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Saviez-vous que la dernière révision du Guide alimentaire canadien remonte à 2007 et que cette version venait remplacer un modèle qui datait lui-même de 15 ans? De toute évidence, plusieurs recherches ont été menées et plusieurs données scientifiques ont été compilées depuis, laissant Santé Canada dans l’obligeance d’emboiter le pas et de reformuler son Guide. D’ailleurs, dans une première phase de consultations publiques, les Canadiens sont tous invités à remplir un sondage et donner leurs commentaires d’ici le 8 décembre au consultationguidealimentaire.ca/.

Comme le relève le nutritionniste membre de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, Bernard Lavallée, le présent Guide ne tient pas compte du point le plus important : le degré de transformation des aliments. « Des aliments ultratransformés, qui fournissent bien du gras, du sucre et du sel et peu de nutriments intéressants, peuvent répondre aux recommandations du Guide alimentaire. Grâce à ce concept, une chaine de restauration rapide peut affirmer haut et fort qu’il est possible de manger «équilibré» chez eux. Après tout, un cheeseburger contient du pain (produits céréaliers), de la viande (viande et substituts) et du fromage (lait et substituts). Accompagnez cela d’un verre de jus de fruits et vous avez tous les groupes alimentaires au menu. Wow! »1

Le professeur au département de nutrition de l’Université de Montréal et chercheur à l’Université de Sao Paulo au Brésil, Jean-Claude Moubarac, Ph. D., classe également cette problématique au premier rang. « Il faut avoir des recommandations qui incluent le degré de transformation des aliments pour tenir compte de la science actuelle. Les recherches que mes collègues et moi menons au Canada et ailleurs dans le monde démontrent clairement que la transformation des aliments a un impact sur sa qualité nutritionnelle et sur la santé, que ce soit l’obésité, le diabète ou d’autres maladies. Plus les gens mangent de ces aliments ultratransformés (boissons gazeuses, croustilles, différents types de margarines, sauces, etc.), plus la qualité de leur alimentation diminue et plus les problèmes de santé augmentent », explique-t-il lors d’un entretien téléphonique avec Le Voyageur.

Jean-Claude Moubarac, Ph. D.

M. Moubarac était d’ailleurs au sein de l’équipe des consultations du guide alimentaire brésilien, entre 2012 et 2014, et a fait partie du groupe qui a développé les données et les recommandations. Plusieurs de ses suggestions pour l’élaboration du nouveau Guide canadien relèvent de ce guide de ce pays du sud.

Le nutritionniste Bernard Lavallée y fait également référence. Le rapport du Brésil encourage la préparation de repas à partir d’aliments frais, de manger avec sa famille et des amis, d’éviter les établissements de restauration rapide et de retrouver le plaisir dans la préparation des repas.1

C’est dans ce cadre que s’inscrit la deuxième suggestion de M. Moubarac, soit le contexte de la consommation : prendre le temps de manger et de le faire avec d’autres dans la mesure du possible. « Ça aide à une meilleure digestion et ça a un impact sur la santé puisque l’alimentation a aussi un rôle social. C’est aussi comment on se comporte à l’extérieur de la maison, quand on mange en restaurants. Donc ce n’est pas seulement ce qui a dans mon panier d’épicerie », confirme-t-il.

Les publicités entrent également en jeu. Avec la réforme du Guide, on tenterait également de limiter le markéting qui vise les enfants. Le markéting, pour enfants ou non, demeure souvent un danger pour les consommateurs qui tombent trop souvent dans le piège. Il faudrait privilégier une approche qui mise sur les repas plutôt que sur les nutriments. Cette dernière « donne de multiples poignées sur lesquelles les équipes de markéting peuvent jouer pour mousser les ventes d’aliments peu recommandables — par exemple en écrivant bien gros sur les boites de Froot Loops qu’elles contiennent de la vitamine D et des fibres. Sur ce point, toute philosophie alimentaire donne des munitions aux markéteurs ».2

Dans un troisième temps, il faut songer à l’aspect environnemental, c’est-à-dire les retombées de nos pratiques de consommation sur l’environnement. « On va parler de viande, probablement d’inviter les gens à en diminuer leur consommation et augmenter celle des légumineuses pour diminuer l’impact du système alimentaire sur les changements climatiques », avance M. Moubarac. Une rapide recherche démontre en effet l’impact dévastateur de l’élevage de bétail à grande échelle, qui serait plus nocif que la production de C02 des voitures, des avions et tout autre type de transport combinés.

