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mercredi, 16 novembre 2016 06:00

Le Canada est-il à l’abri d’un Trump?

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis fait couler beaucoup d’encre depuis une semaine. Il y a du pour, du contre, du comment, du pourquoi et du que-va-t-il-arriver. Au Canada, il y a un fil conducteur dans plusieurs articles, reportages ou commentaires Facebook. C’est que nous sommes chanceux de vivre dans un pays tolérant et gentil où un tel monstre politique ne pourrait réussir. Minute, moumoute!

Bien sûr, nous vivons dans un pays pas mal plus gentil que bien d’autres sur la planète. Nous encourageons le bilinguisme et le multiculturalisme; nous sommes fiers d’accueillir des centaines de milliers de réfugiés et d’immigrants; nous ne sommes pas un pays militariste et nous ne sommes pas fascinés par les armes à feu comme nos voisins du sud; nous avons toujours été et sommes en train de redevenir un grand fournisseur de Casques bleus qui tentent d’assurer la paix dans le monde.

Vous remarquerez que j’ai dû utiliser le verbe «redevenir» dans le paragraphe précédent. C’est tout dire. Pendant dix ans, nous avons vécu sous un gouvernement militariste qui a détruit le registre des armes à feu, qui a utilisé le niqab pour diviser le pays et qui n’a certainement pas fait la promotion du bilinguisme. Je ne dis pas ici que Harper était comme Trump, bien sûr, mais quand même, nous avons voté pour un parti qui était sur la même pente glissante.

Il y a dans notre pays des forces négatives qui peuvent facilement être utilisées par des politiciens sans foi ni loi. À preuve, la campagne de Kellie Leitch à la direction du Parti conservateur. Dès le début de la course, Mme Leitch a envoyé un questionnaire aux membres du parti leur demandant s’il ne serait pas bon d’examiner soigneusement les réfugiés que nous acceptons pour s’assurer qu’ils n’ont pas des «valeurs anticanadiennes». Ce terme de valeurs est en fait un buzzword qui renvoie à l’idée de l’étranger dangereux.

Ce genre de campagne ravive un fond de racisme et d’intolérance qui a d’ailleurs été rendu public par un sondage indiquant que les deux tiers des Canadiens appuient la position de Mme Leitch. Un autre sondage en septembre dernier révélait d’autres sentiments «trumpistes». On y apprenait que 63 % des Canadiens croient que les immigrants devraient en faire plus pour s’intégrer. Aux États-Unis, seulement 53 % des répondants ont dit ça, mais le pays a quand même voté Trump.

Ce même sondage CBC-Angus Reid démontrait aussi que les Canadiens estiment que les gouvernements devraient éliminer les «privilèges» accordés aux autochtones. Privilèges? Ces répondants ne doivent évidemment pas lire ou regarder les bulletins de nouvelles où on voit le délabrement des maisons sur des réserves qui n’ont pas d’eau potable depuis 10 ans!

Comme on le voit, il existe au Canada un courant qui s’apparente aux valeurs exprimées par les électeurs de Trump. Alors cessons de se donner des tapes dans le dos et restons vigilants. La démocratie, ça peut être dangereux.

Lu 2121 fois Dernière modification le mardi, 15 novembre 2016 14:29
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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