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mardi, 19 juin 2018 16:01

Ah! Nos journaux

En fin de semaine, l’Association de la presse francophone du Canada (APF) a tenu à Sudbury son congrès national annuel, une rencontre remplie d’espoir, mais aussi de grands défis. Fondée en 1976, l’association regroupe 18 journaux qui desservent les communautés francophones de partout au pays. Ce nombre a diminué depuis une dizaine d’années, mais la remise de Prix d’excellence lors du Gala de clôture de l’Association a encore une fois démontré la qualité de notre presse écrite en milieu minoritaire.

La rencontre de l’APF coïncidait avec les célébrations du 50e anniversaire de notre journal, Le Voyageur. Notre journal est le plus vieux journal francophone du Nord et est, en fait, la continuation d’une tradition journalistique sudburoise amorcée par ses prédécesseurs, L’Ami du peuple et L’Information. Le Voyageur était d’ailleurs finaliste dans trois catégories et a gagné le prix du Meilleur article d’actualité, un texte signé Andréanne Joly et Julien Cayouette.

En tout, l’APF a décerné 13 prix de reconnaissance, dont celui du Journal de l’année à L’Express de Toronto. Répartis parmi plusieurs journaux d’un peu partout au Canada, ces prix ont souligné l’excellence de nos journaux, mais ils n’ont pu masquer leur précarité. Face à la baisse des revenus publicitaires, surtout des gouvernements qui annoncent de plus en plus chez les Américaines Google et Facebook, nos journaux ne font plus le poids.

C’est pourquoi le virage numérique a retenu l’attention des participants au congrès. Le problème est que de petits journaux locaux ne pourront jamais concurrencer le nombre de clics des géants de l’internet. Et il semblerait que notre gouvernement et sa responsable du Patrimoine, Mélanie Joly, ne semblent pas comprendre ça. Soit ils ne comprennent pas où ils s’en fichent. En tout cas, ils ne font pas grand’chose pour assurer la pérennité de l’information canadienne. Mais ça, c’est un sujet pour un autre éditorial. On y reviendra.

Quant à l’APF, en tant que regroupement de journaux, elle a aussi ses espoirs et ses problèmes. L’augmentation de 20 % récemment attribuée par la ministre Joly aux organismes en situation minoritaire lui accorde certainement un répit financier. Une équipe renouvelée au bureau national vient aussi mettre l’épaule à la roue. Mais le vrai rôle de cette association, c’est d’épauler les journaux. Or, jusqu’à présent, l’APF, tout comme les autres associations de journaux anglais ou français, semble avoir de la difficulté à se faire entendre par les gouvernements. Il faudra peut-être hausser le ton et parler aux partis d’opposition.

Ça ne semble pas gagné du côté de l’Ontario, car, lundi, à la demande du premier ministre désigné de l’Ontario, Doug Ford, des employés du gouvernement faisaient des appels pour annuler tous les abonnements du gouvernement, incluant celui au Voyageur.

L’APF pourrait aussi tenter d’augmenter son nombre de journaux membres pour renforcer son poids politique. Pour diverses raisons, elle a perdu des membres depuis 10 ans. Le cheptel a bien sûr été renfloué par quelques nouvelles adhésions — dont les deux seuls quotidiens du Canada-français, Le Droit d’Ottawa et L’Acadie Nouvelle du Nouveau-Brunswick —, mais ils en auraient besoin de plus. Les possibilités sont par contre limitées.

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Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury