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lundi, 18 décembre 2017 15:40

La liberté d’expression et les nouveaux médias

Écrit par  François Côté-Vaillancourt et Inès Bagaoui-Fradette
Le Centre d’éthique de l’Université de Sudbury est un centre de service, de recherche et de coordination qui se préoccupe des questions d’éthique contemporaines. Le Voyageur collabore avec le Centre afin de publier un texte sur une question d’éthique d’actualité une fois par mois.

L’arrivée des nouvelles technologies a révolutionné la diffusion de l’information tellement rapidement que les institutions traditionnelles peinent à garder le rythme. C’est particulièrement le cas de la législation et de la jurisprudence, qui demeurent assez vagues, voire inexistantes, dans le domaine des nouveaux médias, blogs et sites web. Au sein d’une masse immense de personnes qui communiquent les uns avec les autres, souvent de façon anonyme, il n’est pas rare qu’un cas particulier soit oublié par le système.

Au sein des médias traditionnels, la liberté d’expression est reconnue comme fondamentale et la plupart d’entre nous s’entendent pour la protéger. Or, il est plus ardu de s’assurer que toutes les plateformes d’information numériques respectent également la liberté d’expression.

En 1997, les États-Unis ont été la scène de la première décision juridique majeure portant sur la liberté d’expression sur internet, lors d’une poursuite menée par l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU). La Cour suprême a tranché que le gouvernement ne pouvait pas plus restreindre l’accès à l’internet qu’aux livres ou à l’art, rapatriant en principe les nouveaux médias dans le giron des médias traditionnels.

Cependant, comme tous les autres droits, la liberté d’expression n’est pas absolue; le gouvernement peut la limiter suivant certaines justifications raisonnables. C’est par exemple le cas lorsque des personnes encouragent la participation à des actions illégales. Il est également légitime d’intercepter les menaces de violence ou la publication d’information dangereuse (par exemple, les plans d’une bombe nucléaire).

Par contre, et c’est là le nœud du problème, les médias sociaux risquent à la fois de ne pas contrôler ces formes d’expression problématiques, tout en bloquant des utilisateurs pour leur choix de vocabulaire ou leurs opinions politiques. Le tout, d’une manière qui s’éloigne considérablement de la liberté d’expression dans un journal ou un livre.

Devant des changements technologiques et sociaux très rapides, les pratiques de censure raisonnable qui existent déjà se révèlent souvent trop générales. En effet, il est presque impossible de se pencher correctement sur chaque cas particulier devant leur nombre et leur complexité croissants. À l’inverse, des formes de modération plus spécifiques du contenu en ligne sont à risque d’être plus strictes sur certaines plateformes ou de limiter la voix des minorités. On passe ainsi rapidement du respect d’autrui à la censure des points de vue marginaux, dont la colère et la rancœur sont peut-être justifiées. Dès lors que l’on souhaite que le web puisse demeurer un outil d’expression et de transformation de la société, la ligne est fine entre les formes d’expressions qui devraient être protégées, limitées ou totalement interdites.

À tout cela, s’ajoute un phénomène propre aux nouveaux médias, soit l’anonymat. Cette garantie est d’ailleurs controversée dans le monde numérique. En effet, elle apporte des avantages et protège les minorités de la domination de la majorité, mais elle peut aussi protéger des discours haineux.

On s’imagine souvent le droit comme une simple question de déterminer si une personne est coupable ou non d’un crime. Or, la plupart des situations sont bien plus complexes et la liberté d’expression en est un exemple parfait. Avant de pouvoir répartir blâmes et sanctions juridiquement, il faut immanquablement débattre du type de société que nous voulons.

Au final, un concept aussi fondamental que la liberté d’expression est souvent tenu pour acquis, mais est encore incomplet et à risque de nos jours. Même si la technologie et les mœurs se transforment rapidement, il serait bon de commencer à débattre ensemble des principes et pratiques qui encadreront les nouveaux médias afin de véritablement développer un fil directeur équivalent à celui guidant les médias traditionnels.

Inès Bagaoui-Fradette, étudiante à l’Université Laurentienne
François Côté-Vaillancourt, professeur à l’Université de Sudbury
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