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vendredi, 22 février 2019 06:00

Apprendre de l’histoire

Écrit par 


Il y a trois ans, le gouvernement ontarien présentait des excuses officielles aux Franco-Ontariens pour le Règlement 17. Ce règlement interdisait l’usage et l’enseignement de la langue française dans les écoles de niveau élémentaire de la province de 1912 à 1927. Il va sans dire que ce règlement, et le combat qui s’en suivît, a marqué l’identité franco-ontarienne. Les excuses ont été prononcées par Kathleen Wynne le 22 février 2016.

Cette petite victoire laissait espérer une nouvelle ère d’acceptation des francophones par le gouvernement ontarien.

Dans un nouveau climat de combat linguistique en Ontario provoqué par un parti conservateur, il est un peu étrange de constater que le Règlement 17 avait également été instauré par des conservateurs, mais que c’est un gouvernement libéral qui a accepté de présenter des excuses.

Le Voyageur n’existait évidemment pas à l’époque du Règlement 17, mais on retrouve, par-ci par-là au cours des 50 dernières années, des références au règlement, donc quelques-unes que nous publions ci-dessous.



13 novembre 1991

Cahier spécial sur le père Hector Bertrand



Mon nationalisme Mon nationalisme, je le dois à mes éducateurs d’alors. Ce sont les Jésuites du Collège du Sacré Cœur, a Sudbury, qui ont fait de moi un nationaliste en réapprenant la fierté de ma longue écrite et parlée, et en m’enseignant l’histoire des miens. Ils m’ont converti par leur enseignement et leur exemple. Ils m’ont rappelé que les francophones avaient été traités comme des esclaves après la conquête des plaines d’Abraham. Et il y a eu le Règlement 17. N’eût été de ce règlement, je ne parlerais probablement plus le français aujourd’hui! L’ostracisme souvent revigore! Les minorités francophones hors Québec ont besoin du Québec. Et vice versa. Si l’un tombe, l’autre tombera. Je crois que Québec obtiendra le respect de ses caractéristiques propres. Sinon...

Extrait du texte Le père vu par lui-même





Juin 2010

ACFÉO



L’ACFÉO a eu son baptême de feu lors de la crise du Règlement 17. En 1917, l’ACFÉO réussit à rassembler sur la colline parlementaire à Ottawa des milliers d’écoliers réclamant l’intervention du gouvernement fédéral contre le Règlement 17. L’Association intente plus de 200 recours en justice sur cet enjeu primordial à la survie de l’Ontario français. Des représentants se rendent à Rome et à Londres plaider leur cause. Mais ce n’est qu’en 1927 que le Règlement est abandonné, à la suite des recommandations du rapport Merchant-Scott-Côté. Le français redevient la principale langue d’enseignement dans les écoles franco-ontariennes.

Puis sévit la crise économique de 1929 et l’ACFÉO est confrontée à des problèmes qui débordaient du monde de l’éducation. Cela lui donne l’occasion de développer des liens privilégiés avec d’autres organismes. Avec l’encouragement de l’ACFÉO, plusieurs organismes voient le jour, dont l’Union des cultivateurs franco-ontariens, l’Association des commissaires des écoles bilingues de l’Ontario, l’Association de la jeunesse franco-ontarienne, la Fédération des associations de parents et instituteurs.

Extrait d’un texte inclus dans le cahier spécial sur les 100 ans de l’ACFÉO-ACFO-AFO



9 avril 2014

Un poisson d’avril avec un sentiment de déjà vu



par Patrick Breton

Les élèves de l’École Ste-Thérèse de Hanmer ont vécu un poisson d’avril spécial le 1er avril. La directrice de l’école, Jeannine Piette, a instauré le Règlement 17 et enlevé les affiches en français dans l’école.

Ce règlement (avec la date changée) était affiché dans chaque classe. Des enfants ont alors commencé à préparer des pancartes contre cette règle. À l’intercom, à la pause, la directrice a parlé de rumeurs que des professeurs enseignaient en français. Ils devaient cesser ou perdre leur emploi, selon le nouveau Règlement 17.

Un peu avant la récréation, un stagiaire de l’École des sciences de l’éducation a joué le rôle d’inspecteur, coupant la parole de la directrice à l’intercom en déclarant qu’il avait entendu parler qu’une révolte se préparait à l’école.

