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mercredi, 04 avril 2018 13:58

Peut-on acheter une élection?

Il y a deux façons d’acheter une élection. Un parti politique aux coffres bien remplis peut dépenser des millions en campagne afin de convaincre les électeurs. Un parti peut aussi promettre la lune tout en affirmant que ça ne coutera rien. C’est cependant beaucoup plus facile pour un parti déjà au pouvoir d’acheter une élection par ses promesses. C’est ce que tentent actuellement de faire les libéraux ontariens. Nous verrons bien si ça fonctionne le 9 juin prochain.

Juste la semaine dernière, la première ministre Kathleen Wynne annonçait, avant même le dépôt du budget de mercredi dernier, près de 9 milliards $ en nouveaux programmes gouvernementaux. Toutes ces nouvelles dépenses visent le consommateur moyen : 925 millions $ en éducation, 822 millions $ pour les hôpitaux, 2,1 milliards $ en santé mentale, 2,4 milliards $ pour l’hôpital Sick Kids et 2,2 milliards $ pour les garderies.

Continuant dans cette veine, le budget provincial dévoilé mercredi prévoit encore de nouvelles initiatives : 800 millions $ pour améliorer le régime d’assurance médicaments, 1 milliard $ pour les personnes âgées, 547 millions $ pour le logement, 500 millions $ pour améliorer internet dans les régions éloignées. Toutes ces dépenses sont certainement nécessaires afin de maintenir la qualité de vie tout en réduisant les couts de ces services pour la classe moyenne.

Le problème avec ces promesses, c’est que le gouvernement ne prévoit pas trop comment les payer. Ce ne sont pas les 295 millions $ en hausse d’impôts, le 1,1 milliard $ en récupération d’amendes non payées ou les 215 millions $ en taxes sur le cannabis qui viendront compenser ces nouvelles dépenses. Le résultat, un déficit prévu de 6,7 milliards $ en 2018-19, ce qui fait passer la dette provinciale à 325 milliards $.

Ces nouvelles dépenses soulèvent donc deux questions politiques.

La première, les Ontariens craignent-ils la dette assez pour refuser ces dépenses? Si oui, les électeurs auront un choix clair. Les conservateurs, eux, promettent plutôt de réduire les dépenses gouvernementales. Avant ce dernier budget, leur chef, Doug Ford, prédisait même qu’il pourrait facilement couper 6 milliards $ du budget provincial. Remarquez qu’il ne dit pas comment il ferait ça et que ce ne serait pas la première fois qu’il joue avec la vérité.

La deuxième question électoraliste est encore plus nébuleuse. De plus en plus d’électeurs se disent désabusés par les promesses électorales, surtout lorsqu’ils sentent qu’un parti essaie d’acheter leur vote. Or, les libéraux ontariens ne s’en cachent pas. Ils avouent que leur récent budget est un budget fait pour plaire aux Ontariens et qu’ils espèrent en tirer profit aux urnes. Mais cela pourrait leur jouer un tour.

Si, comme le croient les libéraux, les électeurs ontariens peuvent être achetés par des promesses, ils pourraient très bien se tourner vers les néodémocrates. Ceux-ci promettent relativement les mêmes choses que les libéraux, mais n’ont pas la mauvaise réputation qui vient avec 15 ans au pouvoir.

Les derniers sondages démontrent d’ailleurs que les libéraux et les néodémocrates ont peut-être compris quelque chose que les conservateurs ne savent pas. Les deux partis de gauche sont remontés dans les intentions de vote depuis leurs promesses.

Qui sait, peut-être qu’on peut acheter une élection.

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Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury

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