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mercredi, 14 février 2018 14:59

Pénurie d’enseignants francophones : Limite de la formation et concurrence multiple

Écrit par  Coralie Mpoyo et Julien Cayouette
Pénurie d’enseignants francophones : Limite de la formation et concurrence multiple Photo : Shutterstock
Ontario —La pénurie d’enseignants francophones a gagné le Nord de la province. Le gouvernement a commencé à mettre en place des stratégies de promotion et de recrutement, mais les intervenants en éducation soulignent que les deux années nécessaires à l’obtention du diplôme — depuis 2013 — refroidissent les ardeurs des étudiants intéressés par la profession.

« Le problème est dans tout l’Ontario maintenant. Avant c’était plus dans le Sud où la population est en croissance, mais c’est le cas aussi maintenant dans le Nord », affirme le directeur de l’éducation du Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario (CSPGNO), Marc Gauthier.

La gérante des ressources humaines et des services d’appui du Conseil scolaire catholique de district des Grandes Rivières (CSCDGR), Julie Bisson, souligne le problème persistant du recrutement, qui crée une compétition entre les conseils. « Nous avons de moins en moins d’enseignants francophones qualifiés qui sortent des facultés d’Éducation. Le manque de main-d’œuvre à plusieurs niveaux est problématique, non seulement pour notre Conseil, mais aussi pour plusieurs de nos conseils limitrophes. »

M. Gauthier confirme que la concurrence existe également entre les conseils scolaires anglophones, qui donnent des programmes d’immersion, et les Conseils scolaires francophones, car tous font appel au même bassin de finissants francophones.

« Les diplômés ont l’embarras du choix des postes. Ils choisissent les communautés où ils veulent vivre. Même à Sudbury, nous n’avons pas assez de suppléants qualifiés sur nos listes pour répondre à nos besoins. C’est ce qui fait qu’on a des difficultés pour recruter dans nos communautés rurales. Les 12 conseils scolaires de langue française font face aux mêmes défis et c’est une période critique », déclare M. Gauthier. « Nos collègues anglophones ont même dû annuler les programmes d’immersion dans certaines écoles », ajoute-t-il.

Le président de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), Rémi Sabourin, souligne que cette pénurie limite les capacités d’accueillir tous ceux qui pourraient fréquenter une école de langue française. « Plus de 30 000 ayants droit sont dans les écoles anglophones et, si on veut les recruter, il faut que nous ayons suffisamment d’enseignants », lance-t-il.

Stratégies de recrutement

En janvier 2018, les ministères de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle ont lancé une campagne qui comprenait entre autres une brochure intitulée Enseigner en français en Ontario afin de promouvoir les occasions d’enseigner en français.

La coordonnatrice principale des relations avec les médias du ministère de l’Éducation, Heather Irwin, affirme que le ministère travaille en étroite collaboration avec les éducateurs ainsi qu’avec le personnel des conseils scolaires et des partenaires internationaux des pays francophones afin de les encourager à promouvoir la profession d’enseignant auprès de leurs étudiants et des enseignants formés à l’étranger.

Elle explique que le ministère collabore actuellement avec les facultés d’éducation de langue française en vue d’accélérer l’élaboration et la mise en place de modèles de formation à l’enseignement flexibles, qui pourront utiliser différents formats pédagogiques, notamment l’enseignement en ligne, hybride et accéléré. Elle pense qu’ils tiendront compte des défis auxquels les petites communautés rurales font face en matière de recrutement et de maintien en poste du personnel enseignant.

« Le Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario a indiqué en janvier que les données recueillies au cours de l’année scolaire 2017-2018 révélaient une augmentation significative des demandes d’admission dans les facultés d’éducation de langue française, tous cycles confondus. Plus particulièrement une augmentation de 44 % dans le cycle primaire et moyen, de 74 % dans le cycle moyen et intermédiaire et de 13 % dans le cycle intermédiaire et supérieur », révèle Mme Irwin.

L’adjointe administrative de l’École des sciences de l’éducation de l’Université Laurentienne, Diane St-Cyr, a confirmé au Voyageur qu’il y a eu une augmentation des inscriptions au programme en 2017, mais sans donner de chiffres exacts.

Marc Gauthier s’est dit heureux des actions entreprises par le ministère, puisque les conseils scolaires demandent de l’action depuis longtemps, mais il préfère reporter son optimisme pour le jour où il aura vu le plan.

« La demande est toujours la même, mais l’offre a diminué énormément. Par exemple, l’Université Laurentienne diplômait en moyenne 160 étudiants par année. Depuis le changement de la formation d’un an à deux ans après un baccalauréat, plus la coupure des nombres de places au sein des facultés, elle n’en diplôme maintenant qu’entre 65 à 70 », chiffre-t-il.

« Nous devons trouver de nouvelles stratégies de recrutement et de rétention, autant locale qu’au provincial », propose de son côté Julie Bisson.

Repenser l’enseignement

Le président de l’AEFO, Rémi Sabourin, est optimiste concernant les actions du gouvernement et leur effet à long terme, mais évoque la complexité du problème qui, selon lui, ne peut pas se résoudre en une décision. « On avait sonné l’alarme en 2013 parce que nous avons vu venir ce problème avec le diplôme qui passait d’un an à deux ans », dit-il.

Rappelons qu’en Ontario, le programme d’Éducation donne à l’étudiant un deuxième baccalauréat. Ils doivent d’abord obtenir un baccalauréat en Éducation ou dans un autre programme universitaire avant d’entreprendre les deux années d’études qui leur permettront de devenir enseignants. Avant 2013, ce programme n’était que d’une année. Parmi les problèmes, M. Sabourin évoque la mauvaise presse du métier. « Il faut bien communiquer les perspectives d’emplois en enseignement. Pendant plusieurs années, la profession a été matraquée par différents gouvernements. C’est important de la revaloriser et de rehausser son image par la promotion dans les médias, les écoles et les universités. »

Pour Marc Gauthier, « le programme n’est pas attrayant pour les étudiants parce qu’il est trop long. Ce serait souhaitable que le programme de deux ans devienne une maitrise et que les salaires soient plus élevés à l’entrée de la profession ». Sa deuxième proposition est partagée par M. Sabourin.

« À moyen terme, il y a des choses qui peuvent être faites, comme l’élaboration des sessions continues pour que le programme de deux ans puisse se vivre en une année, simplifier l’évaluation des compétences lors des recrutements à l’international, la rémunération des stages et avoir des programmes pour inciter les gens à travailler dans les endroits éloignés », énumère M. Sabourin.

Il souligne par ailleurs que le syndicat travaille pour diminuer de 20 % le nombre d’enseignants qui abandonnent leur métier après 5 ans de travail. Il recommande donc également de meilleures conditions de travail pour ceux-ci.

Lu 7471 fois Dernière modification le mercredi, 14 février 2018 15:11

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