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mercredi, 25 octobre 2017 06:00

Le rat des villes et le rat des champs

Le Grand Sudbury est, en superficie, la plus grande ville du Canada. Le milieu urbain, soit l’ancienne ville de Sudbury, couvre à peu près 10 % de cette superficie. Le reste, ce sont des forêts, des montagnes et nos légendaires 330 lacs, le tout agrémenté de quelques petits hameaux qui desservent les quelques 50 000 personnes qui habitent cette périphérie. Cette immense surface et le petit nombre de gens qui l’habite (plus de160 000 résidents) sont les principales causes de nos problèmes urbains.

Cette démographie cause d’abord des problèmes financiers. Pensez à ce que ça coute pour entretenir des routes sur un si grand territoire dans une région nordique parsemée de montagnes. Pensez à ce que ça coute pour acheminer eau, égouts, électricité et internet à cette toute petite population répartie sur 3 228 km2! En fait, vous n’avez pas besoin d’y penser longuement, vous n’avez qu’à regarder votre compte de taxes et la détérioration de nos infrastructures pour comprendre le problème.

Ça cause aussi une grande inégalité entre les résidents urbains et ceux de la périphérie. Les résidents des banlieues se plaignent du manque de transport en commun et d’occasions de loisirs, alors que les citadins, eux, se disent tannés de payer des impôts pour soutenir une vaste région peu habitée. Mais le plus grand problème occasionné par cette dichotomie entre le centre urbain et sa périphérie n’est pas financier. La difficulté est surtout la différence de culture entre les habitants de ces deux régions. Parce que Sudbury, c’est vraiment deux régions.

Les résidents du milieu urbain se pensent plus sophistiqués, ils aiment les loisirs culturels, les bons restaurants, les bars et autres occasions de sorties. Ils veulent demeurer près de leur lieu de travail, certains s’y rendent même en vélo. Même s’ils demeurent dans une petite ville, ils veulent avoir l’impression de participer à la modernité mondiale. En d’autres temps, d’autres mots, on les aurait appelés des yuppies. Aujourd’hui, ce sont des hipsters. Lafontaine les appelait les rats des villes.

Les gens qui vivent dans la vaste région autour de Sudbury sont plutôt campagnards. Certains partagent bien sûr les aspirations et désirs de leurs concitoyens urbains, mais, en général, ils veulent la quiétude, le calme, l’éloignement de leurs voisins. Une grande part de leurs loisirs est liée au grand air, à la forêt et aux lacs. En somme, ils sont d’accord avec André Paiement qui donnait comme sous-titre à sa pièce La vie et les temps de Médéric Boileau la fameuse phrase «Y’a-t-il quelque chose de plus en ville qu’y a pas dans l’bois». Lafontaine les appelait les rats des champs.

L’opposition entre ces deux styles de vie ne s’est jamais autant fait sentir en politique municipale que lors du débat sur l’emplacement d’un nouvel aréna et centre de loisirs. Les urbains les voulaient au centre-ville alors que le plus grand défenseur du site sur le Kingsway — plus proche du dépotoir que du centre-ville — était un conseiller municipal représentant la périphérie. Cette opposition se fait de plus sentir au conseil municipal et menace l’unité de notre ville. Nous avons de plus en plus besoin de politiciens qui sauront apprivoiser ce clivage.

Lu 698 fois Dernière modification le mardi, 24 octobre 2017 15:24
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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