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mardi, 04 mars 2014 11:49

Le bon ou le mauvais jugement ?

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Le bon ou le mauvais jugement ? Photo : Courtoisie

Sudbury — Nous, le public devant lequel se joue la pièce de théâtre Bienveillance, sommes les membres d’un jury que Gilles Jean, personnage principal et narrateur omniscient, tente d’amadouer.

Gilles Jean est un avocat criminel du plus haut calibre qui a accepté de défendre la cause d’une compagnie qu’on accuse d’être responsable, en raison de négligence grave, du coma dans lequel sombre le beau-fils de son meilleur ami d’enfance. Les complexités et particularités de l’incident entourant les blessures du petit gamin sont toutefois secondaires au déroulement de Bienveillance parce que finalement, c’est l’avocat Gilles Jean lui-même qu’on accuse du plus grand crime possible, celui d’avoir un mauvais caractère entièrement motivé par l’avarice.

On peut donc comprendre l’entièreté de la pièce comme le plaidoyer final de Gilles Jean face aux jugements que les autres portent sur lui. Par l’entremise de sa narration, il met en contexte chacun de ses choix qu’on jugerait comme au moins moyennement répréhensibles. Avocat doué qu’il est, Gilles Jean minimise les impressions négatives de lui qui s’accumulent en étant charmant, en racontant des blagues et, surtout, en soulignant les points faibles de tous les autres.

Son meilleur ami, Bruno Green, est innocent aux deux sens du mot : il est trop naïf pour être véritablement de bonne volonté. La mère de Gilles est une syndicaliste qui porte trop fièrement ses convictions. Finalement, c’est Isabelle, la blonde de Bruno et la mère du petit garçon dans le coma, qui voit le plus clairement dans cette histoire. Du moins, c’est ce que Gilles nous raconte. Bien qu’elle ne dévoile jamais ses soupçons, on imagine qu’elle voit Gilles pour ce qu’il est : un profiteur de la pire espèce.

Gilles Jean veut surtout qu’on sache à quel point il souffre de l’énorme poids de sa culpabilité. S’il est trop névrosé, égoïste ou narcissique pour changer de comportement. Il doit s’agir d’une faiblesse enracinée quelque part dans son enfance à Bienveillance, le village où il a grandi. En guise d’introduction, il remonte l’histoire jusqu’à sa naissance et devient alors un personnage sympathique pour nous, les membres du public, les jurés de la vie qu’a menée Gilles Jean. Il se déculpabilise en se réduisant au produit inévitable du contexte dont il surgit. Ce faisant, il nous apprend une grande leçon sur la notion de justice, surtout lorsque celle-ci s’aligne avec l’opinion publique : quand nous connaissons l’accusé, nous avons pour eux un sentiment de bienveillance et nous sommes prêts à accepter toute espèce de justification pour excuser son comportement.

Le texte de Bienveillance, de la dramaturge Fanny Britt, lui a valu tout récemment un Prix du Gouverneur général en littérature. Ayant vu cette coproduction du Théâtre PÀP et des Productions À tour de rôle, je peux dire que c’est un écusson «Prix du GG» bien mérité qu’on a ajouté aux affiches du spectacle. C’est un texte avec un sens de l’humour intelligent où nous sommes portés autant à rire qu’à réfléchir et, disons-le, les comédiens et comédiennes s’emparent de ce texte et le font briller avec leur prestation très juste.

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Lu 2932 fois Dernière modification le mardi, 04 mars 2014 11:56
Daniel Aubin

Journaliste

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