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mercredi, 14 février 2018 15:11

Le poète Pierre DesRuisseaux : faussaire, postmoderne ou mystique?

Écrit par  Thierry Bissonnette, Ph.D. et Lucien Pelletier, Ph.D.,



Robert Lemay, Pierre DesRuisseaux, Thierry Bissonnette et Lucien Pelletier (à l’arrière).

Thierry Bissonnette, Ph.D., Département d’études françaises, Université Laurentienne
Lucien Pelletier, Ph.D., Département de philosophie, Université Laurentienne


L’automne dernier, le poète québécois Pierre DesRuisseaux a fait les manchettes de la presse canadienne et internationale, à commencer par les pages du Guardian. En effet, un « chasseur de plagiaires » anglais a découvert que, dans un petit recueil de poèmes intitulé Tranches de vie et datant de 2013, l’auteur Pierre DesRuisseaux avait repris et traduit, en les modifiant plus ou moins, plus d’une trentaine de poèmes de langue surtout anglaise, sans mentionner ses sources.

Décédé en 2016, Pierre DesRuisseaux ne peut malheureusement plus s’expliquer. Comme nous l’avions invité à Sudbury en 2014 pour une soirée de poésie, cette affaire nous a vivement intéressés. Nous avons donc cherché à comprendre l’étrange comportement de l’auteur, d’abord en examinant comment il avait travaillé.

En effet, après avoir repéré les poèmes dont il s’était inspiré ou qu’il avait traduits plus ou moins intégralement, nous avons reporté notre attention sur les transformations qu’il avait opérées en traduisant ces textes; puis, nous avons considéré l’ensemble du recueil, qui contient aussi une bonne part de poèmes originaux. Nous avons alors cherché à saisir les thèmes généraux et à voir si une unité s’en dégageait.

Il nous est apparu que l’auteur exprimait dans ce recueil la difficulté de vivre et de vieillir, de sentir notre corps s’affaiblir, notre mémoire défaillir. Mais l’auteur affirme aussi qu’il est possible de surmonter cette condition, en allant du côté d’une spiritualité d’inspiration orientale, où l’on prend conscience du caractère inconstant et illusoire du moi et où l’on s’ouvre à l’existence dans sa nudité.

La critique de la subjectivité peut entrainer une remise en question de la notion d’auteur en tant que sujet propriétaire d’une œuvre et, sans pouvoir l’affirmer avec certitude, il nous semble que Pierre DesRuisseaux se soit senti autorisé à reprendre des œuvres d’autrui qui servaient ce propos. Il n’y aurait donc eu à ses yeux aucune appropriation, mais plutôt l’expression d’une voix universelle.

De telles pratiques sont devenues fréquentes en littérature : on prend pour base des textes déjà existants et on les intègre à un ensemble nouveau pour produire une « littérature de second degré ». Si l’on considère que le plagiat consiste à prétendre faussement à l’originalité de son œuvre, il est permis de penser que le recueil de Pierre DesRuisseaux est non pas un cas de plagiat, mais une œuvre bel et bien originale.

Qu’en pensez-vous? Au plaisir d’en discuter avec vous lors des Journées des sciences et savoirs en avril prochain, à l’Université Laurentienne.


Responsable de la chronique : Isabelle Carignan, Ph. D., Université TÉLUQ

Au cours des prochaines semaines, des préambules de ce qui vous attend lors des Journées des sciences et savoirs 2018 seront partagés sous la forme de chroniques dans le journal Le Voyageur afin de piquer votre curiosité!

L’ACFAS-Sudbury lance donc l’invitation à toute la collectivité pour fêter 25 ans de savoir en français!

Pour de plus amples renseignements, écrivez-nous à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. . N’hésitez pas à vous joindre au groupe ACFAS-Sudbury sur Facebook, à aimer notre page et à gazouiller @AcfasSudbury sur Twitter.

Les Journées des sciences et savoirs, en partenariat avec le Symposium francophone de l’École de médecine du Nord de l’Ontario (EMNO) et le Consortium national de formation en santé (CNFS), auront lieu du 5 au 7 avril 2018, à l’Université Laurentienne. Soyez des nôtres!


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