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mercredi, 29 novembre 2017 06:00

Pour la neutralité du réseau

Si vous lisez Le Voyageur sur une tablette ou sur votre ordinateur, soyez reconnaissants de vivre au Canada. Vous n’êtes pas — pour l’instant et du moins en principe — à la merci de grandes compagnies qui pourraient un jour restreindre ce que vous lisez ou regardez sur internet. Mais un mouvement aux États-Unis visant à annuler le principe de la «neutralité du réseau» pourrait venir chambouler vos habitudes.

Le mois prochain, la Commission fédérale américaine sur les communications (FCC) tiendra un vote sur la neutralité du réseau et plusieurs commentateurs prévoient qu’elle abolira cette politique en vigueur depuis 2015.

Mais qu’est-ce que la neutralité du réseau? C’est une politique qui enjoint les fournisseurs d’accès internet (FSI) à traiter tout contenu web également. Par exemple, un FSI ne peut vous faire payer plus qu’un autre client juste parce que vous écoutez Spotify alors que l’autre client n’est pas abonné à cette application de musique. Une compagnie comme Bell ne peut réduire la vitesse de votre internet quand vous visionnez Netflix et l’augmenter quand vous regardez le réseau CTV qu’elle possède.

Cette politique commune en Europe et, jusqu’à présent, en Amérique du Nord donne donc le contrôle du net aux consommateurs et aux créateurs de contenu. Autrement dit, les FSI ne sont que les propriétaires du «highway». Ils peuvent vous imposer un péage, mais ils ne peuvent y établir la limite de vitesse ou le type de véhicule qui peut y circuler.

Au Canada, ce principe est encore dans la règlementation. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a statué l’an dernier en faveur de la neutralité du net. Et, dernièrement, le premier ministre Justin Trudeau et la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, ont indiqué qu’ils défendraient ce principe de neutralité. Certains activistes internet voudraient cependant qu’ils aillent plus loin et adoptent une loi garantissant la neutralité du net.

Entretemps, la bataille qui se joue présentement aux États-Unis pourrait quand même avoir un effet sur les habitudes des Canadiens. Les grands producteurs américains de contenus comme Google, Netflix, Facebook et autres s’opposent évidemment à l’abolition de la neutralité du net. Mais qu’arrivera-t-il si la FCC ne les écoute pas? Tous les analystes croient que ces grandes sociétés n’auront alors pas le choix. Ils devront payer les FSI pour qu’ils continuent à diffuser leur contenu sans entraves et ils passeront ces nouveaux couts aux consommateurs. Comme la plupart des internautes canadiens consomment des produits internet américains, nous serons donc touchés par cette décision. L’impact sera plus direct chez les producteurs auxquels nous devons nous abonner, comme Apple Music ou Netflix.

Mais le plus grand risque auquel nous faisons face, c’est que nos propres gros FSI comme Rogers ou Bell regardent les Américains et se mettent à avoir des signes de piastres dans les yeux. Il nous faudra contrer un tel désir en alertant nos dirigeants à l’importance de la neutralité du réseau pour le débat et la démocratie.

Lu 1236 fois Dernière modification le mardi, 28 novembre 2017 23:45
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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