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mardi, 24 octobre 2017 13:57

Nouvelle circonscription francophone : un projet «sans consentement» qui «manque de respect»

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Vic Fedeli, député de Nipissing, a plaidé lundi devant l’Assemblée législative pour la reprise des travaux de pour le redécoupage des circonscriptions électorales provinciales du Nord ontarien. Vic Fedeli, député de Nipissing, a plaidé lundi devant l’Assemblée législative pour la reprise des travaux de pour le redécoupage des circonscriptions électorales provinciales du Nord ontarien. Capture.

Toronto — Même si le projet de loi a été adopté à l’unanimité à l’Assemblée législative de l’Ontario mardi, les Premières Nations de la côte de la baie James pourraient demander à ce que la Commission de délimitation des circonscriptions électorales du Grand Nord fasse table rase et reprenne l’exercice de créer de nouvelles circonscriptions à majorité autochtone dans le Nord-Est ontarien. C’est ce que rapportait lundi, pendant le débat précédant le vote, le député conservateur de Nipissing Vic Fedeli.

Vic Fedeli croit d’ailleurs que la nouvelle mouture de ce projet de loi, modifié à la suite de consultations tenues le 12 octobre sur les côtes de la baie James, est une insulte : elle propose simplement un changement esthétique, soit d’ajouter au nom proposé le référent baie James.

Confusion à cause du nom

La circonscription proposée de Mushkegowuk, qui engloberait le corridor de Smooth Rock Falls à Hearst et la côte de la baie James, porte le nom d’un conseil autochtone couvrant une partie du Nord-Est ontarien et serait à 61 % francophone. Les Premières Nations visées ont relevé que le nom proposé par la Commission a été choisi sans consultation ou consentement du conseil Mushkegowuk, né dans les années 1970, et qui regroupe sept Premières Nations, dont quatre se trouvent dans la région électorale proposée : Attawapiskat, Kashechewan, Fort Albany et Moose Cree.

« N’utilisez pas notre nom pour une circonscription où nous serons une minorité », a rapporté le député de Timmins-Baie James, le néodémocrate Gilles Bisson, qui n’hésite pas à parler de colonialisme. « C’est manquer de respect », a-t-il dit, faisant échos aux propos rapportés par le conservateur Vic Fedeli. Lundi, Gilles Bisson évoquait une conversation avec le Grand Chef du Conseil Mushkegowuk, Jonathan Solomon : « c’est typique », aurait-il laissé entendre, indiquant que leurs demandes et recommandations n’ont pas été prises en considération.

En faveur d’une circonscription plus nichée

Vic Fedeli a indiqué que le Grand Chef du Conseil Mushkegowuk [que Le Voyageur n’a pu joindre avant d’aller sous presse] préfère attendre quatre ans avant que soit créée une circonscription majoritairement autochtone, plutôt que de se faire imposer celle proposée. « Ils veulent une vraie consultation dans leur territoire », a ajouté le député de Nipissing, présent lors des consultations du 12 octobre sur la côte.

Le projet, tel que déposé, « n’est pas de la réconciliation », a lancé M. Fedeli, lundi. C’est pourtant ce que souhaitait le député néodémocrate de Timmins-baie James, Gilles Bisson, qui demandait au parlement de poser un geste de rapprochement en créant une circonscription qui regrouperait uniquement les communautés de la côte de la baie James, même si le nombre d’électeurs est bien en dessous de la moyenne provinciale.

La députée néodémocrate de Nickel Belt, France Gélinas, a été prudente : « Je n’ai rien contre la création d’une circonscription à majorité francophone, a-t-elle dit à quelques reprises. Mais ce n’était pas le but de l’exercice. C’était plutôt d’assurer une meilleure participation autochtone en chambre », a-t-elle plaidé.

Plaidoyers en faveur de Muskegowuk

« C’est de bonne guerre », commentait mardi matin Carol Jolin, président de l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario (AFO), qui avait appuyé les recommandations de redécoupage dévoilées en aout dernier. « Si on regarde la région du Nord, ce sont des circonscriptions qui sont du côté de l’opposition. Ils font leur travail -et c’est bien correct- de faire valoir les arguments qui sont là. »

M. Jolin estime que la nouvelle circonscription du Nord-Ouest, à 70 % autochtone, permettra une meilleure représentation autochtone en Chambre, tandis que la circonscription proposée de Mushkegowuk permettra potentiellement l’élection d’un nouveau député francophone. «Mushkegowuk est à 61 % francophone. Il y a déjà 40 % de francophones à Timmins [qui deviendra une circonscription en elle-même]. Le potentiel d’avoir un député francophone de plus est là. »

Accepté à l’unanimité

Si Gilles Bisson souhaite que le parlement pose un geste de réconciliation concret en créant plutôt une circonscription à dominance autochtone, il a tout de même voté en faveur du projet de loi, justifiant qu’il lui était impossible de s’exprimer contre l’apparition de deux nouvelles circonscriptions dans le Nord ontarien.

En fait, à midi mardi, l’ensemble des membres de l’Assemblée législative présent a appuyé le projet de loi tel que déposé —87 voix en faveur, 0 contre.

Le projet de loi doit maintenant passer à l’étape de sanction royale.

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Lu 2548 fois Dernière modification le mardi, 24 octobre 2017 14:46
Andréanne Joly

Correspondante

Kapuskasing

andreanne.joly@levoyageur.ca

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