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mercredi, 13 septembre 2017 07:00

Pas facile l’inégalité et la politique

Depuis plusieurs années, un certain discours économico-politique avertit le monde des dangers liés à l’inégalité financière. Plusieurs penseurs, économistes et politiciens affirment que la société doit rétrécir l’écart grandissant entre les riches et les pauvres si elle veut continuer à s’épanouir. Ces gens ont certainement raison, mais la vraie question est comment diminuer cet écart de richesse.

Certaines propositions récemment avancées par les gouvernements canadiens, notamment ontarien et canadien, démontrent très bien les difficultés liées aux réponses politiques à cette question. L’Ontario veut augmenter le salaire minimum à 15 $ de l’heure, le fédéral veut s’attaquer à certaines dispositions fiscales qui, dit-il, favorisent les riches. Ce ne sont pour l’instant que des propositions mais, déjà, la bataille est engagée. Le secteur des affaires fait le dos rond et montre ses crocs alors que nos médias gauchisants et des gens qui ne connaissent rien aux affaires portent aux nues les politiciens qui proposent ces changements. C’est déjà noir et blanc. Or, le monde est plutôt fait de milliers de teintes de gris.

Prenons la hausse du salaire minimum. La hausse proposée revient à 3,60 $ de l’heure. Cela porterait le salaire annuel d’un employé à quelque 25 000 $. Ce n’est pas beaucoup pour une personne qui essaie de faire vivre une famille. Mais pour le petit entrepreneur qui a une dizaine d’employés, cela représente 54 000 $. Voilà qui entraine un clivage entre le monde des affaires et les travailleurs et une chicane de société.

Il en va de même du régime fiscal des entreprises qu’Ottawa veut modifier. Le ministre des Finances, Bill Morneau, veut éliminer ou modifier ce qu’il appelle des failles (loopholes) qui, selon lui, avantagent les entreprises : la répartition du revenu, les revenus de placements passifs et la conversion du revenu en gains en capital. Le ministre maintient qu’il veut ainsi aider la classe moyenne. Mais des économistes et des comptables croient plutôt que ces changements nuiront au monde des affaires et à la croissance du pays. Et, en fin de compte, à la classe moyenne.

L’idée ici n’est pas de nous opposer à l’augmentation du salaire de base ni à des modifications à la loi sur l’impôt, mais il nous semble qu’il y aurait des façons plus simples de résoudre l’inégalité. Par exemple, pourquoi ne pas tout simplement taxer plus lourdement les dirigeants qui jouissent de salaires faramineux? Disons 2 millions $ et plus. Et pourquoi ne pas éliminer, ou au moins diminuer, les impôts de ceux dont le revenu familial est de moins de 50 000 $?

Ces solutions que d’aucuns qualifieront de simplistes ont au moins le mérite d’être claires et facilement comprises par tous. Elles valent probablement mieux que des mesures adoptées à la hâte pour plaire à une tranche de l’électorat. Nous le répétons : il est clair que les gouvernements doivent tenter de réduire l’inégalité financière dans le monde. Mais encore faut-il qu’ils soient judicieux et ne tentent pas de berner les citoyens.

Lu 1353 fois Dernière modification le mardi, 12 septembre 2017 14:41
Réjean Grenier

Éditorialiste

Sudbury