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lundi, 15 avril 2019 09:00

Comment vieillit-on en français dans le Nord? : Difficilement

Écrit par 
Frantz Siméon, Nicole Jansen, Janik Guy et Claire-Lucie Brunet Frantz Siméon, Nicole Jansen, Janik Guy et Claire-Lucie Brunet Photo : Julien Cayouette
Sudbury — Manque de données, manque de personnel, manque de ressources, manque de services, manque de sensibilisation... Tous ces facteurs font qu’il peut être difficile de vieillir en français dans le Grand Sudbury et dans le Nord de l’Ontario. Il y quand même des choses qui se font et qui fonctionnent.

Dans le cadre de la 26e Journée des sciences et savoir de l’ACFAS-Sudbury, l’École de service social de l’Université Laurentienne a organisé le colloque : Vieillissement à Sudbury, en Ontario et au Canada… et en français : parlons-en! La table ronde de la deuxième partie rassemblait quatre intervenants de la région qui ont partagé les résultats de leurs recherches récentes ou leurs idées pour un meilleur respect des droits des personnes vieillissantes francophones.

Avec l’aide d’étudiants, le professeur de l’École de service social Frantz Siméon a effectué une recension des écrits scientifiques sur le sujet pour la région. Ils ont pu constater qu’il y avait un manque criant de données sur le nombre de personnes, sur les besoins en soins et en logement, sur la santé mentale et sur les personnes âgées issues de l’immigration. Les données sont rares chez les anglophones et presque inexistantes pour les francophones.

Selon M. Siméon, ce manque d’information a pour effet de «marginaliser cette population et augmente la dévalorisation de cette population par rapport aux jeunes». La perception des personnes âgées est également altérée, créant de l’insécurité, de la désillusion, l’impression que les soins de santé en français sont moins bons et que les francophones ne sont pas responsables de leurs services.

Pour remédier à la situation, il plaide pour la mise en place d’une base de donnée spécifique aux personnes âges francophones de Sudbury.

Les côtés sombres

Le Centre gériatrique spécialisé du Nord-Est a fait un état des lieux des services disponibles pour les ainés dans la région. L’infirmière clinicienne spécialisée en gériatrie, Nicole Jansen, rapporte que les services sont tout de même nombreux et variés pour les francophones, incluant dans le lot les clubs d’âge d’or, les centres de santé communautaires, la télémédecine et les soins de santé à domicile.

Il reste cependant plusieurs secteurs où les services sont inadéquats.

L’étendue du territoire crée un véritable problème pour les déplacements des gens qui n’ont plus accès à un véhicule et il devient difficile pour eux de se rendre à leurs rendez-vous médicaux. «Même ceux qui ont commencé des entreprises privées pour offrir du transport [n’ont pas réussi, car] les gens n’ont pas les moyens de payer», rapporte Mme Jansen.

Dans certaines régions du nord, où il n’y a pas de transport en commun, le fardeau du transport retombe sur les épaules de la famille ou des aidants naturels, qui ont déjà plusieurs autres problèmes. D’ailleurs, les services pour leur venir en aide sont l’une des lacunes identifiées.

Les ressources humaines sont le troisième maillon faible et les problèmes ici sont nombreux et inter-reliés. Avec une pénurie de lits dans les hôpitaux, on aurait besoin de plus de soins à domicile et de lits dans les établissements de soins de longue durée, mais les travailleurs manquent pour ces services et les salaires sont trop bas. «Aussitôt que les préposés ont un emploi à l’hôpital, ils ne restent pas, même si c’est ça leur passion», précise Mme Jansen.

La lueur d’espoir?

Du côté du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO), on travaille déjà depuis quelques années à une meilleure intégration des services en français. Par exemple, un projet pilote au Manoir des pionniers qui rassemble divers intervenants communautaires — dont l’ACFO du grand Sudbury et le Centre franco-ontarien de folklore — afin de créer plus d’occasions de promouvoir la culture franco-ontarienne.

Un peu en réponse à l’inquiétude de M. Siméon, l’Agente de planification et d’engagement communautaire de la région d’Algoma, Janik Guy, souligne que les fournisseurs reconnus de services en français ont l’obligation depuis 2015-2016 de fournir des rapports sur leurs services. Ces données vont permettre au RMEFNO d’élaborer des outils pour les fournisseurs de services.

Mme Guy concède qu’il reste du travail à faire pour mieux identifier les francophones. D’un côté, la question n’est pas toujours bien posée aux résidents afin de bien les identifier. De l’autre, les employés ne signalent pas toujours qu’ils sont francophones par crainte d’être surchargé de travail ou croyant que leur niveau de français n’est pas suffisant.

Limite des soins à domicile

La médecin du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, Claire-Lucie Brunet, a puisé dans sa vaste expérience dans le système de santé pour présenter les lacunes qu’elle y voit fréquemment, dont un manque de communication flagrant entre les divers services et le médecin traitant, ce qui peut empêcher le traitement adéquat d’un patient.

Elle remet également en question la façon dont ont fourni les soins à domicile aux personnes âgées. Trop souvent, le premier contact est fait au téléphone, dans un langage qui peut être difficile à comprendre pour eux. «En plus, on leur dit de se méfier des appelles frauduleux», illustre la médecin.

Plusieurs offres de soins à domicile sont refusées par les ainés, note Dre Brunet. Soit que le patient n’a pas compris l’appel, soit qu’ils ne veulent pas admettre qu’ils ont besoin d’aide, et «c’est surtout les hommes» qui refusent.

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Lu 526 fois Dernière modification le mardi, 09 avril 2019 22:07
Julien Cayouette

Directeur de l'information

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