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mercredi, 22 novembre 2017 06:00

On ne peut pas se chicaner tout seul

Nos politiciens provinciaux ont été pas mal occupés en fin de semaine. Ils ont dû rester à Queen’s Park afin d’adopter une loi forçant les enseignants des collèges à retourner au travail. Au moment d’écrire ces lignes, on ne sait pas encore exactement comment le gouvernement, les collèges et le syndicat des enseignants prévoient ce retour ni comment ils dédommageront les étudiants pour un semestre bâclé. Mais il est clair que les trois parties doivent compenser les étudiants qui ont été pris en otage dans ce conflit.

Un groupe d’étudiants a déjà lancé un recours collectif contre les collèges, puisque ce sont eux qui ont pris leurs frais de scolarité et n’ont livré qu’une partie de la marchandise. Les étudiants ont payé pour 12 semaines de cours et ils en ont déjà perdu près de la moitié. Les collèges ont beau affirmer que le semestre ne sera pas perdu, il est clair que les étudiants ont subi une grande perte. Quelles que soient les mesures académiques proposées par les collèges, ils ne pourront reprendre tout le temps perdu. Les étudiants ont été floués et méritent une compensation financière de la part des collèges qui ont fait de l’argent avec cette grève.

Il n’y a cependant pas que les collèges qui sont impliqués dans ce conflit. Il y a deux parties autour d’une table de négociation et le syndicat des enseignants est aussi responsable de l’impasse. Bien sûr, ce n’est pas le syndicat qui a reçu les frais de scolarité, mais il est tout aussi responsable de l’échec des négociations que les collèges. Ce sont également ses membres qui n’ont pas livré la marchandise. Le syndicat a donc une responsabilité financière envers les étudiants.

Mais le marionnettiste en chef derrière ce jeu de guignol, c’est le gouvernement provincial. C’est lui qui finance mal l’éducation postsecondaire depuis des décennies, forçant ainsi les collèges à avoir recours à des enseignants à temps partiel, l’un des nœuds du présent litige. C’est lui qui n’a pas agi pour tenter de dénouer l’impasse pendant les mois qu’ont durées les négociations avant la grève. C’est lui qui a tergiversé pendant six semaines avant de présenter une loi forçant le retour au travail. Il a la plus grande part de responsabilité envers les étudiants.

Parce que, quelles que soient nos inclinations politiques, il faut bien convenir que les seuls perdants dans cette histoire, ce sont les étudiants. Depuis des semaines, les médias ont relayé des histoires d’étudiants qui ont dû se retirer des études faute d’argent, ou d’étudiants qui prévoyaient entreprendre un apprentissage à la fin du présent semestre et qui devront maintenant attendre six mois, un an. Ou, encore pire, des étudiants qui ont pris un congé sans solde de leur employeur pour parfaire leurs études et qui se demandent s’ils auront toujours un emploi.

Les étudiants des collèges ont subi un grave préjudice financier et la justice devra maintenant se prononcer sur leurs recours collectifs. À notre humble avis, un éventuel jugement devrait imputer des pénalités financières aux trois parties.

Lu 1950 fois Dernière modification le mardi, 21 novembre 2017 15:17
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury