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mercredi, 27 juin 2018 10:00

Centre de counselling : Mauvais changements ou résistance aux changements?

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Les employées du Centre de counselling au début de la grève en octobre 2017. Les employées du Centre de counselling au début de la grève en octobre 2017. Photo : Archives
Sudbury — «Un environnement de travail toxique» : le terme a été utilisé plus d’une fois par des employés et la clientèle lors de l’assemblée générale annuelle du Centre de counselling de Sudbury (CCS) samedi dernier. Les relations entre la direction et le personnel ne semblent pas s’être améliorées après la grève de l’automne dernier et des patients disent en souffrir.

Kenneth Lender est l’un des patients qui s’est avancé lors de l’AGA pour partager son expérience et critiquer la direction. «Quand ma conseillère se fait réprimander devant moi, juste avant ma rencontre avec elle, ça n’augure pas bien pour mon traitement», révèle-t-il. «Quand on a vécu un traumatisme, on a tendance à être davantage affecté par ce qui se passe autour de nous.»

Il s’est plaint à la direction, mais n’a pas été impressionné par la réponse. «En gros, on m’a répondu que c’était une “business” responsable [des entrées et sorties] d’argent. Comment voulez-vous que quelqu’un qui a été maltraité pour la majorité de sa vie se sente lorsqu’il se fait dire “on ne fait pas ça pour vous, on le fait pour l’argent”.»

M. Lender avait eu recours aux services du CCS avant l’arrivée de la nouvelle direction, et a dû y revenir après la grève. Depuis, «quelque chose va vraiment vraiment mal. C’était la perfection avant.»

Changement de vision

La directrice générale, Carole Lamoureux, dit qu’elle et le conseil d’administration voient dans ce conflit interne une résistance au changement de la part du personnel. L’administration veut améliorer l’efficacité de l’organisme et voir à sa pérennité.

«Le conseil d’administration nous appuie à 100 %», affirme Mme Lamoureux. «Il y avait des choses qu’il fallait redresser. On l’a fait et ça n’a pas été populaire. Notre rôle est différent comme administrateur et nous ne tentons pas de rendre la vie misérable pour personne.»

«On ne le dit pas souvent, mais le taux de satisfaction de nos clients est élevé», ajoute-t-elle.

Des employés qui restent pour les patients

Toutes les employées et anciennes employées à qui Le Voyageur a parlé après l’AGA ont tenu à le faire sous le couvert de l’anonymat par peur de représailles. Quelques-unes d’entre elles s’attendaient à être réprimandées au cours de la semaine pour avoir parlé contre leur employeur pendant l’assemblée.

Lors de la couverture de la grève, Le Voyageur avait rapporté que seulement deux griefs avaient été déposés en 30 ans, mais que la nouvelle direction en avait récolté une trentaine en 18 mois. Aujourd’hui, ce nombre serait plus près de 45 selon les employées, et la grande majorité des jugements auraient été en leur faveur.

Parmi les problèmes que les employées rapportent, il y a le refus de payer pour assurer de la formation continue, le manque de supervision adéquate, le harcèlement, des actions disciplinaires démesurées, le bullying et un environnement de travail toxique. Une ancienne employée allègue avoir été mise à pied pendant son congé de maternité.

«Notre but est de travailler pour nos clients, c’est notre passion, alors nous faisons les efforts nécessaires pour leur donner des services, mais souvent à nos dépens», dit l’une d’elles.

«[Le CA et la direction] nous ont fait des promesses d’améliorer les choses pour nous faire revenir au travail lors de la grève et nous avons reculé sur certaines demandes. Mais ils n’ont encore rien fait de ce qu’ils ont dit», mentionne l’une des employées.

Mme Lamoureux a confirmé au Voyageur que le conseil d’administration a justement décidé mardi de rencontrer les employés au cours des prochaines semaines pour, à tout le moins, les écouter. Elle confirme que cette action est prévue depuis janvier, mais que la direction et le CA préféraient attendre que les esprits se calment après la grève.

Frais légaux démesurés?

Lors de l’AGA, le personnel présent a tenté de connaitre le montant des dépenses reliées aux litiges et aux griefs. L’auditeur a fourni le montant de 291 400 $ pour les achats de services. La directrice confirme a confirmé au Voyageur que ce montant est dans les états financiers, mais souligne qu’il inclut des frais professionnels, de la formation et des fonds d’autres agences gérés en partie par le CCS et bien d’autres choses.

Mme Lamoureux a fourni au Voyageur le montant total des frais légaux entre 2013 et mars 2018 : 150 000 $.

Des services en péril?

Il y a deux ans, avant l’arrivée de la direction actuelle, 13 personnes offraient tous les programmes, disent les employées. Maintenant, elles estiment qu’il y a 4,5 postes vacants sans que le niveau de service ait grandement diminué. Elles mentionnent tout de même la disparition du groupe de soutien pour les hommes.

Plusieurs employés avec qui nous avons parlé craignent carrément la disparition de l’organisme.

Un des anciens directeurs généraux de l’organisme, Denis Constantineau, donne une certaine légitimité à cette plainte en notant que les revenus sont surement à la baisse. «Déjà, les nombres réduisent pour leur Programme d’aide aux employés (PAE), qui [était] le seul programme qui génèr[ait] des revenus [autonomes] pour le CCS.»

Le Voyageur n’a pas eu l’occasion de comparer les états financiers des dernières années pour confirmer ou réfuter cette évaluation.

Pourtant, M. Constantineau, qui est maintenant le directeur général du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, souligne que les services offerts par le CCS sont essentiels et parfois uniques. À Sudbury, c’est la seule agence qui offre des services de counselling en français et le Programme d’aide aux enfants témoins relève de cet organisme.

Selon M. Constantineau, seuls les ministères qui financent le CCS — dont le ministère du Procureur général et ministère des Services sociaux et communautaires — ont le pouvoir d’intervenir et de régler la situation qu’il évalue être grave selon ses discussions avec des employées.

Le Voyageur a contacté le ministère des Services sociaux et communautaires. Par courriel, on répond être au courant des nombreux griefs, mais que le ministère a seulement le devoir de s’assurer que les services rendus aux patients respectent l’entente entre le ministère et l’agence et que les besoins des clients sont comblés. Les questions reliées à l’emploi doivent être résolues entre l’employeur et le syndicat.

Lu 2127 fois Dernière modification le mercredi, 27 juin 2018 12:23
Julien Cayouette

Directeur de l'information

705-673-3377, poste 6209 ou sans frais : 1-866-926-3997

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