Imprimer cette page
jeudi, 24 avril 2014 14:38

De jeunes entrepreneurs sèment l’espoir…

Écrit par 
À l’heure où l’on se désole de la désindustrialisation de notre province et où on nous rabâche les oreilles sur la nouvelle économie, de jeunes entrepreneurs prennent le contrepied des tendances et retournent aux sources.

Il y a quelques semaines, un jeune francophone arrivé du Québec il y a trois ans, Louis-Philippe Desjardins, tombé amoureux de notre coin de pays, a décidé de se lancer en agriculture My Vegi Box. Il y a plusieurs beaux aspects à cette aventure. Tout d’abord, ce jeune agriculteur a rencontré M. Clément, un paysan franco-ontarien d’Azilda d’un certain âge, qui est devenu son mentor. Ce dernier ne cultive plus ses terres; ses enfants sont partis, bref on connait l’histoire. Ce monsieur fait de la résistance : il ne veut pas vendre ses terres pour qu’on y construise des maisons à perte de vue. Alors, l’année dernière, quand il a vu débarquer M. Desjardins, ça a tout de suite collé et il lui a loué ses premières acres de terres agricoles. Fort de son succès l’année dernière, M. Desjardins a décidé de se lancer en affaires et de créer sa propre entreprise. Mais pas n’importe laquelle. Il s’agit d’une entreprise sociale à caractère environnemental. Ce modèle s’appelle l’agriculture soutenue par la communauté (ASC). Le principe en est simple : les membres de la communauté, au printemps, achètent un panier de légumes qui sera livré pendant 15 semaines au fil de l’été. Cela permet à l’agriculteur d’avoir les liquidités nécessaires aux investissements requis par son entreprise. Les terres de M. Clément ont reçu beaucoup de pesticides au fil des années, alors pour la certification, il faudra encore attendre. Mais M. Desjardins s’est engagé d’ores et déjà à n’utiliser aucun produit polluant et à privilégier des graines biologiques. Non seulement des terres agricoles sont sauvées, mais en plus l’environnement sera protégé. Ces deux compères partagent savoirs et connaissances dans un esprit respectueux qui fleurent bon l’authenticité.

Un autre jeune francophone s’est également lancé dans l’agriculture soutenue par la communauté. Il s’agit d’Éric Blondin avec son entreprise Les jardins Blondin, que certains d’entre vous ont peut-être déjà rencontré l’été dernier au marché des fermiers de Sudbury.

Ces aventures participent pleinement à l’émergence d’une économie sociale, communautaire, locale et solidaire aux côtés d’autres projets tels que la Motley Kitchen, dont nous a parlé Catherine Levac dans un récent article Un projet pour la communauté. Sur l’île Manitoulin, les industries du terroir se développement également à une vitesse impressionnante. La dernière en date est une brasserie du nom de Split Rail Brewery Co., qui cherche le soutien financier de la communauté pour se lancer et commercialiser ses premières bières artisanales. Avec Stack Brewing qui a ouvert ses portes à Sudbury, cela fera deux nouvelles microbrasseries dans la région, pour le plus grand plaisir des amateurs de bonnes bières.

Tout cela fait plaisir à voir pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ce sont des jeunes qui ont l’esprit d’entrepreneuriat et qui décident de se lancer. Contrairement à ce que certains pensent, cette génération est prête à se remonter les manches. Deuxièmement, ces entreprises, qui selon moi rentrent dans la catégorie d'industries culturelles, viennent diversifier notre économie et mettre en valeur notre coin de pays, nos savoirs et notre culture. Peut-être qu’un jour on arrêtera de toujours parler de fermeture de moulins, de compressions dans le secteur minier et qu’on réalisera le plein potentiel de notre région. Troisièmement, ces jeunes sont animés par un esprit communautaire et social. Ils veulent créer des ponts avec les institutions existantes. Ils veulent que leurs entreprises soient insérées dans le maillage communautaire afin de faire une différence. Quatrièmement, tous sont animés par le respect de notre environnement et il est plus que temps que l’on s’en préoccupe ici dans le Nord. Enfin, toutes ces nouvelles industries travaillent ensemble et s’entraident mutuellement. Elles offrent un caractère humain au concept de compétition.

Bref, tout cela est rafraichissant, Il est à espérer que d’autres leur emboîtent le pas et surtout que la communauté les soutienne comme il se doit.
Lu 2859 fois Dernière modification le jeudi, 24 avril 2014 14:44
Aurélie Lacassagne

Professeure à l’Université Laurentienne