La dernière recommandation du professeur vient d’ailleurs toucher les différents types d’alimentations. « On n’est pas obligé, par exemple, de boire du lait. Il peut faire partie d’une alimentation équilibrée, mais si la personne ne veut pas de lait, de blé ou de viande, ce n’est pas grave, il y a différentes façons de combiner les éléments [pour bien s’alimenter]. C’est l’approche brésilienne : au lieu de dire voici ce que tu vas faire, on essaye de développer l’autonomie des gens », présente M. Moubarac.

Ce que souhaite atteindre Santé Canada avec cette réforme est de « déconstruire le Guide alimentaire en plusieurs ressources qui rencontrent les besoins de différentes populations cibles, que ce soit des professionnels de la santé, des consommateurs, etc. Le format tout-en-un n’existera plus. On pense plutôt à plusieurs outils et ressources », dévoile le chef de division de la règlementation et des normes en matière de nutrition chez Santé Canada, Alfred Aziz, Ph D.

Industries agroalimentaires
Toujours du côté brésilien, la dernière réforme de leur guide « a permis de se détacher complètement de l’industrie ».3 Les recommandations gouvernementales auraient par le passé « été teintées des objectifs commerciaux de l’industrie agroalimentaire. Voulez-vous vraiment que ce soient les producteurs laitiers qui vous disent combien de lait vous devriez boire? Ou que l’industrie des boissons sucrées vous rassure en disant que le sucre n’est pas aussi dommageable qu’on le pense pour la santé? »3

Dans un entretien sur le sujet avec le directeur général du bureau des politiques et de la formation de la nutrition chez Santé Canada, Hasan Hutchinson Ph. D., celui-ci assure que ces industries ne seront pas à la table de discussion. « Mon équipe est interdite de rencontrer ces représentants de l’industrie durant tout le processus de la réforme du Guide », dit-il. Ces parties intéressées auront cependant le droit d’émettre leur opinion lors de consultations publiques, comme tous les autres citoyens canadiens. D’ailleurs, leur politique de transparence rend accessibles les détails des rencontres qui se font en tête-à-tête », explique le directeur.

Alfred Aziz, Ph. D. et Hasan Hutchinson, Ph. D.

Adieu aux gras trans artificiels
Dans l’attente de la compilation des données qui auront été recueillies, Santé Canada a déjà quelques rectifications précises en vue, dont l’élimination des gras trans industriels. « Nous avons proposé de bannir l’utilisation des huiles partiellement hydrogénées, la source principale des gras trans industriels », déclare M. Aziz. Les produits ne peuvent pas être interdits, mais l’Agence canadienne de l’inspection des aliments sera dans l’obligation de retirer du marché ceux qui en contiennent. Naturellement, ceux retrouvés dans les produits animaliers, dont la viande et les produits laitiers, resteront permis.

Prochaines étapes
Au total, il y aura trois blocs de consultations publiques, dont la prochaine verrait le jour à la suite de la parution du brouillon qui sera déposé au printemps 2017. Le nouveau Guide final devrait être publié d’ici décembre 2017. Autres que ces consultations auprès du public, Santé Canada travaille de pair avec bon nombre d’experts dont des scientifiques, des représentants des provinces et des territoires, des professionnels de la santé, des associations médicales, les diététistes du Canada, plusieurs sociétés dont la Fondation des maladies du cœur, l’Association Canadienne du diabète et la Société Canadienne du cancer. En tout et pour tout, le but premier de cette réforme est de « faire du choix santé un choix facile pour tous les Canadiens et de changer l’environnement de l’alimentation », résume M. Hutchinson.

Sources :

1) nutritionnisteurbain.ca/actualite/modifiez-guide-alimentaire-canadien-right-now/

2) blogues.lapresse.ca/sciences/2015/04/27/le-guide-alimentaire-canadien-%C2%ABpas-base-sur-la-science%C2%BB%C2%A0/"

3) nutritionnisteurbain.ca/actualite/modifiez-guide-alimentaire-canadien-right-now/

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