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mercredi, 10 octobre 2018 07:15

Kavanaugh c. #MeToo

Il est assez rare qu’un journal hebdomadaire canadien comme Le Voyageur commente une affaire de politique américaine. Cependant, la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour Suprême des États-Unis aura des répercussions dans une grande partie de l’Occident. Pas à cause des futurs jugements du juge, puisque ceux-ci se limitent normalement aux États-Unis, mais plutôt parce que sa nomination survient un an après le début du mouvement #MoiAussi (#MeToo), et que ce mouvement touche aussi le Canada et l’Europe.

Rappelons qu’alors que Kavanaugh comparaissait devant le comité des affaires judiciaires du Sénat en vue de sa confirmation comme juge, plusieurs femmes ont affirmé qu’il les avait agressées il y a des années. Le comité sénatorial a même convoqué l’une d’elles, Christine Blasey Ford, à témoigner. Or, malgré ces allégations, le Sénat a quand même confirmé Kavanaugh au cours de la fin de semaine. Il y avait bien sûr de la politique partisane derrière ce choix. Les républicains qui contrôlent le sénat voulaient un des leurs à la Cour Suprême. La nomination est donc devenue un symbole de la lutte entre l’idéologie patriarcale politique et le droit des femmes à la sécurité.

Il est encore tôt pour prédire l’impact que cette lutte aura sur le mouvement #MoiAussi, mais il est clair que cet épisode représente un recul. Déjà, l’argument utilisé pas les républicains pour passer outre aux accusations ouvre une voie de sortie pour tous ceux qui seront dorénavant accusés sans preuves formelles. En justifiant son appui à Kavanaugh, la républicaine Susan Colins avançait la fameuse présomption d’innocence qui sous-tend la plupart des systèmes judiciaires démocratiques. Dans les cas d’agressions sans témoins où «elle dit, il dit», d’autres s’en serviront surement. Et tous les hommes qui ont des choses à se reprocher respirent probablement beaucoup mieux depuis quelques jours.

D’un autre côté, jamais une nomination à la Cour Suprême des États-Unis n’a suscité autant de passion. De la part de femmes dans ce cas-ci, mais aussi de plusieurs hommes. Certains républicains notoires ont même avoué avoir été ébranlés par cette affaire sordide. Et n’oublions pas qu’il y a des élections de mi-mandat dans quelques semaines pour une grande partie du Congrès américain. Plusieurs prédisent déjà que les démocrates pourraient bien reprendre le contrôle du Sénat.

Déjà, les médias rapportent qu’un nombre record de femmes sont candidates dans ces élections. L’affaire Kavanaugh pourrait bien mobiliser un nombre assez important d’électrices — et d’électeurs — pour les porter au pouvoir.

Une autre conséquence de l’affaire Kavanaugh est l’impact sur les femmes qui ont été ou qui seront agressées. Auront-elles le courage de dénoncer leur agresseur? Encore là, il est difficile de mesurer l’impact de cette affaire. Voyant comment le patriarcat politique a fait peu de cas des accusations de Madame Blasey Ford, certaines pourraient baisser les bras. Au contraire, d’autres pourront se sentir portées par l’importance que l’affaire a eue, par la vague d’appui reçue par les accusatrices et elles pourraient bien trouver la force de parler.

Une chose est certaine, cette affaire aura une incidence sur l’avenir des relations hommes-femmes aux États-Unis et ailleurs. Réjean Grenier

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Lu 610 fois Dernière modification le mercredi, 10 octobre 2018 20:01
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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