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vendredi, 08 mars 2019 13:35

PoliticsNOW : un coup de main pour les femmes qui veulent faire une différence

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Amanda Kinglsey Malo Amanda Kinglsey Malo Photo : Courtoisie
Sudbury — Le nom d’Amanda Kinglsey Malo est très présent dans la sphère publique depuis plus d’un an. Elle est la fondatrice de PoliticsNOW, un organisme à but non lucratif qui aide les femmes à se faire élire lors d’élections municipales dans le Nord de l’Ontario. Pour y arriver, elle et ses collègues enseignent ce qu’elles ont appris des grands partis politiques et de leurs expériences aux candidates.

PoliticsNOW compte garder son attention au niveau municipal, car les élues aux niveaux provincial et fédéral ont déjà plus de ressources pour se faire élire et après l’élection. Et même au niveau municipal, «les hommes ont plus d’hommes» pour obtenir des conseils. Il est donc plus difficile de trouver un mentor pour les femmes. De plus, les formations disponibles montrent surtout comment faire de la politique dans les grandes villes, ce qui peut être difficile à appliquer dans les milieux ruraux du Nord.

Le Voyageur : Avez-vous des exemples de ce que vous avez fait lors de la dernière campagne électorale municipale?

Amanda Kinglsey Malo : Au cours des deux dernières années, nous avons formé 100 femmes à travers le pays et même aux États-Unis. On a fait un camp d’entrainement à Sudbury et un à North Bay et créé des webinars. Nous avons aidé 26 femmes en campagne électorale lors des dernières élections et 10 d’entres-elles ont été élues.

LV : Comment la politique est-elle différente dans le Nord?

AKM : Je me souviens quand les gens venaient d’Ottawa nous donner des formations, ils disaient : «Tu devrais pouvoir cogner sur 100 portes en 2 heures»... si tu décides de le faire dans des blocs à appartements. Ça se fait peut-être dans la ville de Sudbury, mais il n’y a pas beaucoup d’appartements dans le comté de Nickel Belt, où je me concentrais à l’époque. Ce sont des maisons, parfois très éloignées l’une de l’autre.
Ou ils nous disaient : «Vous pouvez commencer à cogner aux portes en février». Peut-être à Toronto, mais ici en février, il fait pas mal froid. Tout ça fait qu’on a besoin de faire les choses autrement pour voir le plus de gens possible.
Une des choses que l’on fait ici, c’est de louer des tables lors de gros festivals. Ça donne la chance aux gens de venir les voir, d’avoir des conversations. Comme ça, tu peux parler à 100 ou 200 personnes en une heure. Donc, c’est de trouver des nouvelles stratégies ou d’en adapter.

LV : Quels sont les avantages d’avoir plus de femmes en politique?

AKM : Les femmes ont un point de vue unique sur les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Je pense toujours à l’exemple au fédéral où ce sont des femmes qui se sont rendues compte qu’il y avait de la taxe sur les tampons et autres produits d’hygiène féminine. Les hommes n’avaient simplement pas pensé que c’étaient des produits essentiels, puisqu’eux ne les utilisent pas. Et il n’y avait pas de taxes sur d’autres produits essentiels. C’est grâce au travail de deux députées féminines qu’il n’y a plus de taxes sur ces produits depuis 2015.
Ça touche d’autres domaines. Ce sont les femmes qui ont plus souvent la responsabilité de leurs parents âgés, elles sont plus souvent impliquées dans l’éducation de leurs enfants, elles sont le plus impliquées dans les sports bénévoles... Avoir cette perspective-là sur nos conseils municipaux, c’est très important.

LV : Quelles sont les excuses que vous entendez le plus souvent des femmes qui aimeraient se présenter, mais qui décide de ne pas le faire?

