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mercredi, 14 mars 2018 10:00

Ontario, la pure et dure

Le Parti progressiste conservateur de l’Ontario est en train de produire un nouveau film qui devrait sortir sur tous nos écrans à l’été 2018. Nous ne savons cependant pas encore si le film — intitulé temporairement Ontario, la pure et dure — sera une tragédie ou une comédie.

Le mélange des genres a débuté il y a quelques mois, quand les scénaristes ont décidé de changer le héros du film. En ces temps de #MeToo, ils ont cru qu’un obsédé sexuel ne pourrait attirer les foules. Ils avaient bien sûr raison. Le problème, c’est qu’un changement de héros peut exiger de profonds changements au scénario. Mais advienne que pourra, il fallait choisir un héros ou une héroïne qui plairait au plus grand nombre.

Les producteurs et les scénaristes ont donc décidé de lancer un concours pour trouver la perle rare. Ils voulaient que le plus de gens possible puissent participer au concours. Il suffisait donc d’investir un maigre 10 $ dans le film pour pouvoir voter. Tous les investisseurs pouvaient ensuite se prémunir d’un vote électronique assorti d’une règlementation byzantine.

Mais le plus difficile restait à faire : trouver des candidats pour un rôle de héros/héroïne mal payé(e). Surtout que, pour poser sa candidature, il fallait démontrer son sérieux en investissant 100 000 $ dans un film au scénario changeant. Quatre personnes ont quand même fait confiance aux producteurs et se sont portées volontaires.

La première, une actrice sur le retour, tentait d’obtenir ce rôle pour la troisième fois. Les producteurs avaient cependant confiance en elle et plusieurs lui donnaient déjà le rôle. Deux autres femmes qui n’avaient jamais joué dans un film ont aussi brigué les suffrages. La première, une jeune femme de bonne famille et au pédigrée sans faille espérait que son nom attirerait les milliers d’investisseurs vers le film. La deuxième, une parfaite inconnue, se présentait avec un seul cheval de bataille, la pudibonderie. Face à ces trois femmes se dressaient cependant un adversaire de taille, un fils à papa, ex-vendeur de drogue qui, avec son frère, s’était converti en clowns dans un petit film torontois au succès planétaire. Toutes les critiques le donnaient nez à nez avec l’actrice sur le retour.

Pendant 40 jours — un vrai carême —, ces candidats ont tenté de convaincre les investisseurs qu’ils pouvaient faire de ce film un grand succès. Finalement, à la suite d’un vote ardu et un comptage encore plus compliqué, les producteurs ont annoncé le vainqueur : le clown tiendra le rôle principal.

Mais le succès est loin d’être acquis. Les scénaristes doivent maintenant mettre les bouchées doubles pour retravailler le texte, parce que ce nouvel acteur n’a pas les mêmes valeurs ni les mêmes forces que son prédécesseur. Il en a d’autres, bien sûr, mais celles-ci sont plutôt basées sur des déclarations à l’emporte-pièce, des politiques peu réfléchies et la pitrerie.

C’est donc maintenant une course contre la montre pour modifier la mise en scène en tentant de montrer le clown sous son meilleur jour. Les producteurs jouissent cependant d’un atout important. On dit que leur nouveau héros ressemble étrangement à l’homme qui est, pour l’instant, le plus puissant de la planète.

Lu 1501 fois Dernière modification le mardi, 13 mars 2018 15:25
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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