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jeudi, 13 février 2014 10:05

D’allumettière à pionnière du Nord : Le parcours de Thérèse Cousineau Lamarche

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Thérèse Cousineau Lamarche, 1920 Thérèse Cousineau Lamarche, 1920 Photo : Yolande B. Lamarche Génier
En 1921, à peine10 ans après l’incorporation de la ville de Cochrane (1910), Trefflé et Ada (Ricard) Cousineau ont quitté leur Québec natal pour prendre racine dans le Nord de l’Ontario. Cette famille pionnière du Nord a élevé une famille de 11 enfants dans les rangs 2 et 3 de Glackmeyer.

Au moment du Grand Déménagement, Thérèse Cousineau avait 17 ans. Née en 1904 dans la paroisse de St-Rédempteur à Hull, elle a travaillé comme ouvrière chez E.B. Eddy à partir de l’âge de 14 ans.

Ezra Butler Eddy est un Américain qui a été propriétaire d’une fabrique d’allumettes en bois à Hull à partir de 1854. En quelques années à peine, cet industriel avait bâti un empire faisant de Hull la capitale mondiale des allumettes (99 % du marché canadien en plus de l’exportation vers les États-Unis et la Grande-Bretagne).

C’était surtout des jeunes filles de 12 à 20 ans qui travaillaient dans l’usine. Selon l’historien Raymond Ouimet, elles avaient l’avantage d’avoir les doigts fins et une bonne dextérité, et elles se faisaient payer le tiers ou la moitié du salaire des hommes. Et pourtant, elles faisaient un travail très dangereux dans un environnement toxique étant donné le phosphore dans lequel les allumettières devaient tremper les bâtonnets de bois.

À l’époque, le travail de Thérèse Cousineau consistait à prendre les allumettes et à les placer dans de petites boîtes, ce qu’elle a fait pendant deux ans de 1918 à 1920.

Trois ans après son arrivée en terre ontarienne, elle a épousé Hector Lamarche, un voisin du rang 4 et 5 qu’elle fréquentait depuis son arrivée à Cochrane. Le couple Cousineau Lamarche est déménagé à Smooth Rock Falls pour le travail de M. Lamarche au moulin de l’Abitibi Power and Paper Company. Ensemble, ils ont élevé une famille de sept enfants, dont quatre ont été mis au monde par Ada Cousineau, sage-femme et mère de Thérèse.

Son passé d’ouvrière lui a fourni une expérience industrielle et un riche savoir-faire qui ont permis à Thérèse Cousineau Lamarche de devenir entrepreneure dans le Nord de l’Ontario à partir de la fin des années 1930.

Tout en élevant sa famille, elle fabriquait des couvre-pieds piqués avec des retailles et des échantillons d’habits que le magasin Perkus lui donnait. Elle tricotait également à la machine des bas pour les soldats d’outre-mer. La Croix Rouge lui fournissait la laine et lui donnait 25 ¢ la paire de bas. Autodidacte et artisane, elle confectionnait aussi des roses en papier crêpé que ses filles vendaient de porte-à-porte.

Thérèse Cousineau Lamarche a toujours été au service de sa communauté, soit par le chant à l’église, accompagnée à l’orgue par Clarabelle Lachance, ou par la préparation des corps des enfants décédés en vue des visites funèbres.

En 1944, le couple a quitté Smooth Rock Falls pour retourner vivre à la ferme à Cochrane. Thérèse s’est alors intéressée à la culture des plantes et des fleurs, à la confection de tapis et de coussins, et à l’organisation de tirages en vue de récolter de l’argent pour acheter des oies, des dindes et des poussins. Elle a également fabriqué des bouquets de noces avec du papier «Ice Box» et a décoré des gâteaux pour les noces et les anniversaires.

Sa confection de gâteaux était légendaire, même que durant les années 1970, une équipe de la télévision de Radio-Canada est venue chez elle pour la filmer en train de décorer un de ses célèbres gâteaux. Cette entrevue a été enregistrée pour l’émission Le temps de vivre.

Au cours de sa vie, Thérèse Cousineau Lamarche a été membre de nombreux organismes, dont les Dames catholiques, l’Union culturelle des Franco-Ontariennes (à titre de présidente et de directrice générale), les Filles d’Isabelle et le Club de l’âge d’or de Cochrane, auquel elle a siégé en tant que membre du conseil d’administration.

Mme Cousineau Lamarche est décédée en 1996 à l’âge de 91 ans. Plusieurs de ses descendants vivent toujours à Cochrane, dont sa fille Yolande B. Lamarche Génier et sa petite-fille Monique. «À l’âge de 89 ans, elle chantait encore des chansons anciennes, nous dit sa fille Yolande. Elle récitait aussi, à l’occasion des réunions de famille, un poème qu’elle avait appris à l’âge de 12 ans, Les trois amours d’Yvonne.

La prochaine fois que vous serez en visite dans la région de l’Outaouais, prenez le boulevard des Allumettières que la Ville de Gatineau a nommé en hommage aux filles et jeunes femmes ayant travaillé à l’usine d’allumettes E.B. Eddy et ayez une pensée pour Thérèse Lamarche Cousineau, pionnière du Nord de l’Ontario!

Jeannine Ouellette est originaire de Kapuskasing. Elle est l’auteure du blogue «Les femmes de la route 11: les Elles du Nord», du livre Santé vous bien : un jour à la fois et de l’ouvrage Les femmes en milieu d’apprentissage : liberté d’apprendre autrement. Elle détient un baccalauréat en psychologie et une maîtrise en éducation spécialisée en psychopédagogie des adultes. Vous pouvez la suivre sur son blogue et lui suggérer des noms de femmes du Nord pour ses recherches en lui écrivant à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .
Lu 7055 fois Dernière modification le jeudi, 13 février 2014 10:47