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Cette semaine, plongeons un peu dans l’actualité. Le 5 mai, les diététistes du Canada (DC) ont tenu un webinaire pour discuter de leur position sur l’application d’une taxe de 10 à 20 % sur les boissons qui continnent des sucres ajoutés ou autre forme d’édulcorants. Cette suggestion n’est qu’un des éléments qui a pour but de décourager la consommation d’aliments malsains et d’améliorer l’accessibilité aux aliments plus nutritifs.

« Nous avons pris la définition de boissons sucrées du Centre for Disease Control and Prevention. Cela inclue les boissons gazeuses, les boissons de fruits avec des sucres ajoutés, des boissons sportives, des thés et des cafés avec sucres ajoutés comme les Frappuccinos, des boissons énergisantes et aussi le lait avec sucres ajoutés, comme le lait au chocolat ou aux fraises », explique la gestionnaire des relations publiques et des médias de Diététistes Canada, Kate Comeau, MSc, RD.



« Au niveau des jus de fruits, il n’y a pas de sucres ajoutés, mais ils demeurent très haut en sucres naturels. L’Organisation mondiale de la Santé ne recommande pas les jus de fruits, comme Tropicana par exemple, car même si ce sont des sucres naturels, on n’a pas les fibres et les autres éléments qui sont nutritifs. Cependant, pour cet exposé de position, nous ne les incluons pas, car il ne s’agit pas des sucres ajoutés. Par contre, il y a des groupes qui ont suggéré que l’on devrait aussi les ajouter à la liste des boissons taxées », dévoile Mme Comeau. Cette composante et plusieurs autres restent à être explorées, spécialement si le gouvernement décide d’aller de l’avant avec ce projet.

Obésité et santé dentaire

« Ce qui nous inquiète le plus, c’est la quantité consommée de ces breuvages, particulièrement avec les adolescents : 7 à 10 % de leurs calories viennent de ces boissons sucrées. C’est une question de consommation et de son impact sur la santé, particulièrement la santé dentaire, puisqu’elles augmentent le risque des caries dentaires et on parle aussi du risque d’obésité. On voit que ces boissons ne sont pas chères. De plus, on les boit et l’on ne se sent pas remplis ou satisfaits après. Donc même si c’est 300 ou 500 calories, on ne le sent pas. On veut mettre l’accent sur les calories et rendre ces breuvages moins attirants », expose Mme Comeau.

Succès ailleurs?

« On regarde les résultats des autres pays où une telle taxe existe et on croit qu’une taxe entre 10 et 20 % aurait un impact sur la quantité de ces boissons sucrées qui sont achetées. On juge que cette démarche diminuera les quantités qui sont consommées », lance la gestionnaire.

Entre autres, les DC suivent des modèles déjà adoptés en France, au Mexique et à Berkeley en Californie. En mars 2016, la taxe ajoutée sur les boissons gazeuses à Berkeley avait déjà généré 1,5 million $ pour des initiatives communautaires saines et d’autres efforts en santé, comme les programmes de jardins à l’école. Instaurée depuis novembre 2014, cette localité croit qu’il s’agit d’une victoire face à une crise en matière de santé.

Du côté du Mexique, une taxe de 10 % du même genre a été instaurée en janvier 2014. Les ventes des boissons sucrées auraient chuté de 6 % depuis ce temps, alors que les ventes auraient augmenté de 4 % du côté de l’eau minérale et des produits laitiers.

Qu’une partie du grand portrait

« La taxe est une chose que l’on peut faire parmi tant d’autres. Ce n’est pas cette taxe qui va tout changer, mais c’est un outil que l’on peut utiliser avec d’autres pour faire une différence », avance l’experte. « Il faut aussi songer à implanter des restrictions sur le markéting de la nourriture et des breuvages fait auprès des enfants », ajoute-t-elle. L’équipe souhaite également augmenter l’accessibilité à la nourriture saine tout en diminuant l’accès à la malbouffe dans les écoles, les garderies et les centres communautaires ainsi qu’en menant des initiatives éducationnelles à long terme.

