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mercredi, 25 janvier 2017 06:00

Solide, le bilinguisme?

Un bref article d’opinion dans le magazine Maclean’s, un débat politique qui n’en était pas vraiment un, la candidature conservatrice d’un bouffon médiatique et des réponses sans bon sens de notre premier ministre. C’est tout ce que ça a pris pour relancer le débat sur le bilinguisme au pays.

Depuis quelques semaines, on assiste à un grand questionnement médiatique sur le fait qu’un premier ministre canadien doit être bilingue. Tout a commencé par un article de Peter Shawn Taylor qui argumentait que l’obligation de bilinguisme disqualifie plusieurs bons candidats. Dans le fond, ce que cet argument veut dire, c’est que plusieurs unilingues sont plus compétents que des gens bilingues. On sait bien que c’est un faux argument. D’ailleurs, en lisant l’article de Taylor, on comprend qu’il ne ravive ce débat que pour tenter d’ouvrir la porte au récemment déclaré candidat unilingue au leadership du parti conservateur, Kevin O’Leary.

Pendant ce temps, O’Leary, le marionnettiste de Taylor, attendait en coulisse qu’ait lieu le débat en français des candidats au leadership avant d’activer sa campagne. Ce fameux débat n’a d’ailleurs que démontré l’incompétence — pas seulement linguistique — de plusieurs des candidats. D’ailleurs, le lendemain, O’Leary annonçait sa candidature. Avec le cynisme d’un apprenti Trump, il affirmait même que les Québécois — il ne sait même pas que nous sommes 2,6 millions de francophones hors Québec — lui pardonneraient son unilinguisme puisqu’il sait parler «the language of jobs». Ben non, le niaiseux. La job que tu veux requiert certaines compétences, dont le bilinguisme.

Comme pour venir jeter de l’huile sur le feu, même notre premier ministre, Justin Trudeau, est venu envenimer le débat en répondant en français à une question posée en anglais par une citoyenne québécoise et en anglais à une question posée en français par un Franco-Ontarien. Son père nous avait habitués à des pirouettes, mais les élucubrations linguistiques du jeune Trudeau n’ont pas passé. Depuis, l’encre ne cesse de couler sur la question du bilinguisme.

Il est évidemment bon dans une démocratie de débattre de questions de société, mais il a des sujets qu’il vaut mieux prendre avec des pincettes. Et dans tous les pays qui ont plus d’une langue officielle, la question linguistique en est une. N’oublions pas le contexte politique dans lequel le Canada a adopté le bilinguisme. Des bombes explosaient au Québec, le projet indépendantiste menaçait de faire éclater le pays, les Canadiens-Français s’entredéchiraient à la suite des États généraux du Canada-Français. C’est pour éviter l’éclatement du Canada que Pierre Trudeau en a fait un pays bilingue.

Le débat actuel démontre assez bien que certains s’en souviennent. La plupart des grands médias de langue anglaise et française du pays ont récemment réitéré leur appui au bilinguisme et ont déclaré qu’il est maintenant impensable qu’un unilingue puisse devenir premier ministre. Même les médias sociaux semblent suivre ce mouvement. Il y a donc de l’espoir, mais cette récente flambée démontre bien qu’il faut rester vigilant.

Lu 1920 fois Dernière modification le mardi, 24 janvier 2017 17:11
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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