Imprimer cette page
mercredi, 15 août 2018 06:00

Lettre ouverte à l’honorable Pablo Rodriguez

L’honorable Pablo Rodriguez
Ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme,
15, rue Eddy
Gatineau (Québec) K1A 0M5

Monsieur le ministre,

Permettez-moi d’abord de vous féliciter pour votre nomination en tant que ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme. Je crois que le premier ministre Trudeau a fait un bon choix en vous plaçant à la tête de ce ministère essentiel pour l’identité canadienne. Je vous souhaite un mandat intéressant et productif.

À cet effet, je me permets de vous offrir en toute humilité quelques réflexions et pistes d’action concernant un organisme dont vous avez la responsabilité, la Société Radio-Canada / CBC. En toute transparence, je dois vous dire que j’ai été journaliste auprès de cette société pendant 20 ans et que, par la suite, j’ai publié un journal et un magazine. Je suis toujours chroniqueur à Radio-Canada, éditorialiste au journal Le Voyageur et j’enseigne le journalisme. Cette lettre sera d’ailleurs publiée dans Le Voyageur en guise d’éditorial.

Je crois fermement au mandat de notre diffuseur public tel que stipulé dans la Loi sur la Radiodiffusion de 1991. Je maintiens cependant que depuis plus de 30 ans, la programmation nationale de Radio-Canada contrevient à la section 3 m) de cette loi. Cette situation est particulièrement déplorable à la télévision nationale de RC, à RDI ainsi qu’à la programmation nationale de la Première chaine radio.

Rappelons que la section 3 m) de la loi indique, entre autres, que la programmation de la Société doit à la fois :
(ii) refléter la globalité canadienne et rendre compte de la diversité régionale du pays, tant au plan national qu’au niveau régional, tout en répondant aux besoins particuliers des régions;
(iii) contribuer activement à l’expression culturelle et à l’échange des diverses formes qu’elle peut prendre;
(iv) être offerte en français et en anglais, de manière à refléter la situation et les besoins particuliers des deux collectivités de langue officielle, y compris ceux des minorités de l’une ou l’autre langue;
(v) chercher à être de qualité équivalente en français et en anglais;
(vi) contribuer au partage d’une conscience et d’une identité nationales.

Contribuer à une identité nationale, refléter la situation des minorités linguistiques, répondre aux besoins particuliers des régions, voyons donc. Ces belles phrases seraient risibles si elles n’étaient pas si tristes. Soyons honnêtes, Radio-Canada n’est plus un diffuseur national, mais bien un réseau québécois. Que dis-je, un petit réseau montréalais.

Les dérogations de Radio-Canada au mandat qui lui a été confié par le Parlement canadien sont trop nombreuses pour être énumérées dans cette courte lettre. Qu’il vous suffise, monsieur le ministre, d’étudier certains rapports du Sénat ou d’organismes francophones provinciaux sur cette question et vous verrez noir sur blanc que, quand on vit à Sudbury, à Dieppe ou à Vancouver, Radio-Canada n’est pas notre diffuseur. Il est inconcevable que, pour avoir une vision d’ensemble de notre pays, nous soyons obligés de regarder la CBC.

Il serait pourtant simple de faire de tous les réseaux de RC de vraies antennes reflétant le pays. Je crois fermement que tous les Canadiens-Français, aussi bien québécois que francophones en situation minoritaire, vous seraient gré de vous pencher sur cette question qui sape l’unité canadienne.

Je vous remercie de votre attention et vous prie de croire à mes meilleurs sentiments.

Des vôtres,
Réjean Grenier
Lu 1118 fois Dernière modification le mardi, 14 août 2018 14:06
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury