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mercredi, 18 avril 2018 07:00

Autopsie d’une université mort-née

Lecteur, accroche-toi. Ceci risque d’être long et abrupt. C’est l’histoire d’un vieux rêve anéanti par des politiciens sans envergure, des dirigeants sans vergogne et des collabos sans foi ni loi. C’est l’histoire de l’Université franco-ontarienne qui ne sera pas.

Comme tout rêve, l’université franco-ontarienne n’a pas encore de vrai nom. Mais nous savons ce qu’elle doit être. C’est cette institution qui récupère tous les programmes de langue française présentement offerts par les universités bilingues et qui les offre partout en province. Elle crée aussi les programmes qui manquent dans notre arsenal de savoir. Et elle collabore avec nos collèges ainsi qu’avec toute autre université qui le veut bien. Elle est gérée et animée par un Conseil des gouverneurs et un Sénat qui représentent la population qu’ils desservent.

La mort de ce rêve a été confirmée la semaine dernière par deux annonces concernant l’Université de l’Ontario français (UOf). La première dévoilait les membres du premier Conseil des gouverneurs. Tous ses membres proviennent de la grande région de Toronto-Hamilton. La seconde, que l’UOf n’aurait pas de campus permanents avant 2023, même si elle prévoit ouvrir ses portes en 2020. Cette décision tue dans l’œuf la recommandation de cohabitation entre l’UOf et le campus torontois du Collège Boréal.

Remarquez qu’il fallait s’attendre à ces coups bas. De passage à Hearst il y a quelques années, la première ministre Wynne avait été très claire là-dessus. Lors d’une entrevue accordée à Radio-Canada, elle avouait qu’elle n’envisageait aucunement la création d’une université de langue française par et pour les Franco-Ontariens, partout en province. Le mandat de planification de l’université franco-ontarienne, qu’elle confierait plus tard à la consultante Dyane Adams, en fera foi. Le gouvernement voulait une petite université de langue française dans le Sud de l’Ontario. Au diable les revendications de la communauté, pourtant clairement exprimées lors des états généraux sur le postsecondaire. Il faut souligner ici que l’idée d’un campus universitaire de langue française dans le sud demeure un noble objectif. Cette région souffre d’une carence en ce qui a trait aux études postsecondaires en français et un tel campus aurait dû faire partie d’une vraie université franco-ontarienne.

Le choix de madame Adam pour avaliser le petit projet de madame Wynne n’est pas un hasard non plus. Faut-il rappeler qu’elle a enseigné à l’Université d’Ottawa, a été vice-rectrice à l’Université Laurentienne, principale du Collège Glendon de l’Université York et très proche des Libéraux — nommée par le premier ministre Jean Chrétien en tant que commissaire aux langues officielles et vice-présidente de la Société de la Fondation Trudeau. Elle est évidemment restée fidèle à ses anciennes amours.

Madame Adam a bien tenté d’obtenir l’aval des dirigeants franco-ontariens en incluant dans son rapport quelques petites phrases de bon ton : que l’institution de Toronto s’appellerait l’Université de l’Ontario français (yeah, right!); que le projet torontois pourrait, un jour, peut-être, si tout le monde le voulait bien et si les astres s’enlignaient, négocier des ententes de collaboration avec d’autres institutions en province; que le campus torontois devait devenir un carrefour francophone en incluant les locaux du Collège Boréal et une collaboration avec TFO.

En parlant de cette cohabitation avec Boréal, le rapport Adam parlait même de «nécessité». Or, il apparait maintenant que ce n’est plus nécessaire.

Il devient de plus en plus clair que ni la première ministre, sa ministre de l’Éducation supérieure et sa ministre des Affaires francophones, ni les dirigeants des universités dites bilingues, ni la tsarine Adam ne veulent une vraie université franco-ontarienne.

Dommage, il y a des élections bientôt.

Lu 2870 fois Dernière modification le mercredi, 18 avril 2018 08:35
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury