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mercredi, 28 février 2018 13:51

« Trudeau Speak Up »*

Il y a bientôt un mois, le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) sommait le gouvernement fédéral d’adopter son fameux Plan d’Action pour les communautés de langues officielles en situation minoritaire (CLOSM) au plus vite. Selon Jean Johnson, après plus de 27 mois au pouvoir, il est temps que le gouvernement Trudeau aboutisse.

Parce que la situation était et reste en partie critique. Pendant les dix ans du gouvernement Harper, le budget des langues officielles a vraiment été négligé. Une étude démontre qu’il faudrait maintenant une augmentation de quelques 575 millions $ par année, juste pour revenir au niveau précédent. Pendant que le gouvernement tergiverse, nos institutions, nos médias et nos organismes communautaires battent de l’aile ou doivent carrément fermer.

Finalement, le budget fédéral dévoilé mardi en fin de journée attribue 400 millions $ des plus pour les langues officielles. La plupart des premières réactions soulignent que c'est bien, mais que l'on manque de détails sur le partage de ces fonds.

C’est à se demander si ce gouvernement comprend vraiment cet enjeu ou s’il se fiche éperdument des francophones du Canada et des anglophones du Québec. Bon, on sait tous que Justin Trudeau n’est pas son père en matière de droits linguistique. On sait aussi que sa ministre responsable, la Montréalaise Mélanie Joly, ne semble pas trop préoccupée par ces mêmes droits. De plus, on comprend parfaitement qu’Ottawa a plusieurs chats à fouetter — réconciliation avec les autochtones, environnement vs économie, commerce international, ALÉNA, TCTPP, etc. Sans compter une élection dans moins de deux ans.

Ben, justement.

C’est cette dernière préoccupation qui devrait allumer les Libéraux. Les CLOSM représentent plus de 10 % de la population canadienne et ces électeurs font souvent la différence dans plusieurs circonscriptions fédérales. Pensons à Algoma-Manitoulin (30 % franco) Sudbury (30 %), Nickel Belt (41 %), Nipissing-Timiskaming (17 %), Timmins-Baie James (32 %), Glengarry-Prescott-Russell (61 %), Ottawa-Orléans (33 %), Ottawa-Vanier (34 %), Acadie Bathurst (83 %), Beauséjour (58 %), Madawaska-Restigouche (81 %), Miramichi (27 %), Moncton-Riverview-Dieppe (37 %), Saint-Boniface (15 %)2. Presque toutes ces circonscriptions ont élu des Libéraux lors du dernier scrutin fédéral. Il est clair que les Libéraux ne devraient pas s’aliéner les CLOSM.

Mais au-delà de la politique partisane, il y a l’identité nationale. Un sondage indiquait récemment que près de 70 % des Canadiens voient encore le bilinguisme comme étant une des valeurs fondamentales du pays. Voilà une statistique qui devrait faire réfléchir nos leadeurs. Il n’est pas bon de jouer avec les valeurs positives des citoyens. Il en va de l’unité du pays.

Jusqu’à tout récemment, notre premier ministre avait réussi à maintenir sa cote de popularité auprès de l’électorat, et ce, malgré son engouement pour les égo portraits et les déguisements. Mais quelqu’un a déjà dit qu’on jugeait une démocratie à la façon selon laquelle elle traite ses minorités. Il est temps de voir de quel bois M. Trudeau se chauffe. Et de se préparer à l’élection de 2019.

Réjean Grenier

* - Paroles de Fu Man Chu, de Robert Charlebois
2 - Les noms des circonscriptions et les pourcentages de population sont tirés du recensement 2011.
Lu 1306 fois Dernière modification le mercredi, 28 février 2018 14:18
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury