 millions $.

Certains prédisent que ces compagnies et ces villes vont poursuivre la province pour récupérer leurs pertes. Un beau fiasco en devenir qui annulera peut-être les économies que croyait réaliser Doug Ford.

Mais le plus grand perdant dans cette décision, c’est l’environnement. On peut s’obstiner ad vitam aeternam sur le rôle que joue l’être humain dans les changements climatiques. Certains croient que la pollution humaine cause 100 % de ces changements, d’autres argumentent que c’est plutôt la faute du soleil et de Mère Nature. Une chose est cependant certaine, ces changements sont réels et l’activité humaine y est en partie pour quelque chose. La Bourse du carbone n’était pas une solution miracle, mais il faut avouer qu’en touchant le portefeuille des pollueurs, elle pouvait minimiser leurs effets négatifs sur l’environnement. Ben, plus maintenant !

Le pire dans tout ça, c’est que cette décision basée sur l’idéologie politique plutôt que sur des faits scientifiques n’est que la première, ou la dernière, de ce gouvernement. Oh, boy!

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Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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