Le guide alimentaire canadien est une autre composante importante. « C’est un document de Santé Canada, mais on aimerait collaborer avec eux. Depuis 18 mois, ils mènent une analyse des données, un processus détaillé pour faciliter la revue complète du guide. Ils en sont à la 1re étape pour voir ce qui est nouveau et si la dernière version fonctionne bien. Ensuite, nous on parle avec nos membres pour savoir ce qu’ils aimeraient voir ou changer. Ce n’est pas notre décision, mais lorsqu’ils iront à la prochaine étape, c’est sûr que nous allons y être pour les aider et donner notre opinion », clarifie Mme Comeau.

Côté gouvernement fédéral

« Notre rôle est de rendre cette information accessible et de faire des recommandations. La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, est intéressée, mais ce n’est pas dans son mandat en ce moment », déclare la gestionnaire. Malgré que les DC n’ai pas demandé de réponse à la suite du partage de l’information, Mme Philpott est au courant de l’idée et a bien reçu la prise de position.

L’information est lancée depuis le mois de février. La conversation en est donc à ses débuts entre les DC et les parties intéressées. « Sept organismes, dont la Fondation des maladies du cœur, l’Association canadienne du diabète et le Childhood Obesity Fund, ont appuyé notre position et d’autres groupes ont aussi fait des recommandations », dévoile Mme Comeau.

Sceptiques?

Est-ce qu’une telle taxe aurait réellement les effets souhaités chez la population canadienne? Les projets menés ailleurs, comme au Mexique, ne datent pas de très longtemps, alors il est trop tôt pour en tirer une conclusion définitive. L’associé principal chez DRTP Services-conseils, Robert Robillard, Ph. D., CPA, CGA, Adm.A., MBA, M.Sc. Econ., M.A.P., avance quelques conclusions.

« C’est comme n’importe quelle autre taxe à la consommation, c’est-à-dire qu’il va y avoir un effet régressif. Les gens qui n’ont pas beaucoup d’argent vont avoir un impact négatif supplémentaire sur leur budget et, pour les gens qui ont plus de moyens, s’ils continuent à utiliser le produit, c’est moins un problème, même pas du tout un problème », tranche-t-il.

« Maintenant, du point de vue de la santé publique, il y a des gens qui prétendent que le comportement des gens va être modifié. Je n’y crois pas vraiment. Pour les gens qui n’ont pas un gros budget, ça peut avoir un impact, sauf qu’il n’y a pas d’étude formelle sur l’aspect fiscal qui modifie les comportements des consommateurs. Quand on veut donner de l’argent aux personnes, là il y a effectivement des modifications de comportement, mais quand ont met des taxes supplémentaires pour tenter d’empêcher des comportements, ça c’est moins sûr. Le tabac, l’alcool, la loterie, ce sont toutes des choses qui sont hautement taxées, mais n’empêchent pas les gens d’avoir les comportements qu’ils veulent », dit-il.

« Mais de récompenser, ça aussi ça a déjà été essayé dans le système fiscal du Canada. Par exemple, des crédits d’impôt pour les enfants qui font du sport. Le nouveau gouvernement libéral a décidé d’abolir cette mesure-là d’ici deux ans. Quelles que soient les activités que fait le gouvernement, ça n’empêche pas les gens de faire ce qu’ils veulent à la fin », conclut-il.

Même si l’objectif souhaité de réduire le taux d’obésité n’est pas atteint dès les premières années d’entrée en vigueur d’une nouvelle taxe, une somme aura au moins été recueillie pour ensuite servir à financer des initiatives éducatives ou d’autres projets qui contribueraient à l’amélioration de la santé des Canadiens.

Publié dans Blogue
mercredi, 03 février 2016 10:48

Les jus : plus qu’une tendance alimentaire?



Vous avez sans doute remarqué la croissance en popularité des jus fraichement pressés au cours des dernières années. Leurs fidèles adeptes en vantent leurs mérites et ne jureraient que par eux. Certains les utilisent aux fins de nettoyages ou simplement comme collation. Cependant, comme dans tout autre domaine, mieux vaut présenter les deux côtés de la médaille pour ensuite permettre aux explorateurs santé de prendre une décision un peu plus informée.

Photos : Priscilla Pilon

Faisons d’abord la différence entre les jus pasteurisés et non pasteurisés. La majorité des jus vendus en magasin ont tous été pasteurisés. Ces jus de grandes marques, dont Dole, Minute Made, Tropicana et V8, ont été chauffés ou passés sous une lumière ultraviolette afin d’éliminer les bactéries qui pourraient s’y retrouver1. Les jus non pasteurisés, la vedette des dernières tendances sont les jus crus et fraichement pressés. On peut maintenant les retrouver un peu partout, même dans certaines épiceries depuis deux ans et dans la jeune boutique Frubar Juicery du centre-ville de Sudbury.

Sur les sites du gouvernement du Canada, ont dit que « les femmes enceintes et les jeunes enfants ne devraient pas prendre de jus non pasteurisés. Ce n’est pas une recommandation très appliquée, mais c’est quand même dans notre banque de données, c’est une mesure de sécurité », expose la diététiste à Saine Alimentation Ontario, Sylvie Boulet.

Cependant, ne laissez pas cette information vous en décourager : les jus sont excellents pour ceux qui autrement ne consommeraient pas assez de fruits et de légumes et, en les achetant crus et frais ou en les faisant nous-mêmes, nous pouvons être assurés que rien de néfaste n’a été ajouté : agents de conservations, saveurs artificielles, colorants, sucres, etc.

Les sucres

Comme pour toute autre chose, il est question d’équilibre lorsque vient le temps de faire des choix alimentaires. Certains nettoyages alimentaires ou diètes suggèrent de consommer de grandes quantités de jus et parfois même que du jus. La problématique reste que « les jus sont une source concentrée de sucre, même si elle est naturelle et c’est vraiment ça la question qui est à l’ordre du jour : c’est l’ensemble des sucres dans l’alimentation », révèle Mme Boulet.

Petit à côté, Santé Canada suggère que notre consommation de sucres ajoutés en une journée ne devrait pas dépasser 25 % de l’énergie total de notre diète, mais ne dit rien en ce qui concerne les sucres naturels. Donc on parle ici de sucres ajoutés artificiellement, comme dans les biscuits, le ketchup, certains jus pasteurisés, les yogourts... bref ils sont à peu près partout.

Cependant, ce chiffre est beaucoup trop haut selon Mme Boulet et plusieurs autres experts du domaine : «Cette pratique est en révision. Plusieurs organismes, dont l’Association des maladies du cœur, s’en vont vers un 10 % (6 c. à thé pour les femmes, 9 pour les hommes). C’est un chiffre qui a plus de sens que Santé Canada en ce moment», reconnait la diététiste.

Mais idéalement, on devrait éviter tous sucres artificiels. C’est beaucoup plus facile de s’en sortir lorsqu’on reste à l’écart des produits transformés. Que Santé Canada ne touche que les sucres artificiels dans leurs recommandations me surprend beaucoup et me laisse croire qu’ils ont énormément de terrain à rattraper sur le sujet. De ne pas donner une limite ou une moyenne de consommation de sucres naturels est un autre problème : il faut quand même se limiter et balancer ce que nous ingérons.

Pour illustrer le propos, on retrouve 22 g de sucres naturels dans une tasse de jus d’orange cru, ce qui représente 5,5 c. à thé. Oui, il s’agit d’un jus très santé qui donne un excellent apport de vitamine C et plus, mais cela devient problématique lorsqu’on en consomme trop.



Solution? « Il faut juste les balancer avec des légumes verts pour ne pas avoir un taux de sucre trop élevé dans le sang. Les jus d’épinards, tout ce qui est vert, ont tendance à ne pas être très sucrés. Car même les jus de légumes peuvent être sucrés : tout ce qui est rouge ou orange a tendance à l’être plus (carottes, betteraves, tomates, etc.) », informe Mme Boulet.

