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mercredi, 19 juillet 2017 06:00

Plus de poids pour le Nord

Une Commission de délimitation des circonscriptions électorales du Grand Nord étudie présentement la possibilité de créer deux nouveaux comtés dans le Nord-Ontarien. Le but avoué de la Commission mise sur pied en 2015 est de donner plus de pouvoir au Nord en général et aux autochtones et aux francophones en particulier. L’Ontario espère ainsi favoriser l’élection de députés issus de ces communautés. Est-ce vraiment réaliste?

D’abord, soyons honnêtes. Le vrai but du gouvernement ontarien en créant cette Commission spéciale c’est de créer l’impression qu’il veut donner plus de pouvoir politique aux autochtones. Quant aux francophones, c’est un «after-thought», puisque le gouvernement ne pouvait quand même pas oublier qu’ils sont nombreux dans Timmins-Baie James. La présidente de la Commission, Joyce L. Pelletier, est issue de la nation Ojibway et deux des quatre autres membres représentent des groupes autochtones. Trois membres autochtones sur cinq, mais pas de représentant francophone. Honni, soit qui mal y pense.

Dans un rapport préliminaire, la Commission propose de découper en deux les circonscriptions actuelles de Kenora-Rainy River et de Timmins-Baie James pour créer les nouveaux comtés de Mushkegowuk et de Kiiwetinong. La circonscription de Mushkegowuk regrouperait plusieurs nations Cree installées le long de la baie James. Celle de Kiiwetinong couvrirait plusieurs réserves sises au nord de Kenora.

Il est clair que le Nord y gagnerait en ayant deux députés de plus à Queen’s Park, mais qu’en est-il des autochtones et des francophones? Dans les deux nouveaux comtés, les autochtones seraient évidemment plus nombreux, mais ils seraient toujours minoritaires. Les francophones, pour leur part, pourraient être gagnants dans la circonscription réduite de Timmins-Baie James, puisque leur pourcentage démographique y augmenterait un peu.

Le Commissaire aux services en français de l’Ontario a déjà publié un communiqué appuyant les recommandations préliminaires de la Commission. L’Assemblée de la francophonie, fait de même et encourage la création des deux nouvelles circonscriptions.

Cependant, l’idée même qui sous-tend cette aventure électorale est une illusion. Le gouvernement semble croire qu’en augmentant l’importance d’un groupe ethnique dans une circonscription, ses électeurs voteront pour un des leurs. Nous pourrions ainsi avoir un ou deux députés autochtones ou francophones à Queen’s Park. C’est vrai dans certains cas, mais l’histoire électorale démontre clairement que les francophones et les autochtones votent surtout pour le parti qui véhicule leurs valeurs. On a souvent vu des francophones élire un député anglophone parce, selon eux, c’est son parti qui défend le mieux leurs intérêts.

Cela a été le cas au fil des ans dans Timmins-Baie James, Timiskaming, Nickel Belt et Sudbury, où les francophones forment pourtant un bloc démographique important. Nous parions qu’il en sera de même dans les nouvelles circonscriptions où les autochtones auront un plus grand poids.

Les deux groupes auront peut-être un plus grand poids démographique, mais nous doutons que cela se traduise par un plus grand poids politique à Queen’s Park.

(Note : Réjean Grenier est vice-président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario)
Lu 1586 fois Dernière modification le mardi, 18 juillet 2017 15:20
Réjean Grenier

Éditorialiste

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