Le poisson d’avril est ensuite apparu sur divers écrans de l’école. Après avoir annoncé le poisson d’avril, la directrice a circulé dans les classes. Elle a informé les élèves que son père a vécu le vrai Règlement 17 et qu’elle faisait partie des élèves qui ont manifesté pour obtenir les écoles de langue française.

«Des élèves ont indiqué qu’ils allaient déménager au Québec tandis que d’autres avaient commencé à manifester, mais ils ont cessé quand ils ont appris que leur enseignant pouvait perdre son emploi», de dire Mme Piette.


Photo : Archives





16 décembre 2015

Excuses officielles pour le Règlement 17 : Un symbole pour une génération sacrifiée



par Julien Cayouette

Denis Constantineau est l’auteur de la lettre originale remise à l’ACFO du grand Sudbury et qui a mené le député provincial de Sudbury, Glenn Thibeault, à déposer une résolution demandant des excuses officielles du gouvernement pour le Règlement 17. M. Constantineau a été inspiré par sa mère et la façon dont le règlement l’a affecté, elle et sa famille, tout au long de sa vie.


Denis Constantineau et le député de Sudbury, Glenn Thibault, ont en main la résolution présentée par M. Thibault en décembre 2015 pour les excuses du Règlement 17. — Photo : Archives

«Ma mère a passé toute sa vie à s’excuser du fait que son français écrit était pitoyable. Ça m’a toujours dérangé qu’elle soit obligée de faire ça», raconte-t-il. Dans sa lettre, il mentionne que cinq des sept frères et sœurs de sa mère se sont assimilés et perdu leur français. «Dans tous mes cousins et mes cousines, ceux qui parlent encore le français sont minoritaires. La majorité parle anglais et envoi leurs enfants dans les écoles de langue anglaise», précise-t-il.

Selon M. Constantineau, sa mère n’était pas une personne qui suivait la politique, elle n’était pas vraiment au courant du Règlement 17 et que c’était ce qui l’avait mis dans cette situation. Elle aurait tout de même été heureuse de recevoir les excuses du gouvernement.

Il est également heureux du dénouement rapide. «Ça ne devrait pas être une question controversée, puisqu’on ne demande pas de réparation», indique-t-il. «Il ne faut pas aller chercher plus loin que le symbole que ça représente. Ça ne changera pas le monde, ça ne règle pas tous les problèmes de la communauté franco-ontarienne et ce n’est pas ça l’intention».

M. Constantineau croit également que les effets ont été différents dans le Nord, par rapport à l’Est de l’Ontario. «Une fois que l’enseignante et l’inspecteur de langue anglaise étaient installés, même si le Règlement 17 a été abrogé (1927), le système en place ne permettait pas l’enseignement en français». Même si sa mère a été à l’école en grande partie après 1927, la seule occasion qu’elle a eue d’apprendre le français était les visites de sa classe chez une dame du village les vendredis après-midis.

Mauvais et bons effets

Selon le professeur agrégé au Département d’histoire de l’Université d’Ottawa et coauteur du livre Le siècle du Règlement 17 : Regards sur une crise scolaire et nationale, Michel Bock, les implications sont difficiles à mesurer.

«Très certainement, il y a au moins une génération d’écolier qui a été privé d’une instruction en français. Lorsqu’on prive une minorité d’une assise importante, pour son développement, c’est sûr que ça ne peut qu’aggraver le problème d’assimilation, de la perte d’influence», explique-t-il.

Par contre, l’historien rappelle que le combat des Franco-ontariens a vraiment commencé grâce au Règlement 17. «Le Règlement 17 a provoqué une mobilisation tout à fait impressionnante [...] dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. En évaluant tous les aspects du problème, on s’aperçoit que ça a été un coup de fouet qui a contribué à créer une forme de solidarité culturelle et politique».

Sans avoir parlé avec les initiateurs de la demande, M. Bock s’avance sur les intentions et les impacts que les excuses pourraient avoir. «Je crois que l’objectif est de donner une légitimité symbolique supplémentaire à l’existence même de la collectivité franco-ontarienne. Les excuses ne peuvent pas changer le passé, mais peut-être qu’elles peuvent influencer favorablement les revendications et le développement institutionnel de la collectivité franco-ontarienne».


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Lu 942 fois Dernière modification le mardi, 19 février 2019 12:10
Julien Cayouette

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