AKM : Il y a le fait que, ici dans le Nord, on ne paye pas bien nos politiciens municipaux. À Sudbury, ils sont payés moins que 30 000 $ par année et c’est considéré une job à temps partiel. Mais les heures sont très variées et ce n’est pas vraiment à temps partiel. Si tu vas à l’épicerie et que tu te fais arrêter par quelqu’un de ton quartier pour te parler de la collection de leurs poubelles, c’est du temps en moins avec ta famille.
C’est plus difficile pour les femmes puisqu’elles sont justement souvent responsables de leurs enfants ou de leurs parents âgés, ça leur laisse moins de temps pour avoir un autre emploi à temps partiel.
Une des autres grandes raisons, c’est qu’il y a moins de mentors pour les femmes, puisqu’il y a moins de femmes. C’est une des barrières que [PoliticsNOW] essaie d’enlever.
Une autre chose que j’entends souvent, ce sont les heures de travail. Les grandes réunions sont en soirée, mais il y a souvent des réunions de comités qui commencent à 15 h. Moi, je n’aurais pas le chance de laisser mon travail comme enseignante pour aller à des réunions de comité. Donc, quand on voit des gens sur les conseils, qui sont parents et qui ont plus de responsabilités à leur travail, ce sont souvent des gens qui ont leur propre entreprise, et ça, c’est encore majoritairement des hommes.
Il manque aussi des règles pour ceux qui auraient besoin d’aide pour prendre soin de leurs enfants, comme payer pour une gardienne pendant les réunions. North Bay est la première ville qui vient de donner à une de ses conseillères un congé de maternité. Il n’y a pas de loi en place pour donner ce genre de congé pour les conseillers.

LV : Que peut-on faire pour aider la situation?

AKM : Payer convenablement nos politiciens. Ça reste des professionnels.

LV : Il y a eu peu de femmes élues à Sudbury à l’automne. Quelle est votre analyse de l’élection municipale de 2018?

AKM : On a fait une analyse avec les statistiques de l’Association des municipalités de l’Ontario. Ce que l’on a vu, c’est que les petites villes ont une plus grande représentation de femmes que les grandes villes. Par exemple Mattawan, Lake of the Woods, Joly, Chamberlain... Pour les petits villages qui ont moins de 1000 personnes, le pourcentage de femmes sur le conseil est à 33 % et il y a plus de villes qui ont la parité.
Quand on regarde les villes et villages, plus il y a de population, moins de femmes se présentent et moins se font élire.
Nous sommes allés à une conférence pour les conseillers du Nord de l’Ontario en 2017, et quand je parlais aux femmes au sujet de leur expérience, je leur demandais «comment et pourquoi vous avez décidé de vous présenter?» L’histoire était toujours très semblable. C’était souvent une femme qui avait été la présidente ou la leadeure d’un groupe, comme pour mener un combat contre une fermeture ou une coupure. Qu’elles aient gagné ou perdu, les gens de leur communauté les voyaient comme des leadeurs et ceux de leurs entourages leur suggéraient de se présenter au conseil. Avec cette confiance-là, elles se présentaient et tous les gens de la communauté ont vu ce qu’elles ont fait. C’est le genre de choses que l’on voit dans les petites communautés qui ne se traduit pas dans les grandes. Ce sont souvent des femmes qui sont sur les conseils d’écoles, présidentes d’une association de hockey ou de soccer, elles s’occupent des activités extracurriculaires… Ce sont vraiment des postes de leadeurship qui sont très importants à la formation.

LV : Est-ce que vous trouvez que les femmes ont eu leur place dans le mouvement de la Résistance francophone?

AKM : Il ne faut pas oublier des femmes comme Isabelle Bourgeault-Tassé et Amanda Simard, ce sont des grosses contributions par des femmes pour lutter contre les coupes gouvernementales et faire en sorte que notre langue puisse survivre et prospérer. C’est une mission que nous avons héritée de nos mères et grand-mères. Ce sont ces femmes qui ont lutté contre le Règlement 17, qui étaient les héroïnes de la bataille des épingles à chapeau... Je crois que les femmes ont souvent été le cœur du mouvement francophone.

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