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mercredi, 18 juillet 2018 06:00

L’inégalité financière, fléau moderne

Une étude publiée récemment par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) démontre que l’écart entre riches et pauvres continue de grandir dans ses 28 pays membres. Depuis quelques années, on parle beaucoup de ce clivage financier, mais peu de pays réussissent à le réduire ou même à tenter d’y arriver. Cet écart est pourtant un des plus dangereux développements du monde moderne.

Dans ces 28 pays, 10 % de la population possède 52 % de la richesse. Au Canada, la part de richesse de ce 10 % est de 51 %. Entre temps, toujours au Canada, 60 % de la population ne possède que 12,4 % de la richesse du pays. Aux États-Unis, le supposé pays de la «equal opportunity», l’écart est encore plus marqué. Les 10 % de riches y ont accumulé 79,5 % de la richesse alors que 60 % des gens ne possèdent que 2,4 % des avoirs.

Le grand problème avec cette équation, c’est que la majorité, 60 % de la population, est insatisfaite de son sort et tentera un jour ou l’autre et par tous les moyens de combler cet écart. On pourrait croire qu’une telle inégalité pourrait mener à une révolution, mais dans une démocratie, la façon la plus facile de régler ce problème c’est de prendre le pouvoir politique. C’est ainsi que, de par le monde, on voit aujourd’hui un électorat à la recherche d’espoir qui vacille entre la gauche et la droite. Quelques politiciens du centre — on pense ici à Trudeau au Canada et à Macron en France — réussissent quelques fois à susciter l’espoir en faisant valoir des valeurs de partage et d’égalité des chances. À long terme, ils sont cependant voués à l’échec parce qu’ils ne sont pas prêts à utiliser la haine pour se maintenir au pouvoir.

L’utilisation de ce sentiment n’a jamais arrêté les politiciens populistes prêts à dire et faire n’importe quoi pour s’attirer les votes des désespérés. Ils identifient d’abord un ennemi — en général ce sont les immigrants — et promettent d’en débarrasser le pays. Ils s’en prennent ensuite à d’autres pays en faisant croire au bon peuple qu’ils nuisent au leur. Et comme il est beaucoup plus facile d’haïr, les masses crédules tombent dans le panneau.

Ceci est le début de la dictature et du fascisme, parce que ces vendeurs de rêve ne seront jamais capables de combler le fossé financier, puisqu’ils sont déjà du bon côté. La plupart sont déjà riches et ne se servent du pouvoir politique que pour consolider leur richesse et celles de leurs amis.

Voilà pourquoi l’inégalité économique est le plus grand danger qui guette le monde moderne. Il nous faut des leadeurs capables d’imaginer une répartition équitable de la richesse. Équitable dans le sens qu’une telle politique doit satisfaire les démunis tout en ne faisant pas peur aux riches. Il faut leur permettre de continuer à faire des affaires qui rapportent de bons profits tout en les persuadant de partager pour les bonnes raisons.

Nous ne parlons pas ici de charité. Il faut plutôt une nouvelle règlementation qui ne nuit pas au développement économique tout en favorisant une plus grande égalité financière. Pour l’instant, aucun politicien n’a encore imaginé ce système. Pourtant, il le faut. C’est de plus en plus urgent.

Lu 688 fois Dernière modification le mardi, 17 juillet 2018 15:00
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury