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mercredi, 21 mars 2018 09:00

La roulette russe ontarienne

En début de semaine, le nouveau gouvernement libéral de l’Ontario présentait un Discours du trône. Oui, oui, vous avez bien lu. À quelques mois d’une élection, l’Ontario a un nouveau gouvernement. Ça c’est parce que, la semaine dernière, la première ministre Wynne a prorogé la législature afin de remettre les pendules à zéro. Résultat, un nouveau gouvernement qui, elle espère, nous fera oublier son bilan des quatre dernières années en nous présentant de nouvelles initiatives électoralistes.

Examinons donc ces initiatives afin de voir si elles attireront des votes. Parce que, ne nous leurrons pas, c’est le but. Quelques promesses du Discours du trône :
  • Augmentation des budgets des hôpitaux;
  • Investissements en services à domicile pour les personnes âgées;
  • Investissements en santé mentale;
  • Plus de personnes admissibles aux régimes de soins dentaires et de médicaments;
  • Amélioration du régime de bourses aux étudiants au postsecondaire;
  • Investissements accélérés en infrastructures;
  • Investissement visant la croissance de régions défavorisées.
On peut clairement voir dans ce Discours la stratégie des Libéraux.

Ils tentent de dépasser le NPD sur la gauche en visant les services sociaux qui ont toujours été le cheval de bataille de la deuxième opposition. Par exemple, il est intéressant de noter la promesse d’investir en soins dentaires, qui survient juste après que la chef néodémocrate, Andrea Horwath, ait promis de mettre sur pied un régime universel de soins dentaires en Ontario.

La stratégie n’oublie pas les conservateurs non plus. En présentant, dans les prochains mois, des projets de lois qui amélioreront les services sociaux, mais qui augmenteront certainement les dépenses gouvernementales, les libéraux forceront l’opposition à, justement, s’opposer. Les Ontariens pourront ainsi voir le chef Doug Ford s’insurger contre des dépenses qui seront probablement assez populaires. N’oublions pas que Ford affirme qu’il pourra réduire de plus de 6 milliards $ les dépenses de Queen’s Park. Il ne pourra pas voter pour de nouvelles dépenses.

En théorie, le calcul des libéraux semble gagnant, mais il oublie une réalité politique indéniable. Comme dans toutes les démocraties occidentales, les électeurs ontariens sont de plus en plus polarisés. Ils font souvent fi des politiques, favorisant plutôt le style, la personnalité, l’idéologie des partis et de leurs chefs. Et les sondages des dernières années démontrent clairement un mouvement populaire vers la droite en Ontario.

Le Parti progressiste-conservateur en a d’ailleurs fait la preuve en élisant son nouveau chef, Doug Ford. Ce dernier représente la droite pure et dure : réduction importante des dépenses de l’État, non au programme d’éducation sexuelle, non à une taxe sur le carbone, non au transport public, non à la taxe sur les investissements étrangers en immobilier, appui inconditionnel à Trump (c’est Ford qui l’affirme haut et fort). En somme, c’est oui au «free for all». Tous les récents sondages donnent d’ailleurs les conservateurs, et leur idéologie régressive, gagnants.

Bien sûr, nous ne verrons qu’en juin si la roulette russe des libéraux aura fonctionné. Mais d’ores et déjà, tous les analystes n’y croient pas.

Lu 1057 fois Dernière modification le mardi, 20 mars 2018 14:33
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury