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vendredi, 22 décembre 2017 09:48

Mon oncle Émile : Une légende encore bien vivante dans les cœurs

Écrit par  Pierre Lemelin


Le conteur Ange-Émile Maheu, bien connu sous le nom de Mon oncle Émile, n’est plus depuis 2008, mais il a laissé une trace indélébile autant dans le monde du folklore et du conte que dans le cœur et la mémoire de ceux qui l’ont côtoyé pendant sa carrière s’échelonnant sur plusieurs décennies.


Ange-Émile Maheu — Photo : Archives

Le Voyageur, dans lequel ses récits et légendes ont été publiés régulièrement pendant de nombreuses années, ne l’a pas oublié et tient, à l’occasion des Fêtes qui approchent, à lui rendre un hommage posthume à l’occasion du 50e anniversaire de l’hebdomadaire nord-ontarien.

M. Maheu est décédé le 15 juin 2008 des suites d’un cancer à l’âge de 77 ans. Il était originaire de la Beauce, au Québec. En 1950, à peine âgé de 19 ans, il a quitté cette région pour s’installer dans le Nord de l’Ontario, où il a été entre autres bucheron, mineur, enseignant et, enfin, conteur, auteur et illustrateur. Il avait une vive passion pour les histoires que lui avaient transmises ses parents en Beauce.

Il compte à son actif un vaste héritage de contes et légendes publiés dans plusieurs livres tels que Les contes d’Émile et une nuit, La fabuleuse histoire de John Cook, Mon oncle Émile conte, Contes pour une fin de siècle et Contes du temps des Fêtes, où se côtoient tour à tour loups-garous, monstres, princesses, héros, lutins, diables, etc., sans oublier son personnage emblème  : Ti-Jean.

Le conteur et son œuvre ont fait l’objet de plusieurs récompenses, dont le Billochet du Centre franco-ontarien de folklore (CFOF), la Trille de platine de la Fédération des ainés francophones de l’Ontario et le Prix Horace-Viau des Clubs Richelieu du Grand Sudbury. Ayant partagé la tradition orale d’un bout à l’autre du pays, M. Maheu a notamment côtoyé plusieurs autres conteurs de renom tels que Michel Faubert, Camille Perron et Fred Pellerin.


L’un des contes audio de Mon oncle Émile — Photo : Archives

Au-delà des prix

Lors d’un vibrant hommage que la communauté sudburoise et franco-ontarienne lui a rendu peu après son décès, les éloges furent nombreux à son endroit. Dans un texte du Voyageur de l’époque, on pouvait lire notamment le professeur de l’Université de Sudbury, Marcel Bénéteau, se souvenir de M. Maheu comme étant «un formidable ténor et un des plus fidèles chanteurs de la Chorale du Centenaire».

«Il s’est toujours investi dans des organismes communautaires, paroissiaux et éducatifs», rappelait Diane Charette-Lavoie, alors présidente du conseil d’administration du CFOF.

Tous semblent unanimes à décrire M. Maheu, un fier résidant d’Azilda, comme étant d’abord et avant tout un homme authentique, accueillant, passionné, chaleureux, avenant et farceur.

L’ancien copropriétaire du Voyageur, Réjean Grenier, a une anecdote intéressante qui montre bien que les contes de Mon oncle Émile pouvaient et peuvent encore intéresser aussi bien les jeunes que les moins jeunes.

«Quand nous avons acheté le journal, M. Maheu a offert d’écrire des contes», explique-t-il. «Nous avons tout de suite sauté sur l’occasion et les commentaires de nos lecteurs ont vite confirmé que c’était une bien bonne idée», raconte M. Grenier.

«Chaque semaine, nous avions toujours hâte de lire ses histoires», poursuit-il. «Vous comprendrez donc que quand il a sorti un enregistrement de ses contes, je me suis empressé de l’acheter. Quelques jours plus tard, j’écoutais ce CD dans ma voiture alors que j’allais chercher mes enfants à l’école. Quand ils sont montés dans l’auto, c’est ce qui jouait. Une histoire de lutin si je me souviens bien. Pendant le trajet, les enfants n’ont pas dit un mot. Arrivés à la maison, j’ai coupé le contact pour entrer dans la maison. Les protestations ne se sont pas fait attendre. “Non, non, papa! On veut écouter la fin de l’histoire!” J’ai dû redémarrer la voiture et nous avons écouté la fin du conte en silence.»

«Voilà le pouvoir que Mon oncle Émile exerçait sur jeunes et vieux. Nous l’aimions tous», conclut M. Grenier.

Julien Cayouette, directeur de l’information au Voyageur, a lui aussi d’agréables souvenirs de l’homme. «Ce dont je me souviens d’Ange-Émile Maheu, c’est qu’il était toujours de bonne humeur», raconte-t-il. «J’aime dire que bien avant d’avoir un poète en résidence, Le Voyageur a eu un conteur en résidence, ce qui cadrait parfaitement avec l’arrivée des pages école en 2000», souligne-t-il.

«Nous avons eu droit à des contes en privés lors des partys de Noël. C’est d’ailleurs pendant l’une de ces fêtes qu’il m’a raconté que, lorsqu’il était bucheron, il mangeait une douzaine d’œufs pour déjeuner et que, dans les premières semaines de son mariage, il avait demandé à sa femme de lui faire une tarte au sucre, ce qu’elle fit avec plaisir. Mais lorsqu’elle lui a servi une pointe de tarte, il a dit qu’il avait plutôt l’habitude de manger une tarte au complet comme dessert...

Évidemment, sa façon de le raconter était beaucoup plus intéressante que la mienne.»

M. Cayouette a également été honoré que M. Maheu ait pensé à lui pour créer les illustrations de son dernier recueil, Contes du temps des Fêtes, publié en 2008.

Origine du nom Mon oncle Émile

Si vous vous demandez comment Ange-Émile Maheu en est venu à se faire appeler Mon oncle Émile, il faut demander à Patrick Breton, directeur général du CFOF et ancien rédacteur en chef du Voyageur.

«Il m’avait parlé de sa collaboration avec le CFOF et on a discuté de la possibilité de publier un conte de façon régulière dans les pages du journal», explique M. Breton. On discutait du titre qu’aurait cette chronique. J’ai mentionné qu’il n’avait pas de nom d’artiste. On a parlé de Camille Perron, connu sous le nom de Pépère Cam. Alors je lui ai mentionné que si “Pépère” était déjà utilisé, il pourrait être “Mon oncle”. Il a aimé l’idée et il a finalement adopté Mon Oncle Émile.»

«Son appui au CFOF a été considérable», ajoute M. Breton. «Il a longtemps fait partie des célébrations du CFOF, comme lors de la fête des Rois ou comme conteur en résidence.»

Pour continuer son hommage à Ange-Émile Maheu le cahier spécial du temps des Fêtes 2017 du Voyageur était composé uniquement de contes de Mon oncle Émile, publiées au fil des ans dans les pages du journal. Vous pouvez le consulter ici.

Lu 5007 fois Dernière modification le vendredi, 22 décembre 2017 10:25

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