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jeudi, 08 mai 2014 15:11

Pour et par l’amour du coeur

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Depuis des siècles, le cœur symbolise l’amour. La Saint-Valentin en est un bon exemple. Il existe diverses théories pour tenter d’expliquer ceci, mais ce blogue portera plutôt sur l’aspect physique, et non émotionnel, de cet organe si important.

Selon la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, environ 70 000 Canadiens et Canadiennes souffriront d’un infarctus cette année, ce qui représente un incident toutes les 7 minutes. Vous trouvez peut-être curieux qu’un sexologue veuille écrire au sujet de maladies du cœur. C’est parce qu’une question qui est souvent posée à un sexologue porte sur le retour aux activités sexuelles après l’infarctus. On comprend que le patient puisse avoir des doutes au sujet de l’impact que pourrait avoir ce type d’activité sur son cœur. D’ailleurs, il en va de soi que le ou la partenaire du patient puisse aussi avoir de telles inquiétudes.

Avant d’aborder les risques associés à la reprise des activités sexuelles pour ces gens, jetons un regard sur quelques statistiques importantes. Moins d’un pourcent (>1 %) des décès ont lieu pendant l’acte de faire l’amour. Par contre, ce qui est intéressant est qu’environ 75 % de ces décès surviennent lorsqu’on a une relation extraconjugale avec quelqu’un de plus jeune que soi. Aussi, la victime se trouve souvent dans un endroit qui n’est pas familier. Il est à noter que les études démontrent que plus de 90 % de ces victimes sont des hommes. Alors, avis aux infidèles!

Quelqu’un qui a subi un infarctus est souvent anxieux et manque souvent de confiance pour reprendre les activités sexuelles. D’ailleurs, les femmes ont tendance à être plus dépressives après leur infarctus. Souvent, on ne veut pas en parler à son médecin par gêne ou crainte d’embarras. On se souviendra que dans un autre blogue, j’avais mentionné que les médecins ont peu de formation en matière de sexualité humaine. De ce fait, peu de médecins abordent le sujet du retour aux activités sexuelles après un épisode cardiaque. La bonne nouvelle est que l’on peut effectivement retourner aux activités sexuelles après un infarctus. C’est de l’exercice et on sait que c’est bon pour la santé. L’inactivité est plutôt ce qui cause le plus d’ennuis. Évidemment, comme pour toute forme d’exercice, il faut commencer lentement. Personne ne s’entraîne pour un marathon en complétant une course la première journée d’entraînement. Habituellement, on peut recommencer quelques semaines après l’épisode (une période plus longue s’il y a eu des pontages). Avant de reprendre, consultez avec votre médecin et/ou cardiologue afin d’obtenir le feu vert.

Comment sait-on si on est prêt physiquement ? Règle générale, si on peut monter deux étages de marches sans être essoufflé, le cœur tiendra le coup. Il est à noter que certains médecins mentionnent un étage comme point de repère. La modération est néanmoins le mot d’ordre. Il ne faut toutefois pas exagérer et tenter de reprendre le temps perdu. On peut aussi améliorer son endurance en s’exerçant hors de la chambre à coucher.

Étant donné que durant des activités sexuelles la pression artérielle et les battements de cœur augmentent de façon significative, on se demande si cela pose un danger. La réponse est non, car ce taux plus élevé ne dure en moyenne que 10 à 15 secondes pendant l’orgasme. Immédiatement par la suite, la pression artérielle et les battements de cœur ont tendance à revenir à la normale. Ceci dit, il faut demeurer vigilant aux signes de son corps et cesser immédiatement l’activité si l’on ressent de l’angine (ce qui peut se produire lorsque le cœur ne reçoit pas assez d’oxygène), des maux à la poitrine, une perte d’haleine, de la difficulté à respirer, des étourdissements, de la fatigue excessive ou de l’arythmie. Autre point de prudence à noter, les positions assumées durant l’acte sexuel devront possiblement changer à la reprise des activités, car il faut éviter de mettre de la pression sur la poitrine, et ce, pendant plusieurs mois.

Il existe également un avertissement très important à observer. Il ne faut jamais combiner de la nitroglycérine (souvent prescrit à ceux qui souffrent de l’angine) et un médicament prescrit pour la dysfonction érectile (p. ex. Viagra ou Cialis), car une telle combinaison peut s’avérer fatale. Cependant, si vous n’êtes pas sujet à un traitement de médicament à base de dérivés nitrés, vous pouvez utiliser le Viagra en sécurité.

Donc, la morale est que non seulement est-ce que les activités sexuelles sont bonnes pour la santé, mais aussi pour le moral. Il est normal d’avoir des inquiétudes et d’être quelque peu anxieux. Dites-vous que les statistiques ne mentent pas. Ne perdez pas votre joie de vivre après avoir eu une frousse. Profitez de tout ce que la vie a à vous offrir. Pendant que votre cœur physique se remet en forme, travaillez sur l’autre aspect du cœur, c’est-à-dire celui à caractère émotionnel. Je sais que j’avais mentionné au début que je ne parlerais pas de ce côté, mais je ne pouvais m’empêcher de le faire.

Autant ai-je utilisé le masculin dans ce texte afin d’en alléger sa lecture, tout ce que j’ai partagé précédemment, sauf bien sûr la consigne sur le Viagra, s’applique aux femmes qui se trouvent victimes d’un infarctus.

À titre «d’ordonnance», si vous voulez rire (ce qui est aussi bon pour la santé), je vous recommande de regarder le film Something’s Gotta Give, avec Jack Nicholson et Diane Keaton, où l’on exploite le sujet d’un homme qui a des problèmes cardiaques et l’effet sur sa vie sexuelle.
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Jacques Babin, Ph.D.

Professeur au Collège Boréal et sexologue clinicien.