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jeudi, 03 juillet 2014 11:35

Retour sur le Grand rassemblement de l'éducation en français (GREF)

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Récemment, j’ai eu le plaisir d’être conférencier à l’occasion du Grand rassemblement de l’éducation en français (GREF), un congrès national qui rassemble en un seul lieu des enseignantes et enseignants, des éducatrices et éducateurs ainsi que des gestionnaires scolaires d’un coin à l’autre du Canada.

Le thème de l’atelier auquel je participais lors du congrès du GREF était «L’éducation en langue française, point d’appui de la francophonie comme levier politique sur la scène régionale, nationale et mondiale». Évidemment, je ne puis qu’être d’accord avec cet énoncé. Il y a deux ans, nous fêtions le 100e anniversaire du fameux Règlement 17, qui interdisait l’enseignement du français dans les écoles de la province de l’Ontario. On peut utiliser le mot «fêter», puisque de ce fait très important dans l’histoire de notre pays, qui a eu des retombées politiques non négligeables, les Canadiens français de l’Ontario ont appris à se mobiliser, à se doter d’instruments d’information publique (comme le journal Le Droit) et autres regroupements (comme l’ACFÉO devenue l’ACFO puis l’AFO). Nous n’avons qu’à penser à toutes les crises scolaires en Ontario (Penetanguishene, Cornwall et Sturgeon Falls, pour ne nommer que celles-là) pour nous remémorer à quel point l’éducation est non seulement un levier politique, c’est politique. Même la crise de l'Hôpital Montfort a des liens importants avec l’éducation, puisqu’il était aussi question de formation des nouveaux médecins en français. Et maintenant, cet hôpital a acquis le statut d’hôpital universitaire. De fait, il serait facile de prétendre que la francophonie ontarienne a bien souvent fait de grands pas en avant, à la suite à des crises politiques, crises liées au domaine de l’éducation, dans la plupart des cas.

Or, sommes-nous en crise aujourd’hui ? Je me demande si nous ne traversons pas une autre crise latente, tranquille. Bien entendu, nous jouissons de nouvelles institutions chèrement acquises, notamment dans le domaine de l’éducation. Que ce soit nos collèges ou nos conseils scolaires, ils sont encore très jeunes. Nous avons la chance d’influer directement, par l'entremise notamment ces institutions, le cours de l’histoire de la francophonie ontarienne. Mais ces institutions ne peuvent répondre seules à tous les défis du moment. Et ces défis sont particulièrement nombreux. Que ce soit la dénatalité, la question identitaire, la démographie changeante, le français entendu à l’école (en dehors des classes), les services spécialisés, l'acquisition de nouvelles écoles (surtout dans le Centre-Sud-Ouest) et bien entendu le manque de programmes en français au niveau postsecondaire. Il ne s’agit pas là d’une liste exhaustive de défis, loin s’en faut.

Et c’est justement le point que je voulais faire. Peut-être serait-il temps de se donner un moment pour revoir tous ensemble la totalité de ces défis, du moins une bonne partie, et de se doter d’un plan d’action commun, avec des échéanciers précis et des responsabilités attitrées à ceux et celles qui doivent agir, en décloisonnement et dans l’intérêt de l’avenir de la communauté franco-ontarienne. Qui plus est — et je sais que je vais susciter une certaine controverse —, je crois qu’il est temps que nous ayons aussi une discussion avec nos partenaires et alliés naturels que sont les écoles d’immersion. Avec tous ces parents qui ne veulent que le bien-être de leurs enfants — et qui enrichissent la société ontarienne — en envoyant leurs enfants dans des écoles d’immersion, nous devons nous questionner lorsque ceux-ci indiquent qu’ils se sentent souvent, par leur propre conseil scolaire, comme des citoyens de deuxième classe, et ce, au Canada, un pays où l’on partage pourtant deux langues officielles.

Nous avons donc des occasions à saisir. L’Ontario a déjà fait de grands pas en adoptant une définition inclusive de la francophonie (DIF). Près d'un francophone sur deux dans la grande région de Toronto n’est pas né au pays. Cela pose des enjeux importants et de taille, notamment en éducation. Le monde devient de plus en plus petit. Nous sommes 220 millions de locuteurs de langue française dans le monde. En 2050, nous serons 880 millions* et 80 % de ces francophones se trouveront sur le continent africain. Il serait effectivement grand temps que l’Ontario français y prenne sa place pour s’assurer de mettre le plus de chances du côté de l’enrichissement collectif de la société ontarienne. Soit dit en passant, je salue nos collèges qui commencent à être présents sur le continent africain. C’est certes motivant pour le personnel, mais cela apportera, j’en suis convaincu, de très grandes retombées pour l’Ontario, non seulement financières, mais aussi sociétales.

Je crois donc le moment opportun de se questionner, notamment au moyen d’états généraux ou autres mécanismes de consultation, menés cette fois-ci par le gouvernement ou en partenariat étroit avec ce dernier. L’exemple vient du RÉFO, de la FESFO et de l’AFO, qui ont mis en place des états généraux sur le postsecondaire en français en Ontario et qui connaissent un grand succès. Je me promets d’y réfléchir davantage et d’y revenir à un autre moment.

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François Boileau

Commissaire aux services en français de l’Ontario

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