D’un côté, comme l’explique le propriétaire de Fruibar Juicery, Frank Ruberto, on vante les bienfaits des jus, car « tu ne pourrais jamais consommer autant de chou (kale) et d’épinards dans une assiettée que dans un verre de jus vert ». Mais de l’autre côté, un jus élevé en sucre et détaché de sa fibre va être absorbé très rapidement dans le sang. Le corps libère ensuite beaucoup trop d’insuline, ce qui fait que « le glucose n’est plus transformé en glycogène, [...] mais en acide gras, [...] confirmant ainsi la théorie du sucre qui fait grossir et [...] une deuxième conséquence néfaste : la baisse de la glycémie à une valeur inférieure à la normale. Elle survient en général une heure après l’absorption du glucide et provoque une sensation de faim et de fatigue et peut aller jusqu’à [entrainer] des malaises et des nausées. »2

Frank Ruberto, propriétaire de Fruibar Juicery

Les fibres

Peu importe le type de machine qu’on utilise pour faire son jus, la majorité de la fibre reste derrière. Pour vous donner une idée : une pomme entière contient de 2 à 4 g de fibres et une tasse de jus en contient en moyenne 0,5 g. Certains vont dire qu’il vaut mieux consommer l’aliment en entier ou des frappés (smoothies), car ils sont plus complets et ralentissent l’absorption du sucre. D’autres disent qu’il faut tenir compte des fibres solubles et insolubles. « Les fibres solubles restent dans le jus et les fibres insolubles sont éliminées, permettant au corps une meilleure absorption des phytonutriments, dont les enzymes »3. Le tout revient aux habitudes alimentaires : si un verre de jus est la seule façon dont une personne consomme son apport quotidien en fruits et légumes, vaut mieux qu’il les ingère ainsi que pas du tout.

Pour les enfants

Les jus peuvent aussi s’avérer un outil important pour les enfants difficiles : « Quel parent ne voudrait pas donner des fruits et des légumes à son enfant? Combien de fois doivent-ils s’obstiner à leur en faire consommer? S’ils n’aiment pas le brocoli ou les épinards, ils peuvent alors en consommer sous forme de jus. Le montant de légumes dans une assiette n’est pas comparable au montant de légumes que peuvent contenir les jus », plaide M. Ruberto.

Cependant, il faut faire attention avec les enfants d’âge préscolaire : « On recommande une limite de 125 à 175 ml de jus », rappelle Mme Boulet.

Oxydation

L’oxydation est un autre aspect controversé lorsqu’on parle de jus. Plusieurs recommandent de consommer le liquide immédiatement après qu’il ait été transformé pour éviter que l’oxygène ne détruise trop les nutriments et les enzymes. Les machines qui pressent les aliments à froid auraient une meilleure réputation pour ceci4. Mais encore une fois, vaut mieux consommer un jus, même vieux de deux jours, que de ne pas consommer de fruits ou de légumes. En dernier recours, les jus peuvent aussi être congelés une fois convertis.



Malgré les quelques précautions à prendre quant aux jus crus, je crois tout de même que de pair avec une alimentation saine variée, ils peuvent être bénéfiques et ne peuvent être que profitables pour ceux qui ne consomment pas de fruits et de légumes autrement. Avec l’ajout d’aliments comme le gingembre, on donne d’excellents nutriments au système immunitaire. Mme Boulet invite ceux qui ont des questions à communiquer avec Saine Alimentation Ontario au 1-877-510-5102.

Références :

1)http://canadiensensante.gc.ca/eating-nutrition/healthy-eating-saine-alimentation/safety-salubrite/fruits-vegetables-legumes-fruits/unpasteurized-pasteurises-fra.php

2)http://www.vo2max.com.fr/diet_indexglyc.html

3)http://www.juicestandard.com/vegucation/who-says-juice-doesnt-have-fiber

4)http://foodmatters.tv/articles-1/juicing-vs-blending-which-one-is-better

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