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jeudi, 21 juin 2018 09:43

Lettre ouverte : TFO – Un navire que l’on dirige vers le maelstrom

Sudbury, le 13 juin 2018

Monsieur Glenn O’Farrell, président du Groupe de direction de Groupe média TFO;
Membres du Conseil d’administration de Groupe média TFO;

Le 30 avril nous avons eu l’invitation par le Groupe Média TFO (dorénavant TFO) pour assister avec ses représentants au Gala de l’Association de la presse francophone qui se déroule à Sudbury cette semaine. Malheureusement, la décision du groupe de direction de remercier 37 employés nous force à renoncer à notre engagement1. Nous sommes en effet incapables de cautionner ce que nous considérons être une gestion calamiteuse par le président du groupe de direction de la plus importante institution médiatique de l’Ontario français. Le capitaine dirige son navire directement vers le maelstrom. Plutôt que de changer de direction, il préfère jeter ses matelots à la mer.

De la poudre aux yeux : la gestion problématique de l’administration O’Farrell

Le licenciement de 37 employés de TFO – incluant d’excellents journalistes à #ONfr – alors que l’institution a reçu une augmentation de 55 % de ses subventions depuis 2016 témoigne, croyons-nous, d’une gestion problématique des fonds publics. Or, TFO souligne que de nombreux « facteurs externes », incluant la « stagnation » des subventions, justifient la décision de mettre à la rue plus de 15 % de sa main-d’œuvre. Les raisons ne sont pas convaincantes. En effet, la crise financière actuelle de TFO n’est pas le produit de ses employés, mais bien le résultat des décisions de la haute administration.

En ce sens, nous croyons bien humblement qu’il soit nécessaire de demander la démission du président de TFO, Glenn O’Farrell et de le remercier pour son travail depuis huit ans. Puisque la situation dans laquelle se retrouve TFO est le produit de sa direction, nous estimons qu’il n’a plus l’autorité morale pour gérer la plus importante institution médiatique de l’Ontario français.

Des projets désincarnés de l’Ontario français

S’il n’a aucune honte à avouer son échec, il est toutefois gênant de cautionner la voie dans laquelle s’est engagée TFO depuis quelques années. Avec l’arrivée de Monsieur O’Farrell – qui est selon sa biographie un « chef d’entreprise chevronné » et une « force motrice de l’innovation » – la direction de TFO et son président a versé des millions de dollars dans de nombreux projets dont la pertinence pour l’Ontario français est ténue, voire inexistante. En effet, les ressources consacrées à la recherche et le développement de technologies sur l’intelligence artificielle2, le développement d’un Blockchain3, la location d’un studio virtuel4 et le déménagement sur la rue Collège ont tous été des échecs qui ont provoqué ce gouffre financier. Aucun de ces projets ne répond à la mission, à la vision et aux valeurs envers la communauté franco-ontarienne, mission qui a été maintes fois diluée par la direction qui a son regard tourné davantage vers Shanghai, Berlin et Paris que vers Windsor, Sudbury et Hawkesbury.

La situation est devenue intenable et la direction a aliéné un large pan de la société franco-ontarienne. L’administration O’Farrell a contribué à ternir l’image d’un des joyaux de l’Ontario français. Alors que les contribuables ont payé les voyages d’affaires de l’administration dans les grandes capitales de l’Europe et de l’Asie, ce sont les employés qui en font les frais. En effet, ils sont les victimes des caprices d’une direction qui estime que l’Ontario français représente un boulet pour ceux qui ne vouent d’allégeance qu’à la noble quête de « l’innovation » à tout prix.

Un retour aux sources

La crise actuelle que traverse TFO est un moment inespéré qui permet de réfléchir sur la nature de l’institution, à son mandat et à son avenir. Surtout, il permet de constater l’énorme fossé qui s’est creusé entre la direction de TFO et la communauté franco-ontarienne dont elle est censée représenter. Plus précisément, nous croyons qu’il est nécessaire de retourner aux sources de TFO : une institution qui représentait et incarnait la communauté franco-ontarienne et dont l’ancrage ne faisait aucun doute.

Il faut remercier bien sincèrement et souligner l’effort honnête et les réalisations de M. O’Farrell qui a mené cette barque dans sa transition vers le numérique. Cela dit, l’administration de TFO a prêché par excès et se dirige vers le naufrage. Égarée, l’institution a besoin d’un guide pour retrouver son chemin. Pour ce faire, toutefois, il lui faut absolument un changement de leadership.

Veuillez agréer, monsieur O’Farrell et les membres du conseil d’administration, le sentiment de mes plus sincères et cordiales salutations.

Serge Miville, Ph. D.
Professeur adjoint, département d’histoire
Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français
Université Laurentienne

NDLR : de nouvelles informations ont été dévoilées quant aux suppressions des postes depuis la rédaction de cette lettre et la présidence du CA de GMTFO a offert une réponse le 19 juin 2018 à l’auteur qui n’a pu être reproduite à temps.

1 Voir notamment ici.radio-canada.ca/nouvelle

2 Le site Web de Groupe média TFO a affiché en mai 2018 un poste permanent de « Chef de projet – analyse de données et intelligence artificielle ».

3 Philippe Papineau, « TFO veut créer un prototype de “blockchain” pour l’industrie audiovisuelle », Le Devoir, 10 août 2017. www.ledevoir.com.

4 Voir luv.tfo.org.

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