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mardi, 24 juillet 2018 14:42

Mulroney, un bon choix

Il est certain que les francophones de l’Ontario sont extrêmement déçus de la perte du ministère des Affaires francophones, mais ceci était inévitable et prévisible.

Dans un environnement de gestion des coupes budgétaires, de baisse des tarifs d’électricité et du prix de l’essence, il fallait s’attendre à des réorganisations ministérielles et administratives gouvernementales. Ce n’est que le début. Le nouveau gouvernement va prioriser entre autres l’économie, le monde des affaires et la création emploi et de richesse en Ontario et éliminer le plus possible ce qui limiterait ces secteurs d’activité.

Si les francophones veulent avoir une influence et surtout ne pas subir le couperet gouvernemental, ils doivent s’investir à se faire connaitre — et bien souvent, en anglais, car très peu de ces acteurs politiques et gouvernementaux peuvent communiquer en langue française. Il faut des rencontres en personne avec une pertinence économique et financière, car les francophones n’ont pas actuellement beaucoup de capital politique.

Pendant plus de quinze ans, les francophones ont priorisé leurs relations avec les libéraux et par ricochet les néodémocrates. Comme plusieurs députés et membres du personnel politique pouvaient communiquer en français, les francophones ont continué à maintenir cette relation privilégiée au détriment de bâtir aussi des relations avec les conservateurs, sachant très bien qu’un jour, ces derniers prendraient le pouvoir. Les libéraux ont très bien servi les francophones au point où s’afficher comme francophone conservateur durant cette période était un arrêt de mort pour l’individu dans la communauté francophone, voire même un acte de trahison politique. Il existait un certain protocole informel où pour plusieurs dirigeants francophones devaient chanter la même chanson politique, sous peine de ne pas être dans le club des subventionnaires ou de ne pas avoir accès aux acteurs décisionnels.

Les francophones doivent dès maintenant se préparer aux nouveaux changements gouvernementaux. Les décisions seront prises cet été. À l’automne, il sera trop tard. Il n’est pas le temps, pour les dirigeants francophones, de prendre des vacances estivales, mais de rencontrer les nouveaux décideurs politiques, le comité de transition, les hauts fonctionnaires et les attachés politiques afin d’expliquer leur plus-value et leur pertinence, afin de justifier les programmes gouvernementaux. Les secteurs qui sont les plus à risque sont entre autres les arts, la culture, l’Université franco-ontarienne, l’immigration et les services sociaux. Il faut que les dirigeants francophones se concertent, dans les prochains jours, afin d’avoir un plan d’attaque et d’influence. Les décisions qui seront prises auront des effets pendant les quatre prochaines années.

Caroline Mulroney était le choix idéal pour les francophones. Elle vient d’un milieu politique où son père, le premier ministre Brian Mulroney, a appuyé la réforme complète de la Loi sur les langues officielles en 1988, inscrite dans les accords constitutionnels du lac Meech et de Charlottetown, la protection des minorités de langues officielles et l’importance de la dualité linguistique dans les initiatives gouvernementales fédérales. Cette influence politique permet à Caroline Mulroney de comprendre les enjeux de la présence francophone en Ontario, du désir des francophones de vivre de façon égale avec la majorité anglophone en Ontario, et l’importance de la présence des francophones ontariens dans l’idéal de la dualité linguistique canadienne.

De plus, à titre de Procureure générale de l’Ontario, elle pourra mieux piloter les projets de la justice en français en Ontario et les modifications législatives et règlementaires qui auront des impacts sur les francophones. Ceci ouvre une possibilité à l’amélioration de la Loi sur les services en français et, qui sait, l’enchâssement des droits des francophones dans la Constitution.

Les francophones doivent préparer le terrain politique, car ils ne sont pas dans les priorités gouvernementales, sauf pour certains secteurs.

Cela est critique pour leur développement et l’épanouissement pour les prochaines années.

Gilles LeVasseur
Avocat et professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa
Lu 462 fois Dernière modification le mardi, 24 juillet 2018 14:47