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mardi, 27 février 2018 10:51

L’histoire secrète du Canada français... et du Voyageur

Écrit par 
Émile Guy Émile Guy Photo : Archives
Ontario —  L’ordre secret utilisé par Martin Deschatelet et Kevin Montpellier pour leur nouvelle bande dessinée, l’Ordre de Jacques-Cartier (OJC), a bel et bien existé. En fait, même s’il a été dissout en 1965, les effets du travail de ses membres sont visibles encore de nos jours.

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En fait, le journal que vous lisez en ce moment même est né de la volonté d’anciens membres de l’OJC de conserver un média francophone à Sudbury. Le fondateur du journal Le Voyageur, Émile Guy, a été membre de l’OJC et des Commandeurs de l’ordre des Franco-Ontariens (COFO), qui a immédiatement succédé à l’OJC jusqu’en 1971. C’est sous les COFO que Le Voyageur est né.

M. Guy a été initié au sein de l’OJC à Harty en 1958, alors qu’il enseignait à Hearst. Il se souvient de la réunion dans la salle de la paroisse St-Eugène après l’annonce de la fermeture du journal du diocèse, L’Information. « On s’est dit “Qu’est-ce qu’on fait?” C’est là que j’ai pris le bâton et, avec l’équipe, nous avons réussi à le faire vivre. »

Passer par l’éducation

« En fait, j’ai découvert plus tard que presque tous les inspecteurs d’école et surintendants de langue française étaient membres de l’Ordre. Parce que c’était là la source de notre avenir », raconte M. Guy. Il ajoute que plusieurs membres ont fondé des écoles francophones un peu partout en province.

D’ailleurs, la création d’écoles et de paroisses francophones était l’une des premières raisons d’être de l’OJC à l’extérieur du Québec. À Sudbury, on leur doit entre autres la création de la paroisse l’Annonciation, dans le Nouveau-Sudbury, en 1950.

Dès ses premières années dans l’Ordre, M. Guy raconte qu’en enseignant à ses élèves comment rédiger une lettre, il en profitait pour qu’ils écrivent au gouvernement pour demander de meilleurs services en français et leur faisait envoyer leur lettre.

À son arrivée à Sudbury dans les années 1960, il crée la Semaine canadienne-française à Sudbury, pour célébrer la francophonie hors Québec, toujours pour le compte de l’OJC.

Il y a également eu des campagnes de sensibilisation auprès des commerces pour offrir des services en français et auprès des citoyens pour leur rappeler de constamment répondre en français et de demander des services en français. « On voulait promouvoir le français par la fierté. »

« Les caisses populaires, les coopératives... tous ces services pour les francophones sont nés de francophones convaincus qui travaillaient au sein de l’OJC », insiste M. Guy.

Contre les riches anglophones

M. Guy se souvient également du combat contre Bell pour obtenir une téléphoniste francophone. À l’époque, il fallait passer par la téléphoniste pour les appels interurbains, mais il n’y avait pas de téléphonistes francophones pour le Nord de l’Ontario, alors ils étaient transférés à Montréal et l’attente pouvait être longue. Il raconte avoir dit à Bell Canada : « Si vos employées ne sont pas capables d’apprendre leur chiffre de zéro à neuf en français, ils ne méritent pas d’être payés par [les Canadiens-Français]. »

Bell a finalement plié sous la pression des nombreuses lettres et des demandes répétées pour le service en français venant de Franco-Ontariens, ce qui engorgeait les lignes et faisait perdre de l’argent à l’entreprise de téléphonie.

Petite histoire de l’OJC

L’Ordre de Jacques-Cartier est né en 1926 du désir de l’abbé François-Xavier Barrette d’Ottawa et de l’ingénieur civil Albert Ménard d’améliorer le sort des Canadiens-Français. Ils constataient que l’on ignorait les francophones pour des promotions au sein du gouvernement et que des évêques anglophones contrôlaient la majorité des paroisses et diocèse, même au Québec. Ils s’inspirent d’autres sociétés secrètes, principalement les Francs-Maçons.

En recrutant et plaçant des membres dans des postes et organismes stratégiques, par des campagnes d’envoi de lettres et de cartes postales, l’OJC a réussi à instaurer le bilinguisme sur la monnaie canadienne et sur les formulaires d’assurance-chômage ainsi qu’à favoriser la nomination de prêtres et d’évêques francophones partout au pays. Ils ont aussi joué un rôle important dans la création des drapeaux du Canada et du Québec en plus d’imposer le Ô Canada pour remplacer le God Save the Queen comme hymne national.

L’OJC implose en 1965 en raison d’une dissension entre les membres québécois, qui veulent plus de pouvoirs en raison de leur nombre et militer pour l’indépendance du Québec, et les membres de l’Ontario, des Maritimes et de l’Ouest. La dissolution est votée en février 1965.

La section ontarienne veut tout de même continuer et, très rapidement après la dissolution, les Commandeurs de l’Ordre des Franco-Ontariens est créé. Ce sera également une société secrète qui reprendra la structure de l’OJC et qui utilisera comme façade l’Association culturelle ontarienne. Ses activités ont apparemment cessé vers 1971, simplement par manque d’argent.

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Julien Cayouette

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